LE DUC DE GUISE, LA DUCHESSE DE GUISE
Vrai Dieu ! madame, il est bien bizarre que les ordres donnés par ma bouche aient besoin d'être ratifiés par la vôtre...
Ce jeune homme m'appartient, et il a cru devoir attendre de moi-même...
Cette obstination n'est pas naturelle, madame; on connaît Henri de Lorraine, et Ton sait qu'il a toujours chargé son poignard de réitérer un ordre de sa bouche.
Eh! monsieur, quelle conséquence pouves-vous tirer du plus ou moins d'obéissance de cet enfant?
Moi, aucune.. • mais j'avais besoin de son absence pour vous exposer plus librement le motif qui m'amène... Voulez-vous bien me servir de secrétaire?
Moi, monsieur, et pour écrire à qui ?
Que vous importe? c'est moi qui dicterai. (Approchant une plume ei du papier. ) Voilà ce qu'il vous faut.
Je crains de ne pouvoir former un seul mot ; ma
main tremble ne pourriez- vous par une autre
personne?...
Non, madame... il est indispensable que ce soit
tous.
la duchesse de guise.
Mais, au moins, remettez à plus tard...
Cela ne peut se remettre, madame; d'ailleurs,
il suffira que votre écriture soit lisible écrivez
donc.
Je suis prête...
LE DUC DE GUISE, dictant.
Plusieurs membres de la Sainte-Union se rassemblent, cette nuit, à l'hôtel de Guise; les portes en resteront ouvertes jusqu'à une heure du matin; vous pouvez y à l'aide d'un costume, de ligueur, passer sans être aperçu.» . l'appartement de madame la duchesse de Guise est au second...
Je n'écrirai pas davantage que je ne sache à qui est destiné ce billet...
Vous le verrez, madame, en mettant l'adresse.
Elle ne peut être pour vous, monsieur; et à tout autre, elle compromet mon honneur...
Votre honneur!... Vive Dieu! madame; et qui doit en être plus jaloux que moi?., laissez-m'en juge, et suivez mon désir...
* Votre désir, je dois m'y refuser.
Obéissez à mes ordres, alors...
A vos ordres!... peut-être ai-je le droit d'en demander la cause. ..
La cause, madame ; tous ces retardements me prouvent que vous la connaissez.
Moi, et comment?
Peu m'importe... écrivez.
Permettes que je me retire...
Vous ne sortirez pas.
Vous n'obtiendrez rien de moi, en me contraignant à rester.
le duc de guise, /• forçant à s'asseoir.
Peut-être vous réfléchirez, madame : mes ordres méprisés par vous ne le sont point encore par tout le monde... et d'un mot, je puis substituer à l'oratoire élégant de l'hôtel de Guise l'humble cellule d'un cloître.
Désignez-moi le couvent où je dois me retirer, monsieur le duc ; les biens que je vous ai apportés comme princesse de Porcian y paieront la dot de la duchesse de Guise.
KO
HENRI III ET SA COUR
LI DUC M GUISE
Oui, madame; sans^doute vous jugez en vousmême que ce ne serait qu'une faible expiation. D'ailleurs, l'espoir vous suivrait au delà de la grille ; il n'est point de murs si élevés qu'on ne puisse franchir, surtout si on y est aidé par un chevalier adroit, puissant et dévoué. Non, madame, non, je ne vous laisserai pas cette chance; mais revenons à cette lettre, il fout qu'elle s'achève.
Jamais, monsieur, jamais.
Ne me poussez pas à bout, madame : c'est déjà beaucoup que j'aie consenti à vous menacer deux fois.
Eh bien! je préfère une réclusion éternelle.
Mort et damnation ! croyex-vous donc que je n'aie que ce moyen?
Et quel autre? — (Leduc verse le contenu d'un flacon dans une petite coupe.) Ah! vous ne voudriez pas m' assassiner... Que faites-vous, monsieur de Guise, que faites-vous?
Rien... j'espère seulement que la vue de ce breuvage aura une vertu que n'ont point mes paroles.
Eh quoi!... vous pourriez!... ah!
Écrivez, madame, écrivez.
Non, non. mon Dieu! mon Dieu !
le duc de guise, saisissant la coupe.
Eh bien!...
Henri, au nom du ciel ! je suis innocente, je vous le jure... Que la mort d'une faible femme ne souille pas votre nom. Henri, ce serait un crime affreux, car je ne suis pas coupable ; j'embrasse vos genoux; que voulez-vous de plus? Oui, oui, je crains la mort.
Il y a un moyen de vous y soustraire.
Il est plus affreux qu'elle encore... Mais non, tout cela n'est qu'un jeu pour m'épouvanter. Vous n'avez pas pu avoir, vous n'avez pas eu cette exécrable idée.
le duc de guise, riant.
Un jeu, madame !
Non... Votre sourire m'a tout dit...
(Elle abaisse la tète entre ses mains y et prie. )
LE DOC DE GU1IB
Êtes-vous décidée?
la duchesse de guise, se relevant seule.
Je le suis.
A l'obéissance?
la duchesse de Gens, prenant la coupe.
A la mort !
le duc de guise, lui arrachant la coupe et la Jetant.
Vous l'aimiez bien, madame !... Elle a préféré... Malédiction ! malédiction ! sur vous et sur lui... sur lui surtout qui est tant aimé !
Malheur ! malheur à moi ! car mes forces sont épuisées.
Oui, malheur, car il est plus facile à une femme d'expirer que de souffrir. —(Lui saisissant le bras avec son gant de fer* ) Écrivez.
Oh! laissez-moi.
Écrivez !
Vous me faites mal, Henri.
Écrivez, vous dis-je !
la duchesse de guise, essayant de dégager son bras.
Vous me faites bien mal, Henri; vous me faites horriblement mal... Grâce ! grâce ! ah !
LE DOC DE GUISE
Écrivez donc.
Le puis -je? Ma vue se trouble Une sueur
froide. . . 6 mon Dieu ! mon Dieu ! je te remercie, je vais mourir.
(Elle s'évanouit.)
Eh ! non, vous ne mourrez pas.
( // lui fait respirer un flacon . )
Qu'exigez-vous de moi ?
Que vous m'obéissiez.
LA DUCHESSE DE GUISE, OCCOblée.
J'obéis. Mon Dieu ! (u le sais, j'ai bravé la mort... la douleur seule m'a vaincue ; je l'ai supportée autant qu'une faible femme pouvait le faire... Elle a été au delà de mes forces. Tu l'as permis, 6 mon Dieu ! le reste est entre tes mains.
le duc de guise, dictant.
L'appartement de madame la duchesse de Guise