‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 443 sur 999 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MARGUERtTE, BURIDAN,

mabgcebite , ouvrant et reculant.

Ce n'est point le Bohémien !

BCBtBAN.

Non, c'est le capitaine ; mais si le capitaine est le Bohémien , cela reviendra an même, n'est-ce pas? J'ai préféré ce costume ; il défendrait mieut au besoin le maître qui le porte que la robe que le maître portait ce matin ; puis, par le temps qui court , et à cette heure de nuit, les rues sont mauvaises. Enfin , à tort ou à raison , d'est une précaution que j'ai cru devoir prendre.

■ABGUBftlTE.

Vous voyei que je suis venue.

BCBIBAN.

Et vous avez bien fait, reine.

■ABGUEBITE.

Vous reconnaîtrez de ma part, du moins, que c'est un acte de complaisance?

BCBIBAN.

Que vous vinssiez ici par complaisance ou par crainte, j'étais sûr de vous y trouver : poux* m.oi c'était l'essentiel.

MABGCEBITE.

Tous n'êtes donc pas de Bohême?

BCBIBAN.

Non, par la grâce de Dieu ; je suis chrétien ou plutôt je l'étais; mais il y a longtemps déjà que je

n'ai plus de foi, n'ayant plus d'espoir Parlons

d'autres choses.

(// prend une chaiie. ) mabgcebite, s 9 as seyant.

i J'ai l'habitude qu'on me parle debout et découvert.

bcbivan , débout.

Je te parlerai debout et découvert, Marguerite, parce que tues femme et non parce que tu es reine. Regarde autour de nous. T a-t-il un seul objet auquel tu puisses reconnaître le rang auquel lu te vantes d'appartenir, insensée? Ces murs noirs et enfumés ressemblent-ils à la tenture d'un appartement de reine? est-ce un ameublement de reine que cette lampe fumeuse et cette table à demi brisée ? Reine, où sont tes gardes? reine, où est ton trône? Il n'y a ici qu'un homme et une femme ; et puisque l'homme est tranquille et que la femme tremble, c'est l'homme qui est roi.

MABGCEBITE.

Mais qui donc es-tu pour me parler ainsi? d'où vient que tu me crois en ta puissance, et qui te fait penser que je tremble ?

BCBIBAN.

Qui je 6ois? je suis à celte heure Buridan le capitaine ;... peut-être ai-je encore un autre nom qui te serait plus connu; mais en ce moment il est inutile que tu le saches... D'où vient que je te crois en ma puissance?... c'est que si lu ne pensais pas y être toi-même, tu ne serais pas venue ainsi... ce qui me fait penser que tu trembles, c'est qu'à ton compte comme au mien il te manque un cadavre ; que la Seine n'en a rejeté et n'en pouvait rejeter que deux cette nuit.

MABGBBB1TB*

Et le troisième?

BCBIBAN.

Le troisième?... le troisième existe, Marguerite; le troisième, c'est Buridan le capitaine , l'homme qui est devant toi.

mabgcebiti, $e levant*

C'est impossible f

BCBIBAN.

Impossible!... Écoute, Marguerite, veux-tu que je te dise ce qui s'est passé cette nuit à la tour de Nesle?

MABGCEBITE.

Dis.

BCBIBAN.

Il y avait trois femmes, voici leurs noms : la princesse Jeanne, la princesse Blanche et la reine Marguerite. Il y avait trois hommes, et vajci leurs noms : Hector de Chejreuse, Buridan le capitaine et Philippe d'Aulnay.

MABQCEBITEi

Philippe d'Aulnay l

BCBIBAN.

Oui , Philippe d'Aulnay, le frère de Gaultier ; celui-là, c'est celui qui a voulu que tu ôtasses ton

masque; celui-là, c'est celui qui t'a fait à la

figure la cicatrice que voici.

MABGCEBITE.

Eh bien! Hector et Philippe sont morts, n'est-ce pas? et tu es resté seul vivant, toi?

BCBIBAN.

Seul.

MABGCEBITE.

Et voilà que tu t'es dit: Je raconterai ce qui s'est passé, et je perdrai la reine ; la reine aime Gaultier d'Aulnay, et je dirai à Gaultier d'Aulnay : La reine a tué ton frère... Tu es fou, Buridan , car l'on ne te croira pas... Tu es bien hardi, car maintenant que je sais ton secret comme tu sais le mien, je pourrais appeler, faire un signe, et dans cinq minutes Buridan le capitaine aurait rejoint Hector de Chevreuse et Philippe d'Aulnay.

