‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 229 sur 999 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

Wï

Par là t.... ah ! oui, c'est l'appartement de Pauline; qu'est-ce que je lui dirai si je la rencontre? cette porte, elle conduit chez madame de Vertpré; si je la vois , décemment il faudra une réponse à cette lettre. Ah ça ! mais je suis cerné, moi !... Ah ! cette fenêtre qui donne sur le parc! Un peu haute, mais, ma foi, c'est sur le gazon.

(Pendant qu'il mante sur ta fenêtre, M. de Vertgré entre doucement, et, le voyant prêt à sauter, il l'arrête par le pan de son habit. Tous les deux se regardent.)

M. DE VERTPRÉ

Que diable fais-tu là?

lbon, descendant de la fenêtre.

Moi? rien, mon oncle, je prends l'air.

M. DE VERTPRÉ

Eh bien! l'entrevue?

LÉoif , à part.

Ah! oui, l'entrevue, nous y voilà.

M. DE VERTPRÉ

La scène a-t-elte été chaude ?

LÉON

Très-chaude.

H. DE VERTPRÉ

Raconte-moi ça.

LÉON

Laisses-moi m'en aller, mon oncle.

m. de vertpré, le retenant.

Comment?

LÉON

Je vous en prie; vous n'en serez pas fâché.

M. DE VERTPRE.

Mais du tout.

LÉOlf.

Vous voulez que je reste ?

M. DE VERTPRÉ

Je l'exige.

Léon, à part.

On ne peut pas fuir sa destinée.

M. DE VERTPRÉ

Tu dis?

LÉON

Mon pauvre oncle !

*. DE VERTPRÉ

Hein?

LÉON

Vous me faites de la peine.

■• DE VERTPRÉ

Plaît-il?

LÉOlf.

Car enfin vous êtes bon, et vous méritiez d'être aimé.

*. DE VERTPRÉ

Allons ! allons au fait.

LÉOlf.

Mais ne voyez-vous pas que c'est le fait qui m'embarrasse?

H. Dl VERTPRÉ.

Qu'est-ce que ça veut dire! EsUce qu'elle t'a refusé Pauline?

LÉOlf.

Pardieu !

H. DE VERTPRÉ

Comment pardieu? voilà un pardieu qui est bien bizarre.

LÉON

Mais franchement peut -elle me la donner? De pareils sacrifices sont au-dessus de la force d'une femme.

M. DE VERTPRÉ

Allons, quand tu voudras l'expliquer...

LÉON

Mais vous ne me comprenez donc pas?

M. DE VERTPRÉ

Quoi?

LÉON

Vous ne comprenez donc pas que votre femme... mais c'est très-difficile à dire à un mari ces choseslà, et vous devriez m'épargner le désagrément.... Non? eh bien, mon oncle, votre femme m'aime, voilà tout!...

H. DE VERTPRÉ

Ah! voilà tout! Ahçà! mais tues tu es

aliéné, j'espère?

LÉON

Non, mon oncle, je suis... je suis très-mortifié.

H. DE VERTPRÉ

Et moi donc!... il me semble!... Mais ce matin j'ai entendu... j'étais là...

LÉON

Eh bien, c'est justement cela. Ce matin vous étiez là, et on savait que vous étiez là ; ce soir vous n'y étiez plus, et on savait que vous n'y étiez plus. m. de vertpré, regardant d'un air hébété.

Bah!

LÉON

C'est votre faute aussi, mon oncle, c'est vous qui êtes cause de tout cela; a-t-on jamais vu se faire passer pour mort ! Je vous demande un peu s'il existe dans le monde des circonstances capables de faire adopter une pareille résolution à un mari! Mais dites-moi donc un peu ce qui vous y forçait?

H. DE VERTPRÉ

Oui, le moment est bien choisi, n'est-ce pas, pour te faire ce récit?

LÉON

C'est vous qui nous avez conduits où nous en sommes. Vous avez voulu que j'eusse une entrevue avec votre femme; eh bien, je l'ai eue cette entrevue... et je vous pardonne.

