ACTE I, SCÈNE II
Sais lu bien que sans moi, Sarrazinois immonde, Dans ton désert maudit tu rugirais encor, Et que tu n'aurais pas au cou ce collier d'or, Où tout autre qu'un chien en regardant peut lire :
• Yaqoub, le Sarrazin, appartient à mess ire
• Charles de Savoisy, seigneur de Seignelais. • Ce qui te donne un rang au milieu des valets ?... Je t'ai pris au soleil aussi nu qu'un reptile; Cest à moi que tu dois pain, vêtements, asile, Esclave ; et, si tu l'as oublié, je reviens
Ten faire souvenir.
YAQOUB.
C'est bon, je m'en souviens.
ANDBt.
Allons, vient çà, Raymond, et dis-nous quelque chose Des affaires du temps.
BAYMOND.
Vous *avez* je suppose.
Que Charles Six.est mort, et que le jeune roi S'est vite fait sacrer a Poitiers.
ANDBt.
Sur ma foi!
L'on ne sait rien au fond de cette forteresse; Cependant tout cela, morbleu ! nous intéresse : Nous sommes Armagnacs et Français ; nous portons La croix blanche à l'habit.
BAYMOND.
- Il parait, mes moutons, Que votre troupeau va sans savoir qui le mène?... Ah ? messieurs du Berry, l'on se bal dans le Maine, Et vous n'en savez rien ! — Eh bien ! les curieux Pourront bientôt, je crois, sans sortir de ces lieux» S'ils ouvrent les deux yeux, prêtent les deux oreilles, Du haut de ces créneaux entendre et voir merveilles!
UN ABCMBB.
Eh bien! que verront-ils? Qu'est-ce qu'ils entendront?
BAYMOND.
Il verront, comme un mur de fer, venir de front Trente mille soldats... Satan serre leurs gorges!... Criant, les uns : Bourgogne ! et les autres : Saint-Georges!
ANDBt.
Comment ! si près de nous Anglais et Bourguignons ! Trente mille, dis-tu?
BAYMOND.
Rien que ça, compagnons ; Et, pour leur apporter secours dans la mêlée, La Bretagne, dit on, vient à grande assemblée.
UN ABCHBB.
Ainsi des trois côtés !..ï Mais Paris?
BAYMOND.
* Est rendu.
ANDBt.
Et le comte Bernard qui le tenait ?
BAYMOND.
Pendu.
Henri Six d'Angleterre est nommé roi de France, Bedford régent.
LIS ABCflXBS.
Enfer!...
RAYMOND
Heureusement Clarence, Smxblck et milord Gray, tués devant Angers, Prouvent à nos soldats que les cœurs étrangers,
Si bien cachés qu'ils soient sous leur armure anglaise,
N'y sont point à l'abri d'une lance française.
Aussi Bedford vient-il de signer un traité
Avec Philippe et Jean : s'il esl exécuté,
Si le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne
Se joignent à l'Anglais pour tenir la campagne,
Vrai Dieu! nous n'avons plus qu'à demander merci...
A moins que Charles Sept... Puisse-t-il être ici,
Pour entendre le vœu que je forme dans l'âme!...
De sa royale main déployant l'oriflamme,
En tête des barons à sa voix réunis,
Ne charge en criant haut : « Montjoie et Saint-Denis ! *
Car malheur à qui, sourd à ce cri de vaillance,
L'entendrait sans lever ou l'épée ou la lance !
ANDBt.
Pour moi je sais quelqu'un qui bien tranquillement D'être Anglais ou Français attendra le moment.
BAYMOND.
Qui? .
ANDBt, montrant Yaqoub.
Lui.
■AYHOND, 8'adret$ant à Yaqoub.
Cest vrai?
YAQOUB.
C'est vrai. — Que m'importe, en mon bouge, Armagnac à croix blanche ou Bourgogne à croix rouge? Que m'importe quel est le faible ou le puissant? Ni Charles ni Henri n'ont de droit sur mon sang. Il faudra bien qu'un jour la France ou l'Angleterre Pour Yaqoub, fils d'Asshan, garde six pieds de terre; Et quels que soient, vivants, leurs désirs absolus, Morts, Charles ni Henri n'en obtiendront pas plus.
BAYMOND.
A moins que cependant le bourreau ne te mène Prendre possession de Ion dernier domaine; Et, comme le tombeau que révère Ismael^ Ne loge ton squelette à mi-chemin du ciel.
C'est ce que quelque jour Dieu permettra peut-être.
ANDBt.
Et quand as-tu quitté le comte notre maître?
BAYMOND.
Voilà bientôt un mois que du camp de Beaugé Nous partîmes tous deux : lui s'était dirigé Vers la Bretagne; moi, j'ai fait route opposée. D'une commission qui n'était pas aisée J'avais à m'acquitter : pour atteindre Avignon, Il fallait, à travers Anglais et Bourguignon*. Par la ruse ou le fer se frayer un passage, Et remettre au saint-père un important message. Je l'ai fait; me voilà! De son côté, ma foi ! Que le comte à son tour s'en tire comme moi, Et ce ne sera pas malheureux... Du saint-père J'ai rapporté la lettre en bon état, j'espère! Regardez : de Benoit voilà le sceau bien net, Avec les clefs, la croix, la crosse et le bonnet... Signez-vous I (Tous se signent. — Du regard il ordonne à Yaqoub d'en faire autant. — • Yaqoub croise ses mains sur sa poitrine et incline la tête.) Toi...
YAQOUB.
Qu'il soit fait ainsi que vous faites!
CHARLES VII
Jésus et Mahomet sont deux puissants prophètes.
bayborb, à Yaqoub, en tirant son poignard.
Regarde ce poignard : s'il l'arrivé jamais De mêler ces deux noms, Yaqoub, je te promets Qu'à la première phrase arrêtant ta harangue, Ce ter à ton palais ira douer ta langue.
tous, a'approchant de lui.
Mort au blasphémateur !
yaqoub, se levant et mettant la main à son cime» terre.
M'approchez pas, maudits ! . ..
Arrière, par Allah... Arrière! je tous dis...