‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 114 sur 999 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Vous lui dires, à lui, que je l'estime fort.

Tous le ▼oyez, messieurs, par sa faveur très-haute,

Dieu veut qu'en ce moment rien ne nous fasse faute.

D'une durable paix Je lui dois la douceur ;

L'Angleterre nous aime et nous nomme sa sœur ;

à la Suède la France est toute dévouée;

Seul, l'empire est fidèle à la haine vouée

Entre nous... Mais son aigle est faible et saigne aux

Car le lion du Nord la secoue en ses dents ; [flancs,

Et palpitante encor des dernières défaites,

Un seul coup maintenant tranchera ses deux tètes.

Quand mon père à Lutzen succomba triomphant,

Éveillée en sursaut dans mon berceau d'enfant,

Faible, Je me levai; j'avais quatre ans à peine,

Je regardai mon peuple, il dit : « Toilà la reine! »

Je grandis vite, car, avec son bras puissant,

La gloire paternelle était là me berçant;

Je grandis vite, dis-je, et J'endurcis mon âme

A ces travaux qui font que je ne suis point femme :

Je suis le roi Christine l— et, dites-moi, plus fort

Mon trône a-t-il pesé sur vous de cet effort?

Non. Qoand le ciel était noir et chargé d'orages,

Quand palissaient les fronts, quand pliaient les courages,

Je vous disais : • Enfants,— dormez,— le ciel est beau,»

Et je vous abritais sous mon vaste manteau ;

Mais, comme ce géant qui soutient les deux pôles,

J'ai courbé sous leur poids mon front et mes épaules.

Je voudrais maintenant, pour les jours qui viendront,

Relever mon épaule et redresser mon front.

Car je suis fatiguée;— eh bien ! qu'un autre porte

La charge qui me lasse et me parait trop forte.

Mon rôle est achevé.— Le tien commence,— à toi

La couronne.— Salut! Charles-Gustave, roi.

(Prenant le globe des mains de De Brahè.) Reçois de tes deux mains ce monde que j'y jette, Christine n'est plus rien que ton humble sujette. Monte au trône, Gustave.

oxbhstierii, tremblant.

reine ! écoutez-nous Avant que d'abdiquer... cotâtes, ducs, à genoux !

(A us vieillards.) a genoux ! vous aussi , pour lui faire comprendre Qu'aussi bas qu'elle croit elle ne peut descendre; Que, malgré son vouloir, tous les genoux pUront, Et qu'elle doit toujours nous dépasser du front. Seul je te parlerai debout, car je t'adjure!

Le plus vieux des vieillards, Christine, t'en conjure, Renonce à ton dessein, c'est un dessein ratai; Pour quitter tes Suédois, que font-ils fait de mal ? Crois-moi, plus d'une fois au pied du sanctuaire, Charles-Quint regrettant la pourpre sous la haire, Et pleurant dans l'exil qu'il s'était seul donné, Sur le marbre frappa son front découronné...

Et tu ferais ainsi ! — Dans ta tète profonde, Dis-moi, que comptes-tu mettre en place du monde? Tu le regretteras.

CHRISTINE

Mon père, embrassez-moi, (On se relève.) Merci!... merci!... — Salut ! Charles-Gustave, roi! Ce n'est point le projet d'nne ardeur insensée,

9 AlBX. DUMAS.

C'est un projet longtemps mûri dans ma pensée, Qui, longtemps combattu, s'accrut par cet effort, Et qui vient d'en sortir plus constant et plus fort : Ne m'en parlez donc plus. — Brahé, viens à ta reine Rendre un dernier devoir, ou ta place t'etichalne; Viens, Pierre de Brahé, comte et sujet loyal, Détacher ma couronne et mon manteau royal.

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