‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 441 sur 999 · ACTE II, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE m

LE BOHEMIEN

Et là , regarde au bras gauche de l'un des noyés, et une voix de plus criera : Malheur ! malheur !

gaultier, se précipitant hors de l'appartement.

Mon frère ! mon frère !

le bohémien, se retournant vers la reine.

Et vous , Marguerite de Bourgogne , ne voulezvous rien savoir? ou croyez-vous que je n'aie rien à vous dire? Pensez-vous qu'une destinée royale soit surhumaine, et que des yeux mortels ne puissent y lire?

MARGUERITE

Je ne veux rien savoir, rien.

LE BOHEMIEN

Et tu m'as fait venir, cependant; me voici, Marguerite; maintenant il fout que tu m'entendes. marguerite, seule, sur son trône.

Ne vous éloignez pas, monsieur de Marigny.

LE BOHEMIEN

Oh! Marguerite! Marguerite! à qui faut-il des nuits bien sombres au dehors , bien éclairées au dedans?

MARGUERITE

Qui donc a appelé ce Bohémien? Qui fa appelé? que me v4lt-il ?

le BOHEME* , mettant le pied sur la première marche du trône. ^F

Marguerite, n'est-ce pas qu'à ton compte il manque un cadavre? n'est-ce pas que tu croyais ce matin entendre dire trois au lieu de deux?

marguerite, se levant.

Tais-toi donc, ou dis-moi qui te donne cette puissance de deviner?

le bohémien, lui montrant l'aiguille d'or de sa coiffure.

Voilà mon talisman, Marguerite. Ah ! tu portes la main à ta joue ! C'est bien, tout est dit.— (A part.) C'est elle. —(Haut.) Il faut que je te dise un dernier mot que nul n'entende. Arrière , seigneur de Marigny.

MARIGNY

Bohémien, je n'ai d'ordre à recevoir que de la reine.

Marguerite, descendant du trône.

Éloignez-vous, éloignez-vous.

LE BOHEMIEN

Tu rois que je sais tout , Marguerite : que ton amour, ton honneur, ta vie sont entre mes mains. Marguerite, ce soir je t'attendrai après le couvrefeu à la taverne d'Orsini. Il faut que je te parle seul.

HARQUBRtTB.

Une reine de France peut-elle sortir seule à cette heure?

2 ALEX. BUMAt.

LE BOHEMIEN

Il n'y a pas plus loin d'ici à la porte Saint Honoré que d'ici à.la tour de Nesle.

MARGUERITE

J'irai, j'irai.

LE BOHEMIEN

Tu apporteras un parchemin et le sceau de l'État.

MABGUEB1TB.

Soit, mais d'ici là ?

LE BOHEMIEN

D'ici là ? vous allez rentrer dans votre appartement qui sera fermé pour tout le monde.

MARGUERITE

Pour tout le monde.

LE BOHEMIEN

Même pour Gaultier d'Aulnay , surtout pour Gaultier d'Aulnay. Messeigneurs, la reine vous remercie et prie Dieu de vous avoir en sa garde; défendez la porte de vos appartements, madame.

MARGUERITE

Gardes, ne laissez entrer personne.

LE BOHÉMIEN

A ce soir chez Orsini, Marguerite.

marguerite , en sortant.

A ce soir.

( Le Bohémien passe au milieu des seigneurs qui s'écartent et le regardent avec terreur. )

S A VOIS Y. ^pt

Messeigneurs, concevez -vous quelqui^ose de pareil ? et cet homme n'est-il pas Satan?

PIEBBErONDS.

Qu'a-t-il donc pu dire à la reine ?

Monsieur de Marigny, vous qui étiez près de Marguerite, avez -vous entendu quelque chose de sa prédiction ?

MABIGNT.

Il se peut, messeigneurs, mais je ne me rappelle que celle qu'il m'a faite.

8AV0ISY

Eh bien! croirez- vous désormais aux sorciers?

MARIGNY

Pourquoi plus qu'auparavant? Il m'a annoncé ma disgrâce : je suis encore ministre. Il m'a annoncé ma mort ;... vrai Dieu ! messieurs, si l'un de vous est tenté de s'assurer que je suis bien vivant, il n'a qu'à le dire : j'ai au côté une épée qui se chargera en pareil cas de répondre pour son maître.

gaultier , se précipitant dans la salle.

Justice ! justice !

TOUS

Gaultier !

GAULTIER

C'était mon frère, messeigneurs, mon frère Phi-

LA TOUR DE NESLE

lippe , mon seul ami , mon seul parent. Mon frère égorgé! noyé! mon frère sur la grève; malédiction! il me faut justice , il me faut son assassin , que je régorge , que je le foule aux pieds. Son assassin , Savoisy, le connais-tu ?

SAVOISY

Mais tu es insensé !

GAULTIEE.

Non , je suis maudit ; mon grade , mon sang, mon or à qui me le nommera. Monsieur de Marigny, prenez-y garde, c'est tous qui m'en répondez; vous êtes le gardien de la ville de Paris ; pas une goutte de sang ne s'y verse par un meurtre qu'elle ne vous tache. Où est la reine? je veux voir la reine, je veux voir Marguerite; Marguerite me fera justice. Mon frère ! mon frère !

( // se précipite vers la porte du fond.)

SAVOIST.

Gaultier, mon ami...

040LTIX1.

Je n'ai pas d'ami ; je n'avais qu'un frère, il me faut mon frère vivant ou son assassin mort. Marguerite! Marguerite ! — (// eecoue la porte.) Cest moi, c'est moi, ouvrez!

Ulf CAFlTAIltB.

On ne passe pas.

0AULTIEE.

Moi! moi! je passe, laissez-moi... Marguerite, mon frère! — (Les gardée le prennent à bras le corpê et V éloignent; il tire son épée.) 11 faut que je la voie, je le veux.— (// est désarmé par les gardes.) Ah ! ah ! malédiction ! — (// tombe et se roule.) Ah! mon frère, mon frère!!!

QUATRIÈME TABLEAU

La tmroc d'Onfal ;

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