ACTE II, SCÈNE I
PAUL A
Oh ! Majesté, je suis à vos genoux.
CHRISTINE
Où vous ai-je donc vu, mon beau page? Il me semble Que nous avons déjà dû nous trouver ensemble ?
LE PAGE
Au palais de Stockholm, le jour...
Christine.
Je me souviens.
Tous êtes au marquis, n'est-ce pas? Allons, viens... Relève-toi... J'avais oublié cette histoire.
PAUL A
Elle doit plus longtemps rester en ma mémoire, A moi...
Tous êtes donc.au marquis?
PAUL A
Majesté, Je ne suis plus à lui depuis...
CHRISTINE
En vérité, Notre grand écuyer vous devait, que je pense, Pour votre dévoûment meilleure récompense.
Qu'ayez-vous donc fait?
PAUL a.
Rien.
CHRISTINE
Rien?...
PAULA
Rien , sur mon honneur !
Nais le marquis me craint.
CHRISTINE
Il vous craint?
PAULA
Son bonheur k Dépend d'un grand secret dont je suis seul le maître Avec lui.
CHRISTINE
Ce secret, quel est-il? ,
PAULA
Oh! peut-être Plus que je ne le suis devrais-je être discret ; Car vous aussi, madame, êtes de ce secret.
Ça, mon fils, la harangue est bien mystérieuse. De savoir nos secrets nous sommes curieuse :
Expliquez-vous donc vite.
padla, laissant tomber sa tète dans ses mains. Oh! je Ta vais bien dit Que vous vous fâcheriez... C'est que je suis maudit...
CHRISTINE
Non. Toyons, qu'est cela. . . ? Cette crainte est trop torte ; D'avance, quel que soit ton tort, peu nous importe, Nous t'absolvons.
PAULA
Eh bien ! madame, vous savez Qu'à Stockholm, tous les deux, nous sommes arrivés D'Italie... ensemble.
CHRISTINE
Oui, je le sais.
PAULA
Et peut-être Tous a-t-il dit aussi, qu'excepté lui, mon maître, Au milieu de ce monde auquel j'ai dit adieu, Je n'avais d'autre espoir que dans la tombe et Dieu.
CHRISTINE
Je le sais, vous n'avez plus ni père ni mère.
PAULA
Jugez donc si jamais douleur fut plus amère Que la mienne, aussitôt qu'il me dit qu'il fallait Que je partisse.
Tous, le quitter?
PAULA
Qu'il voulait Que d'un exil sans fin ma faveur fût suivie, Et que je ne devais le revoir de ma vie.
CHRISTINE
A quelle occasion vous a-t-il dit cela?
Toilà ce que je veux savoir...
PAULA
C'est que voilà Ce que je n'ose dire, à vous.
CHRISTINE
Miséricorde !
Tous me criez merci, d'avance je l'accorde, Sans demander pourquoi vous voulez ce pardon : Et puis vous hésitez... mais, vrai Dieu, parlez donc !
PAULA
Eh bien! vous comprenez que n'ayant que mon maître, Ne le quittant jamais... je devais le connaître Comme je me connais, et que tout sentiment Qui frappait sur son cœur, presque au même moment Retentissait au mien; c'est ainsi que mon âme Devina qull aimait, avant mes yeux. —
( Christine fait un mouvement. ) Madame, Je vous l'avais bien dit;— mais, si vous le voulez, Je puis me taire eacor. — Dites un moi...
CHRISTINE
Parlez !
C'est ainsi que, voyant sa tristesse croissante, Je sus que son amour serait longue et puissante : Ainsi je devinai, voyant moins soucieux Son front, que sur la terre il espérait les deux, Être aimé! Son espoir bientôt fut de la joie, Il l'était ! ces cheveux où votre main se noie, Madame, ne sont pas et plus beaux et plus noirs Que ceux qu'avec amour il baisait tous les soirs. Puis sa joie augmenta... c'était presque un délire..., Il pleurait... et soudain se reprenait à rire.., Un soir que je rentrais, je vis, oh! sans chercher A le voir, un portrait!... Entendant s'approcher Quelqu'un, il le cacha trop lentement encore, Car c'était le portrait de celle qu'il adore. Ainsi que vos cheveux les siens étaient ornés D'une couronne.
