‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 135 sur 999 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

A d'injustes soupçons d'abandonner votre âme ! Les bienfaits dont nous a comblés votre bonté Doivent vous garantir notre fidélité.

monalbeschi, entrant avec Steinberg etPaula.

Notre fidélité !... sans doute que la reine Ne la soupçonne pas?...

CHRISTINE

Non, mais je suis en peine De comprendre comment des pensers, des secrets, Que je n'ai confiés qu'à des amis discrets, Qui devraient en sentir le poids et l'importance, D'un vol aussi léger franchissant la distance, Peuvent, d'un bout du monde à l'autre parvenus, Dans leurs moindres détails être sitôt connus. monaldeschi, regardant Pauta.

Ah!...

CHRISTIIfE.

D'une trahison que pourtant je soupçonne, J'ignore encor l'auteur et n'accuse personne.

XORALDBflCHIy à PauÛt.

La Gardie a parlé.

Christine, continuant.

Mais il m'est bien permis De croire qu'elle part de l'un de mes amis.

Tous êtes mes amis.

8TBIHBEE6, montrant Ebba.

Tous n'avez pu, je pense, De ma femme un instant soupçonner l'innocence ; Pour moi, ce crime affreux me fût-il imputé, Je me crois trop connu de Totre Majesté...

HOIfALDBSCHI.

Avec cet accent vrai l'innocence s'exprime.

Non, Ton ne vous croit pas coupable dHin tel crime; Et peut fetre pourrais-je, en ce doute pressant, Guider la reine... — mais, accuser un absent...

CHRISTINE

Un absent, dites- vous ; marquis, c'est un prodige, Comme le dévoûment à coup sûr nous dirige !

Sur le coupable aussi j'ai bien quelque soupçon; SentineUi...

monalhbschi, vivement.

Cest vous qui prononcez son nom, Madame; entre nous seuls il faut chercher le traître; Je m'en remets au temps de le faire connaître ; Mais, une fois connu, que Totre Majesté, Loin d'elle repoussant tout conseil de bonté, Ne pardonne jamais celte sanglante injure; Cest ce dont à ses pieds ici je la conjure.

CHRISTINE

Que vous partagez bien l'outrage qu'on me fait, Marquis! — Qu'a mérité l'auteur d'un tel forfait?

monalbeschi, hésitant.

11 mérite...

Parlez plus haut.

HONALDESCHI.

Le misérable, De haute trahison envers son roi coupable, Quoiqu'un jeu du hasard ait trompé son effort, Sans pitié ni pardon a mérité la mort.

CHRISTINE

La mort!... Mais eu ces lieux votre reine outragée,

Sans juge et sans bourreau peut-elle être vengée ? Et, servant mon pouvoir en vain évanoui, Si je le condamnais, le frapperiez-vous?...

HONALDESCHI.

Oui.

Si par SentineUi la mort est méritée, J'offre d'exécuter la sentence portée.

Si je suis criminel, par un juste retour, Pour jugé et pour bourreau je l'accepte à mon tour.

CHRISTINE

Eh bien!... puisque vous-même avez porté la peine, Je vous engage ici ma parole de reine Que le coupable, atteint de haute trahison, Doit n'attendre de moi ni pitié ni pardon. — Laissez-moi.

( Elle entre dans la chambre où est caché SentineUi.

PAULA

Partirons-nous, marquis?

HONALDESCHI.

Oui, mais pars la première, Prends un cheval et va m'attend re à la clairière. Je vais seller le mien moi-même, et je reviens Prendre quelques papiers, de l'or. — Tu te souviens? A la clairière, au bout du parc.

( Il sort avec Pauta. ) CHRISTINE, entrant avec SentineUi.

— Je vous le livre!...

Que dans une heure au plus il ait cessé de vivre...

(Elle sort.)

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