‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 52 sur 999 · SCÈNE IL LA DUCHESSE DE GUISE, SAINT-MÉGRIN · texte numérisé non relu

SCÈNE IL LA DUCHESSE DE GUISE, SAINT-MÉGRIN

8AINT-HÊGHIH.

Je ne m'étais donc pas trompé, c'était votre voix que j'avais entendue ; elle m'a guidé....

Ma voix! ma voix ! elle vous disait de fuir!

SAIHT-HÉGRRf.

Que j'étais insensé ! je ne pouvais croire à tant de bonheur.

Cette porte est encore ouverte ! fuyez, monsieur le comte, fuyez !

SAIlfT-VEGRIlf.

Ouverte! oui... imprudent que je suis!

( // la referme et jette la clef.)

Monsieur le comte, écoutez-moi !

8AIHT-HÉGEm.

Oh! oui, oui! parle! j'ai besoin de t'entendre, pour croire à ma félicité.

Fuyez, fuyez ! la mort est là !... des assassins !... SAiNT-atGEirr.

Que dis-tu ? quels sont ces mots de mort et d'assassins que tu prononces, avec une robe de fête, et le front couronné de fleurs?

Des fleurs... ah ! qu'elles soient anéanties 1 ( Elle les arrache. )

SATWT-HÉGRIN.

Que faites-vous?

Écoutez-moi... écoutez-moi... Au nom du ciel! N sortez de ce délire insensé... il y va de la vie, vous dis-je; ils vous ont attiré dans un piège infernal; ils veulent vous assassiner.

SAIftT-HEGEUf.

M'assassiner! cette lettre n'était donc pas de vous?

Elle était de moi ; mais, la violence, la torture... Voyez l — (Elle lui montre son bra$.) Voyez...

SAINT-HEGEIIf.

Ab!

C'est moi qui ai écrit ce billet... mais c'est le duc qui l'a dicté.

SAiHT-HEGESi, le déchirant.

Le duc ! et j'ai pu croire... Non, non, je ne l'ai pas cru un seul instant. Mon Dieu ! mon Dieu ! elle ne m'aime pas !

LA DCCHESSE DE GGISE.

Maintenant que vous savez tout, fuyez, fuyez ! je vous l'ai dit , il y va de la vie.

samt-heghih, sans l'écouter.

Elle ne m'aime pas...

(// met $a main dans sa poitrine, et la meurtrit. )

Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! *

SAiivT-HÉGRin, riant.

C'est ma vie, dites-vous, qu'ils veulent ! Eh bien! je vais la leur porter: mais sans rien conserver de vous ! tenez ! voilà ce bouquet, que mon existence a failli payer. D'un mot, vous m'avez détaché de la vie, comme ces fleurs de leurs tiges. Adieu ! adieu pour jamais. (// veut rouvrir la porte.) Cette porte est refermée.

C'est lui ! il sait déjà que vous êtes ici.

8AIKT-HÉGRPC.

Ah ! qu'il vienne! qu'il vienne! Henri... Henri! n'auras-tu de courage que pour meurtrir le bras d'une femme... Ab! viens, viens!

Ne l'appelez pas ! ne rappelez pas! il doit venir !

8AUIT-HÉGEIH.

Que vous importe ? je vous suis indifférent. Ah ! la pitié! oui...

Mais si vous m'aidiez, peut-être pourriez-vous fuir.

N 8AIHT-HEGHIlf.

Moi , fuir ! et pourquoi ? ma mort et ma vie ne sont-elles pas des événements également étrangers dans votre existence... Fuir ! et fuirais-je aussi votre indifférence , votre haine , peut-être ?

Mon indifférence ! ma haine ! ah ! plût au ciel !

8AIFfT-HÉGHIH.

Plut au ciel! dis-tu? Un mot, un mot encore, et je t'obéirai aveuglément... Dis; ma mort doit-elle être pour toi plus affreuse que l'assassinat d'un homme?

Grand Dieu! il le demande... Oh h oui.. • oui.

8AIHT-HtGEI5.

Tu ne me trompes pas! ah ! je te rends grâce! Tu parlais de fuir! de moyens ! quels sont-ils?... Fuir! moi, fuir devant le duc de Guise!... Jamais!...

Ce n'est pas devant le duc de Guise que vous fuiriez ; c'est devant des assassins. Retenu dans une autre partie de l'hôtel par cette réunion de ligueurs, il a voulu s'assurer qu'une fois ici vous ne sauriez lui échapper. Si nous pouvions seulement fermer cette porte, nous aurions encore quelques instants;

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