Christine, se soulevant sur son fauteuil.
Hein!
PAULA
Madame, pardonnez !
CHRISTINE
Tant de hardiesse aura récompense sanglante Peut-être... Vengez-vous...
cHBimfti, souriant.
Étais-je ressemblante?
PAULA
Oh! oui... car ce portrait, objet de tant d'ardeur, Fut, depuis qu'il l'obtint, nuit et jour sur son cœur.
CHRISTINE
Un vieux flatteur, enfant, pour mon âme attendrie, N'aurait pas inventé meilleure flatterie Que ce que lu dis là... Tu veux donc d'un seul coup Avoir beaucoup de moi ?
PAUL a.
Reine... oui, je veux beaucoup, Car je n'ai pas tout dit. Le jour où vous promîtes De choisir un époux, aujourd'hui même, dites, Avez-vous oublié que dans son cœur d'amant Chaque mot pénétrait et tremblait sourdement, Comme un stylet lancé par une main trop sûre Frappe à fond, et longtemps tremble dans Ja blessure. Voilà ce qu'il souffrit... Et le soir, en rentrant, Cet homme heureux hier, aujourd'hui délirant, De son amour cessa de me faire mystère :
Me dit tout, puis pensa qu'il eût dû tout me taire, Et que me mettre en tiers dans un secret royal Était affreux, fussé-je un confident loyal; C'est alors qu'il voulut, peut-être avec justice, Que de Stockholm pour Rome à l'instant je partisse. J'implorai... Pour garant j'offris mon sang, mes jours, S'il cessait de vouloir... mais il voulut toujours. Alors je me sauvai, fou, délirant, stupide; Puis à travers le front, comme un éclair rapide, Un espoir me passa ; je sentis qu'il fallait Partir, et je me dis : Si la reine voulait, Je ne partirais pas ; qu'elle veuille, —et fidèle A l'ordre qui pour moi vers lui descendra d'elle, Monaldeschi pourra me rattacher à lui.
Je vous suivis partout... mais ce n'est qu'aujourd'hui Que j'eus ce grand bonheur de voir ma souveraine Pour tomber à ses pieds, que je supplie... ô Reine!...
CHBISTMB.
L'homme, qu'un autre homme aime ef peut aimer ainsi,
Doit être grand et bon... Viens, mon enfant, merci !
Je l'ignorais encor, lu me l'as fait connaître.
Oh ! non... tu ne dois pas, enfanl, quitter ton maître.
Garde-nous les secrets confiés à ta foi ;
J'accueille ta prière en rattachant à moi.
FAULA.
A vous, madame, à vous ! vous vous trompez, je pense ?
CHBlSTIIfl.
Non, ton amour pour lui mérite récompense; Le marquis t'en doit une, et je veux l'acquitter. Reste donc avec moi pour ne le plus quitter.
PAOLA
Mais...
CHRISTINE
Assez. Qu'est cela? ton nom?
PAUL A
Paulo.
CHRISTINE
Ton âge?
FAULA.
Quinze ans.
CHRISTINE
Paulo, je vais te charger d'un message Secret... Charles-Gustave arrive en ce moment Dans ce château d'Upsal; vers cet appartement, Sans que personne ici vous entende ou vous voie, Tu pourras l'amener. Cette secrète voie, En tournant le palais, à sa chambre conduit; Tu prendras un flambeau, car tu vois qu'il fait nuit Dans ce passage. — Ah! tiens, —la clef de l'autre porte .
le page, à part, en sortant.
Ai-je réussi ? — Non. — Mais je reste. — Qu'importe f