BCBIBAN.

Fais-le, et demain... Gaultier d'Aulnay ouvrira à la dixième heure du matin des tablettes qu'un

LA TOUR DE NESLE

moine de Saint-François lui a remises aujourd'hui et qu'il a juré sur la croix et l'honneur d'ouvrir, si d'ici là il n'avait pas vn un certain capitaine, qu'il a rencontré à 4a taverne d'Orsini.... Ce capitaine, c'est moi ; si tu me fais tuer, Marguerite, il ne me verra pas et il ouvrira les tablettes.

BUBGUEBITB.

Penses-tu qu'il croira plus à ton écriture qu'à Us paroles?

boubah.

Non, Marguerite, non ; mais il croira à récriture de son frère, aux dernières paroles de son frère, écrites avec le sang de son frère, signées de la main de son frère ; il croira à ces mots qu'il lira : Je meurt assassiné par Marguerite de Bourgogne. Tu n'as quitté Philippe qu'un instant, imprudente, c'a été assez. Croira-t-il maintenant l'amant trahi? croira-t-il le frère assassiné? Hein! Marguerite; réponds-moi? penses-tu à cette heure qu'il n'y ait qu'à faire tuer Buridan le capitaine pour te débarrasser

de lui Fouille mon cœur avec vingt poignards

et tu n'y trouveras pas mon secret. Envoie-moi rejoindre dans la Seine mes compagnons de nuit, Hector et Philippe, et mon secret surnagera sur la

Seine, et demain, demain, à la dixième heure

Gaultier... Gaultier, mon vengeur, viendra te demander compte du sang de son frère et du mien... Voyons.... suis-je un fou... un imprudent, ou mes mesures étaient-elles bien prjses?

■abgubbjts.

Si cela est ainsi...

BUBIBAlf.

Cela est.

HABCUEBITB.

Que voulex-vous de moi alors? Voulez- vous de l'or? vous fouillerez à pleines mains dans le trésor de l'État. La mort d'un ennemi vous est-elle nécessaire? voici le sceau et le parchemin que vous m'avez dit d'apporter. Êtes-vous ambitieux?... je puis

vous faire dans l'État ce que vous désirez être

Parlez, que voulez-vous?

BUBIBAIV. ~

Je veux tout cela. — {Ils s'asseyent.) Écoulemoi, Marguerite ; comme je l'ai dit, il n'y a ici ni roi ni reine... Il y a un homme et une femme qui vont faire un pacte, et malheur à qui des deux le rompra avant de s'être assuré de la mort de l'autre!... Marguerite, je veux assez d'or pour en paver un palais.

BUBGUEBITB.

Tu l'auras, dussé-je faire fondre le sceptre et la couronne !

BUBIBAfl.

Je veux être premier ministre.

MABGGSBITE.

C'est le sire Enguerrand de Marigny qui tient cette place.

BCBIBAlf.

Je veux son litre et sa place.

■ABGUEBITE.

Mais tu ne peux les avoir que par sa mort.

bubidaïi, raillant.

Je veux son titre et sa place.

MAEGUEEITE.

Tu les auras.

BUEIDAIV.

Et je te laisserai ton amant, et je te garderai ton secret... C'est bien. — ( // $e lève.) A nous deux maintenant, à nous deux le royaume de France; à nous deux nous remuerons l'État avec un signe ; à nous deux nous serons le roi et le véritable roi ; et je garderai le silence, Marguerite; et tu auras chaque soir ta barque amarrée au rivage , et je ferai murer les fenêtres du Louvre qui donnent sur la tour de Nesle ; acceptes-tu, Marguerite?

MABCUIRITB.

J'accepte.

BUBIBAlf.

Tu entends, Marguerite ! demain à pareille heure je veux être premier ministre.

■ ABGUEBITE.

Tu le seras.

BUBIBAlf.

Et demain matin à dix heures j'irai à la cour prendre mes tablettes.

■aaguebite, $0 levant.

Vous y serez bien reçu.

bceidan, prenant un parchemin et lui présentant la plume.

L'ordre d'arrêter Marigny !

■abguebitb , signant.

Le voici.

BUBIBA*.

C'est bien. Adieu, Marguerite, à demain.

(// prend son msmieau et sort.)

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