TIRES A
Oui, car je veux l'être... il faut que le sois.
ARTHUR
Tant mieux!
TERESA
Que vous êtes cruel, Arthur !... Laissez -moi donc vivre de cette vie factice qui me fait oublier... Laissez-moi la fièvre et l'agitation qui m'éblouissent... Oui, oui, tant que je vous verrai là, Arthur, que je toucherai de temps en temps votre main, que je verrai vos yeux fixés sur les miens, comme en ce moment... Eh bien ! j'oublierai le passé où il y a un crime , j'oublierai l'avenir où il y a un remords, pour le présent, le présent heureux, enivrant, insoucieux... Oh ! vous ne saviez pas encore comment aime une femme, Arthur! mais son amour devient sa vie ; il se mêle à son. sang... elle le respire avec l'air !...
ARTHUR
Chère Teresa!.. Il faudrait cependant un peu songer à l'avenir, au retour du baron qui ne peut tarder.
TERESA
Et pourquoi y songer? Laisse-moi oublier tout cela plutôt... Est-ce que je songe à la mort qui, elle aussi, peut venir d'un moment à l'autre? Non : je suis rassurée par les battements de mon cœur, que je sens encore jeune pour la vie; je suis rassurée par mon amour, qui survivra à tout... Et puis, vienne le malheur, vienne la mort! j'aurai du moins connu les moments heureux de cette vie.
ARTHUR
Oh ! Teresa, que je t'envie !
Eh bien ! fais comme moi; oublie tout avec moi. Oh! si tu m'aimais comme je t'aime!... Il m'est venu quelquefois une pensée...
ARTICJR.
Laquelle?
Je te la dirai quand usas serons malheureux; c'est alors que je verrai jusqu'à «quel point tu étais digne de cet amour d'Italienne que tu invoquais autrefois, et qu'aujourd'hui... Arthur, je te soupçonne de ne pas comprendre. .. Allons, Arthur, allons, du courage !
( Arthur se lève. ) faolo, entrant.
Le courrier du baron entre dans la cour, et ne précède son maître que de quelques instants.
teresa, tombant sur un fauteuil.
Ah!...
ARTHUR
Laisse-nous, Paolo. — (Paotoiort.) Teresa! Teresa! à ton tour, du courage!
TERESA
Il arrive!... entends-tu? il arrive!...
, ARTHUR
Avais-tu dont véritablement oublié qu'il dut revenir?
Ob ! non, mi.,. Seulement j'étais moins égoïste que toi : je ne voulais pas t'aflti§er de ma pane*.. Je voulais te faire oublier, si je n'oubliais pas... Oublier!... oh! non pas... Mais il n'y aurait pas de Dieu si l'on oubliait... Arthur, sois coûtent: depuis mon crime je n'ai pas eu une heure, une minute de repos... Le vieillard, il a toujours été là : dans ma veille, dans mon sommeil, dans mes plaisirs, je le voyais... Et quand je cachais ma tête échevelée dans tes bras, Arthur, tu croyais que c'était de l'amour... C'était de la terreur !
ARTHUR
Oh! mon Dieu!...
TERESA
N'est-ce pas que j'étais digne d'envie?
ARTHUR
Oh! non, non!...
TERESA
Eh bien ! maintenant, qui de nous deux aimait le mieux, de toi qui lâchais de m'épouvanter de tes craintes , ou de moi, qui voulais te rassurer avec mon amour?
ARTHUR
Oh ! je t'aime pourtant bien, Teresa !
TERESA
Prends-y garde ! ces paroles, à cette heure, sont un engagement... Oserais-tu les répéter! m'aimestu toujours autant, Arthur ?
arthur, hésitant.
Oui... oui...