SCÈNE PREMIÈRE
mon aldbschi, appuyé sur une table, la tète dans ses deux tnains, se relevant tout à coup.
Je me trompais encor; — non, non; Ton ne vient pas, Et de mes deux gardiens je n'entends que les pas.
( Allant à la porte et écoutant.) Ils parlent à voix basse, et je les entends rire; Us partagent de l'or... Cet or, que veut-il dire? De l'or à des soldats! J'ai de For aussi, moi... Par son attrait puissant si je tentais leur foi !... Oui, mais s'ils refusaient, et par eux repoussée Si je voyais soudain mon offre dénoncée !...
Us diraient que j'ai peur; et toujours l'innocent Doit, même lorsqu'il craint, cacher ce qu'il ressent.
{Souriant.) Par sa sérénité je veux que mon visage De Tinnocence aussi porte le témoignage!
Je sais le composer.
( Avec l'expression de la plus grande terreur.) — Grand Dieu ! qu'ai-je entendu?
(Écoutant.) La reine veut sa mort; le marquis est perdu!
Perdu!. ..ma mort!. ..Oh ciel! où fuir!. ..cette fenêtre...? Le sol est à vingt pieds... Je me tûrais peut-être...
Mais c'est la seule issue ouverte à mon départ, Je suis de ces côtés gardé de toute part :
Cette cour isolée est toujours solitaire ; Je suis sauvé dès lors que je touche la terre ! Mais je dois craindre tout d'un pouvoir odieux.
(Allante la fenêtre.) Eh bien ! en m'élançant je fermerai les yeux.
( 77 ouvre la fenêtre. ) Quelle que soit ma mort, puisqu'elle est décidée... Ah! malédicUon! la fenêtre est gardée.
Oh! que faire, mon Dieu?... mon Dieu! secourex-moi. Je sens à chaque instant redoubler mon effroi... Mon Dieu ! que devenir ? Si mes vœux, mes prières, Écartent de mon sein leurs armes meurtrières,
( Tombant à genoux.) Mon Dieu ! je fais ici le serment solennel De vouer tous mes biens au culte de l'autel, De passer désormais toute mon existence Dans le recueillement et dans la pénitence...
(Se relevant.) Du moins si, maîtrisant mon esprit agité, J'y pouvais ramener quelque tranquillité!
Peut-être parviendrais-je à trouver une issue Par laquelle, à leurs yeux, ma fuite inaperçue...
(Allant à la porte de la galerie aux Cerfs.) Celle-ci!... — fermée... Oh! je ne le pourrai pas,
ACTB Y, SCÈNE II.
El j' entends une voix qui médit : Tu mourras! Cestla voix du tombeau... constante et douloureuse ! Qu'an cœur du condamné celle voix est affreuse ! Et quand au moindre bruit, moi, je me sens frémir, II est des condamnés que Ton a tus dormir...
Dormir! je vois déjà tout ce peuple barbare, Avide du spectacle affreux qu'on lui prépare, Qui vient, de ses apprêts accusant la lenteur, Au front de la victime épier la pâleur; Spectateur coutumier de ces hideuses fêtes, Jeter son cri de joie à la chute des têtes, Et, toujours ramené par son attrait puissant, Chercher sous l'échafaud la volupté du sang!
{Retombant dans son fauteuil.) Mais non; — rassurons-nous, car celle qui m'accuse Comprend trop qu'à ma mort il faudrait une excuse, Que Charte apprendrait tout!... — Mais un prudent re- Oo manque l'échafaud voit luire te poignard.. . [gard Je puis dans cette chambre obscure et retirée Mourir, et que de tous ma mort soit ignorée.
La nuit, seul en ce lieu, sans défense surpris, Oh! qui me secourrait, qui Tiendrait à mes cris? (Il détache de la muraille une cotte de mailles, et
la revêt sous son pourpoint.) Ma mort serait alors plus cruelle et plus sûre... Je me souviens du mal que fait une blessure ! Dans un duel, un jour, un spadassin adroit Me frappa de son fer... Son fer entra si froid!... El je serais promis à ce supplice horrible! Je sentirais vingt fuis... — Oh ! non, c'est impossible! Non, Christine ne peut me garder ce trépas ; D'ailleurs je l'ai préTU.
( Prenant son stylet et frappant sur sa cotte de mailles.)
Bien, ils n'entreront pas.
Puisse je retarder ainsi l'heure fatale! — Me voilà plus tranquille.
(Regardant dans une glace.) •
Oh Dieu! que je suis pâle!...
(Test qu'il fait froid aussi. — Prompt à se consumer, Ce feu qui s'est éteint ne peut se rallumer.
(JUant à la fenêtre.) Le jour est ténébreux, et son soleil d'automne Épanche sans chaleur sa clarté monotone.
Ce sol, que le printemps vit naguère si beau, Semble comme un mourant s'approcher du tombeau. La terre comme nous a son heure mortelle, El son linceul de neige est froid aussi pour elle.
(Paula entre sans que Monaldeschi la voie.) Italie !... Italie ! en tes heureux climats Toujours le ciel est pur et le sol sans f rimats. Oh! pourquoi, dans l'espoir d'un brillant esclavage, Beau fleuve de l'Arno, quittai-je ton rivage? Champs paternels, villa qu'habitaient mes aïeux, Je vous revois encor quand je ferme les yeux ; Tout est là; chaque objet me rend sa douce image! C'est un arbre, une fleur, un buisson, un feuillage. Sou» mes lambris dorés, oui, je vous regrettais!...
(apercevant Paula.) Dieu!... — Q ue raisiez-vous là?