ACTE I, SCÈNE V
dulau.
Oui, mais je saurais toujours que j'ai soixante ans, trois mois et un jour.
DELAUIIAY.
Tu l'oublierais quelquefois, du moins.
DULAU
Et si ma femme m'en faisait souvenir?...
DELAUIIAY.
Tu ne crois donc pas qu'il existe ici-bas des êtres angéliques créés pour notre bonheur de tous les âges, qui puissent nous aimer d'un amour d'épouse et de fille , parce que nous serons à la fois pour eux mari et père ; qui jeunes, consentent à être le soutien du Vieillard, l'accompagnent jusqu'au bord de • la tombe. . . et, arrivés là, l'aident à mourir?. . . Croire au bonheur et à l'amour pour la jeunesse seulement, penser que ces soleils de l'âme n'éclairent qu'un coté de la vie, c'est douter de la bonté de Dieu, Dulau, c'est blasphémer !
Un instant, mon cher! Voilà de bien grands mots pour moi!... Je ne suis ni athée ni blasphémateur: je suis peureux. — Les êtres que tu me dépeins sont les exceptions de l'espèce.
DELAUIIAY.
Eh bien I ne peux-tu pas rencontrer une exception?
DULAU
Mon ami, je n'ai pas la fatuité de croire que c'est pour moi que le ciel les a faites... D'ailleurs, toi , qui prêches les autres, que ne te remaries- tu toi-même?
BXLAUii ay, riant.
Cela pourrait bien arriver...
DULAU
Ah!
DXLAUHAY.
Que dirais-tu alors ?
DULAU
Moi ? que tu as raison, si cela t'arrange.
DELAUIIAY.
Mais, toi?....
DULAU
Moi, je resterai garçon.
DELAUIIAY.
Silence!... voilà Amélie.