H. DE VERTPRÉ

H me pardonne! eh bien! il est excellent, lui !

LE MARI DE LA VEUVE

LÉON

Oui, car vous ne pouviez pas deviner le résultat.

*. DE VEBTFEt.

Le résultat?

LÉON

Il vous était impossible de penser qu'on me don-» nerait à entendre aussi clairement. ••

M. DE VERTPRÉ

On fa donné à entendre clairement!

LÉON

Oh! si cela se fut arrêté là, il y avait encore moyen d'éluder.

K. DE VERTPRÉ

Ah ! ça ne s'est pas arrêté là !

LEON

Non, non, mon oncle, cela a été plus loin.

M. DE VERTFRÊ.

Dis-moi donc vite jusqu'où cela a été?

LÉON

Je ne le devrais pas peut-être ; car un homme d'honneur doit garder de pareils secrets, si ce n'est pour lui , du moins pour la femme qui les lui a confiés, mais...

*. DE VEETPEÉ.

Mais nous nous sommes donné notre parole de tout nous dire.

LÉON

Je le sais, et c'est celte parole qui faisait que j'aimais mieux m'en aller par la fenêtre.

*. DE VERTPRÉ

Jeune homme , au nom de cette parole que j'ai respectée, moi, puisque je vous ai tout dit, au nom de l'honneur, je vous adjure...

Vous vous souvenez, mon oncle ce matin,

je vous disais que je ne connaissais pas l'écriture de votre femme.

H. DE VEETPEÉ.

Eh bien?

LÉON

Eh bien, ce soir, je la connais.

M. DE VEETPEÉ.

Elle t'a écrit?

, LÉON

Elle m'a écrit.

M. DE VEETPEÉ.

Cela ne se peut pas.

LÉON

Cela ne se peut pas! C'est inouï! ils sont tous comme cela.

H. DE VEETPEÉ.

Tu dis cela pour m'effrayer. C'est une plaisanterie, n'est-ce pas?

LÉON

Oui , je suis bien en train de plaisanter. Vous mériteriez que je tous montrasse sa lettre.

H. DE VERTPEÉ.

. Je t'en défie!

léon, montrant la main gauche avec laquelle il la serre.

Eh bien ! mon oncle , tenez , je ne pub pas vous la laisser lire, mais la voilà.

m. de vertpré, s' avançant pour la prendre.

La voilà! Léon, au nom de l'honneur de ton oncle si gravement compromis, car il est gravement compromis l'honneur de ton oncle... tu n'en doutes pas?...

LÉON

Non, mon oncle, je n'en doute pas.

h. de vertpré.

Remets-moi cette lettre, je t'en supplie !

LÉON

Impossible !

M. DE VEETPEÉ.

Mais elle contient donc des choses?...

LÉON

Elle en contient.

H. DE VERTPRÉ

Plus fortes que celles que tu m'as dites?

LÉON

Oh ! non !

M. DE VEETPEÉ.

Mais une lettre, mon oncle , c'est une preuve ; est-ce à moi de vous la donner?

H. DE VERTPRÉ

Je te la rendrai, parole d'honneur ! (// la lui enlève.) Je la tiens !

LÉON

Mon oncle ! mon oncle !

M. DE VEETPEÉ.

Laissez-moi, je serai prudent. Que vais-je lire? (// tombe anéanti dans un fauteuil.) léon, se parlant à lui-même.

Quelle bizarrerie ! je vous le demande ! attendre le retour de son mari, lorsque, me voyant tous les jours tête à tête, il lui était si facile... *

h. de veetpeé , se levant vivement.

Qu'est-ce que tu dis donc là, toi?

LÉON

Pardon, pardon! mais je suis désespéré, car.

enfin si elle me refuse Pauline...

m. de vertpré.

Pauline? tu penses à te marier, avec mon exemple sous les yeux!... Non, non, je ne le souffrirai pas.

LÉON

Mon oncle, mon oncle! si vous m'exaspérez...

(Avec intention.) Je suis capable de tout, je vous en préviens.

R. DE VERTPRÉ

Jeune homme, jeune homme! Léon, mon neveu,

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