SCÈNE III
Lis pbxcédents; BÉRENGÊRE, soulevant la tapisserie.
(Tous s'arrêtent à son aspect. — Yaqoub croise ses bras sur sa poitrine, et reste dans l'altitude du plus profond respect.)
BtBBItGEBB.
Allons, enfants, du bruit encore? une querelle? Qui menacez- vous donc ainsi?
AJIBEt.
ffestl'infidèle Qui blasphème.
BBBElfGÈBB.
Eh ! sait-il ce qu'il dit, insensés?
Lorsque Dieu le repousse, est-ce donc point assez?... Raymond, que faisiez-vous de ce poigoard?
BAYBOIIB.
Madame, Rien...
{Le jetant ans pieds d 9 Yaqoub.)
Je chargeais Yaqoub d'en aiguiser la lame.
Entends-tu, Sarrazin?
BERBNGB*E.
C'est bien.— Retirez-vous, Et revenez ce soir pour prier avec nous.
(Ils sortent.) Yaqoub, nous voila seuls : dites, qu'était-ce' encore?
YAQOUB.
Rien.
BlBENOÈmS.
Que voua ont-ils fait?
YAQOUB.
Rien.
BBBElfGÈBB.
Tous voyez : j'ignore Ce qui vient d'arriver, et cependant voici Que je leur donne tort, a vous raison.
YAQOUB.
Merci.
BBBEHGÈBB.
Eh bien ! n'avez- vous point autre chose à me dire?
YAQOUB.
Si fait : que Mahomet a le droit de maudire, Et qu'il maudit.
bbbbhgbbb.
Yaqoub!...
yaqoub.
Je ne sais pas pourquoi ; Mais je sais seulement que je suis maudit, moi; Que ma haine devient chaque jour plus profonde... Et que ma mère est morte en me mettant au monde.
BBBElfGÈBB.
Malheureux!...
YAQOUB.
Malheureux?... Malheureux en effet; Car pour souffrir ainsi, dites-moi, qu'ai-je mit?... Est-ce ma faute à moi si votre époux et maître, Poursuivant un vassal, malgré les cris du prêtre, Entra dans une église, et là, d'un coup mortel Le frappa? Si le sang jaillit jusqu'à l'autel, Est-ce ma faute? Si sa colère imbécile Oublia que l'église était un lieu d'asile, Est-ce ma faute? Et si par l'Université A venger ce forfait le saint-père excité Dit que, pour désarmer la céleste colère, Il fallait que le comte armât une galère, Et portant sur nos bords la désolation, Nous fil esclaves, nous, en expiation, Est-ce ma faute encore? Et puis-je pas me plaindre Qu'au fond de mon désert son crime aille m'atteindre ? Oh ! si des bords du Nil quelque chef de tribu, Pour un crime pareil et dans un pareil but, Au sein de ta famille où tout était prospère, Femme, venait te prendre ou ton fils, ou ton père ; S'il le traitait là-bas comme on me traite ici; S'il lui mettait au cou le collier que voici, Tu comprendrais alors que la haine dans l'âme Ne rentre pas ainsi qu'au fourreau cette lame !
BBBBRGBBB.
Oh ! oui : vous êtes bien malheureux !
yaqoub, avec mélancolie.
Quel enfant Plus que moi fut heureux, plus que moi triomphant ?... Quand ma têtcen mes mains s'appesantit brûlante, Et que dans le passé ma mémoire plus lente Retrouve son chemin de jalons en jalons, Comme un homme forcé d'aller à reculons, Oubliant le présent et l'avenir, je songe A mon matin si beau qu'il me semble un mensonge : Je n'ai plus de collier, je n'ai plus de prison; Je sens un soleil chaud à l'immense horizon ; Je vois se dérouler sur l'ardente savane, Comme un serpent marbré, la longue caravane... D'avance du repas les endroits sont choisis; Je sais où le désert cache ses oasis...
Allons, courage! allons, mes chameliers arabes! Redites-moi vos chants aux magiques syllabes; Invoquez Mahomet, flambeau de l'Orient, Chamelier comme vous combattant et priant, Comme vous se rendant de la Mecque à Médine... Ou, ne sauriezvous pas la chanson grenadine Que devant notre tente, au bord du Nil, le soir, Chante, en tournant en rond, cette aimée à l'œil noir, Jusqu'à l'heureux moment où, doublant notre extase. Se colle à son beau corps sa tunique de gaze, Et qu'à son front humide étalant un trésor, Mon père de sequins lui fait un masque d'or ?...