SCÈNE IL LA DUCHESSE DE GUISE, SAINT-MÉGRIN
8AINT-HÊGHIH.
Je ne m'étais donc pas trompé, c'était votre voix que j'avais entendue ; elle m'a guidé....
Ma voix! ma voix ! elle vous disait de fuir!
SAIHT-HÉGRRf.
Que j'étais insensé ! je ne pouvais croire à tant de bonheur.
Cette porte est encore ouverte ! fuyez, monsieur le comte, fuyez !
SAIlfT-VEGRIlf.
Ouverte! oui... imprudent que je suis!
( // la referme et jette la clef.)
Monsieur le comte, écoutez-moi !
8AIHT-HÉGEm.
Oh! oui, oui! parle! j'ai besoin de t'entendre, pour croire à ma félicité.
Fuyez, fuyez ! la mort est là !... des assassins !... SAiNT-atGEirr.
Que dis-tu ? quels sont ces mots de mort et d'assassins que tu prononces, avec une robe de fête, et le front couronné de fleurs?
Des fleurs... ah ! qu'elles soient anéanties 1 ( Elle les arrache. )
SATWT-HÉGRIN.
Que faites-vous?
Écoutez-moi... écoutez-moi... Au nom du ciel! N sortez de ce délire insensé... il y va de la vie, vous dis-je; ils vous ont attiré dans un piège infernal; ils veulent vous assassiner.
SAIftT-HEGEUf.
M'assassiner! cette lettre n'était donc pas de vous?
Elle était de moi ; mais, la violence, la torture... Voyez l — (Elle lui montre son bra$.) Voyez...
SAINT-HEGEIIf.
Ab!
C'est moi qui ai écrit ce billet... mais c'est le duc qui l'a dicté.
SAiHT-HEGESi, le déchirant.
Le duc ! et j'ai pu croire... Non, non, je ne l'ai pas cru un seul instant. Mon Dieu ! mon Dieu ! elle ne m'aime pas !
LA DCCHESSE DE GGISE.
Maintenant que vous savez tout, fuyez, fuyez ! je vous l'ai dit , il y va de la vie.
samt-heghih, sans l'écouter.
Elle ne m'aime pas...
(// met $a main dans sa poitrine, et la meurtrit. )
Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! *
SAiivT-HÉGRin, riant.
C'est ma vie, dites-vous, qu'ils veulent ! Eh bien! je vais la leur porter: mais sans rien conserver de vous ! tenez ! voilà ce bouquet, que mon existence a failli payer. D'un mot, vous m'avez détaché de la vie, comme ces fleurs de leurs tiges. Adieu ! adieu pour jamais. (// veut rouvrir la porte.) Cette porte est refermée.
C'est lui ! il sait déjà que vous êtes ici.
8AIKT-HÉGRPC.
Ah ! qu'il vienne! qu'il vienne! Henri... Henri! n'auras-tu de courage que pour meurtrir le bras d'une femme... Ab! viens, viens!
Ne l'appelez pas ! ne rappelez pas! il doit venir !
8AUIT-HÉGEIH.
Que vous importe ? je vous suis indifférent. Ah ! la pitié! oui...
Mais si vous m'aidiez, peut-être pourriez-vous fuir.
N 8AIHT-HEGHIlf.
Moi , fuir ! et pourquoi ? ma mort et ma vie ne sont-elles pas des événements également étrangers dans votre existence... Fuir ! et fuirais-je aussi votre indifférence , votre haine , peut-être ?
Mon indifférence ! ma haine ! ah ! plût au ciel !
8AIFfT-HÉGHIH.
Plut au ciel! dis-tu? Un mot, un mot encore, et je t'obéirai aveuglément... Dis; ma mort doit-elle être pour toi plus affreuse que l'assassinat d'un homme?
Grand Dieu! il le demande... Oh h oui.. • oui.
8AIHT-HtGEI5.
Tu ne me trompes pas! ah ! je te rends grâce! Tu parlais de fuir! de moyens ! quels sont-ils?... Fuir! moi, fuir devant le duc de Guise!... Jamais!...
Ce n'est pas devant le duc de Guise que vous fuiriez ; c'est devant des assassins. Retenu dans une autre partie de l'hôtel par cette réunion de ligueurs, il a voulu s'assurer qu'une fois ici vous ne sauriez lui échapper. Si nous pouvions seulement fermer cette porte, nous aurions encore quelques instants;