‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 181 sur 999 · LK · texte numérisé non relu

LK

Oui : c'est dans la Syrie.

Alain Chartier souvent m'a parlé d'un pays A l'Orient, bien loin, où le saint roi Louis Est allé guerroyer... Tu te souviens, esclave, DHin roi qui vous vainquit, d'un roi pieux et brave...

YAQOUB.

Mon aïeul à mon père a raconté qu'un jour

Un chef nazaréen au port d'Abou Mandour

Débarqua, conduisant des galères aux voiles

Plus nombreuses qu'aux cieux, la nuit, sont les étoiles.

Ils voulaient, disaient-ils, conquérir au Saint-Lieu

Le tombeau de Jésus, qu'ils nomment fils de Dieu;

Mais Allah seul est grand ! A la voix du Prophète,

Le désert à son aide appela la tempête :

Le simoun s'élança comme un lion sur eux,

Et les enveloppa dans ses ailes de feux...

Tout fut fait : le désert immense, infranchissable,

Couvrit leurs ossements de son linceul de sable...

Le chef nazaréen y périt sans renom,

Et l'écho de Tunis ne m'a pas dit son nom.

lx aoi. •

Eh bien ! Agnès, voilà ce qu'on appelle gloire : Tois quelle trace elle a laissée en sa mémoire ! Peut-être aurais-je pu, comme a fait mon aïeul, Aller aussi chercher au désert un linceul; T conduire à ma suite, ainsi qu'une hécatombe, Trente mille soldats pour mourir sur ma tombe; Et l'on eût dit ici que c'était grand et beau !...

Mais j'aime mieux, vois-tu, me coucher au tombeau, Vers le soir d'un beau jour, les yeux sur mon étoile ; Avoir pour mon linceul le tissu qui te voile, Et trouver quetqu'ami qui grave avec regrets - Sur ma pierre : « Ci gU Charles, aimé d'Agnès. •

AGNES

Mon seigneur!...

le moi, à Yaqoub.

Laisse-nous.

(Yaqoub se retire.)

N'est-ce pas que la vie, Si lente à nous venir et puis sitôt ravie, Ce sourire de Dieu, ce céleste bienfait, Appartient au bonheur, Agnès, et n'est point fait Pour en jeter les jours, ainsi qu'une fumée, A ce vent de l'orgueil qu'on nomme renommée?... Or, Agnès, ici-bas qu'appelle- t-on bonheur?

Serait-ce, par hasard, ce chimérique honneur De s'éveiller enfant sur les marches d'un trône, De fatiguer son front du poids d'une couronne, De voir les courtisans empressés à nos vœux, De ne parler jamais sans dire : • Je le veux ! • Non ; n'est-ce pas, Agnès ? Le bonheur, c'est la joie Où, mille fois le jour, ton doux regard me noie; C'est mon front fatigué s'iuclinant sous le tien ; C'est ton souffle abaissé qui se confond au mien ; C'est ce frisson ardent qui se glisse au cœur même ; C'est le son de ta voix quand elle dit : • Je t'aime ! »

AGHÈS.

Tant que vous m'aimerez, vous penserez ainsi, Mon doux seigneur.

Ll 101.

C'est moi qui suis à ta merci!...

Que ne puis-je avec toi, dans quelque coin du monde, Ensevelir mes jours dans une paix profonde!... Car dans certains instants, j'ai peine à rassembler Mes esprits, et je sens ma raison se troubler... Ce n'est qu'en frissonnant que je pense à mon père !... Que me veulent- ils donc avec leurs cris de guerre? Pourquoi ne pas laisser mon épée au fourreau?... J'ai déjà bien assez du sang de Montereau !

AGNÈS

Mon seigneur, sur mon sein reposez votre tête.

Ll 101.

Penses-tu pas qu'aux cieux s'amasse une tempête?... L'horizon s'assombrit.

AGNÈS

Non.

L'air me semble lourd...

N'entends- tu pas au loin un bruissement sourd?... Écoute.

(On entend le canon.)

Aoiisa.

Mon seigneur, laissez gronder l'orage :

Lorsqu'ainsi je vous tiens, oh ! j'ai bien du courage; Car la foudre ne peut tomber sur l'un de nous Sans tuer l'autre aussi.

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