‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 303 sur 999 · DELAUNAY, ARTHUR · texte numérisé non relu

DELAUNAY, ARTHUR

(Arthur, pâle et abattu, entre lentement, s'arrête au tierg du théâtre, et baisse les yeux*)

ARTHUR

Vous me demandez, monsieur?

DELAURAY.

Oui. — Approchez... et asseyez- vous.

arthur, se tenant debout.

Merci...

DELAURAY.

Hier, monsieur, ma conduite a dû vous paraître étrange?...

ARTH(jR,~ftfm<fem6n/.

Il est vrai que j'en cherche la cause.

delauray, vivement.

La cause est celle que vous connaissez n'en

cherchez pas d'autre.

arthur, à part, s'essuyant le front.

Oh! je respire., •

DELAURAY.

Mais de tels emportements vont mal à mon âge : à soixante ans on doit connaître les hommes et par conséquent être moins sensible à leurs injustices... J'ai eu tort, monsieur.

ARTHUR

Vous!...

(// fait un mouvement en joignant les mains.)

DELAURAY.

J'ai eu tort, monsieur et je vous ai prié de

venir pour vous faire mes excuses...

ARTHUR

Vous, des excuses à moi, mon Dieu !...

DELAURAY.

Oui... Mais comme l'offense a été publique, il faut que la réparation le soit : comme l'outrage a été fait en face d'un homme devant lequel vous devez rester pur pour qu'il vous reste attaché, j'ai écrit à monsieur de Sorbin, et voici la lettre : c'est vous que je charge de la lui faire tenir.

arthur, repoussant la lettre.

Oh! monsieur...

DELAURAY.

Non : prenez-la, je le désire.

ARTHUR

Mais moi, monsieur, n'ai-je rien à me reprocher dans... dans... cette querelle ?... ne me resie-t-il rien à faire?

DELAURAY.

Ce qui vous reste à faire, je vais vous le dire.— (// étend la main et sonne.— Un domestique parait j) La dhaise de poste est-elle prête ?

LE DOMESTIQUE

Oui, monsieur le baron.

DELAURAY.

Allez. —Vous me demandez ce qui vous reste à faire, monsieur : il vous reste à partir.

ARTHUR

Partir!... et quand?

DELAURAY.

Dans dix minutes.

ARTHUR

Amélie?...

DELAURAY.

Vous accompagnera.

Sitôt!...

DELAURAY.

Vous avez une mission pour Saint-Pétersbourg; vos lettres de créance vous ont été remises hier ; le brevet de votre croix est signé : vous partez honoré et honorable... n'est-ce pas?... Que vous faut-il de plus?

ARTHUR

Mais partir si vite !

delauray, s'échauffànt.

Je vous avais insulté et je vous ai fait des excuses ; cette lettre prouve que ce n'est point vous qui êtes un lâche... mais que c'est moi qui en suis un... Que vous faut-il de plus?...

ARTHUR

Mais, monsieur !

delauray, plus chaudement encore.

Ces injustices qui, hier, m'eussent brisé le cœur

si la colère ne m'eût soulagé je les enferme

aujourd'hui dans ma poitrine; la haine qu'elles ont excitée en moi, si je ne puis l'éteindre, je la cache du moins; d'offensé que j'étais, je redescends au rang de suppliant... je vous supplie de partir... Mais dites-moi, dites-moi donc ce qu'il vous faut encore?

ARTHUR

Oh ! laissez-moi prendre congé de mes amis , laissez-moi jusqu'à demain... »

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