ACTE IV, SCÈNE VIL
AMELIE.
Un mot seulement, et je vous laisse.
ARTHUR
Dites, Amélie.
AMELIE.
Mon père m'a trouvée pâle et changée.
ARTHUR
C'est vrai ; et je m'en suis aperçu moi-même.
AMÉLIE
Ah f tant mieux !... Croyez-vous que ce soit sans cause, Arthur?
ARTHUR
Du moins , je ne la connais pas.
AMÉLIE
Je vais vous la dire... Je suis malheureuse !
ARTHUR
Vous ! ... et pourquoi ?
Parce que vous ne m'aimez plus.
ARTHUR
Oh! Amélie!...
AMELIE.
Vous ne m'aimez plus, Arthur, et il faut que ce soit ma faute... et j'ai cherché en moi tout ce qui pouvait avoir refroidi votre amour : il me semble que je suis toujours la même; seulement , moi, je vous aime davantage.
ARTHUR
Et qui peut vous faire penser?...
AMELIE.
Tout. D'ailleurs , prissiez-vous la peine de dissimuler votre froideur, il y a dans le cœur qui aime un instinct qui la ferait deviner, Arthur; mais vous ne vous imposez même pas cette obligation.
ARTHUR
Comment!...
AMÉLIE
C'est votre faute : pourquoi m'avez -vous habituée à être chérie , entourée de soins, d'amour? Je m'y suis faite ; et maintenant , maintenant que vous êtes distrait, préoccupé toujours...
ARTHUR
Moi?...
AMÉLIE
Tenez, dans ce moment même.... Eh bien! je vous impatiente, je vous fatigue... écoutez, écoutez une prière... une prière que je vous fais à genoux...
Oh! Amélie...
AMÉLIE
Oui, une prière...
ARTHUR
Laquelle?...
AMELIE.
Prenez sur vous de cacher votre indifférence à |
mon père : cela le rendrait trop malheureux ! Devant lui... Devant lui seulement, soyez bon pour moi comme vous l'étiez... Oh! vous ne savez pas comme il m'aime, lui, et comme il souffrirait!... Eh bien! quand nous serons seuls, je ne vous demanderai rien : vous ne me parlerez pas si vous voulez... Je me tiendrai dans ma chambre et vous dans la vôtre... Oh! oui... oui, j'en aurai le courage... mais que mon père le sache!... que je voie pleurer mon père !.... Oh ! Arthur.... oh! je n'en aurais pas la force...
ARTHUR
Amélie!.... chère Amélie!.... Oh!.... je t'aime cependant...
ahélie , lui mettant la main sur le cœur.
Oh l ce que tu dis ne vient pas de là, vois-tu ! ... Ce n'est plus l'accent d'autrefois , qui faisait que tes paroles persuadaient; que tu m'aurais fait croire aux choses les plus impossibles... Non, je ne réclame rien , rien que ce que je viens de te dire... N'est-ce pas que devant mon père tu prendras sur toi de paraître m'aimer?
Oh! oui, oui!.... Plains-moi, Amélie : je suis bien malheureux!... Mais tout cela changera, je te le jure!...
AMÉLIE
Mais, mon Dieu! qu'as-tu donc?
ARTHUR
Rien.... rien que je puisse te dire du moins.... des tourments, des chagrins à moi seul...
AMELIE.
Quand tu m'aimais, ils eussent été à nous deux...
ARTHUR
Encore!...
AHÉLIE.
Non...
ARTHUR
Amélie... c'est la solitude qu'il me faut.
AMÉLIE
Je vous ai dit tout ce que j'avais à vous dire : vous pouvez vous retirer, Arthur.
ARTHUR
Oui; mais je reviendrai bientôt, Amélie... J'ai tout arrangé pour un plan de vie à venir... pour que nous ne nous quittions pas, pour que...
AMÉLIE
Ce que vous ferez sera bien fait.
Allons, allons...
amélib , souriant.
Au revoir.
Arthur , entrant che% lut Que je souffre!...
TERESA