‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 53 sur 999 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

mais la barre en a été enlevée; une seconde clef est entre ses mains, — (Cherchant.) et l'autre...

SAUfT-MEGRI*.

N'est-ce que cela ? attendez. —( // brise la pointe de son poignard dans la serrure. ) Maintenant cette porte ne s'ouvrira plus qu'on ne l'enfonce.

Bien, bien! cherchons un moyen, une issue.... Mes idées se heurtent! ma tête se brise!...

saiht-meghih , Balançant vers la fenêtre.

Cette fenêtre...

LA DCC H ESSE DE GtISB.

Gardez-vous-en bien ! vous vous tueriez !

SAIKT-HÉGHITf.

Me tuer sans vengeance ! Vous avez raison ; je les attendrai.

Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! secourez-nous ! Oh ! toutes les mesures de vengeance ne sont que trop

bien prises Et c'est moi , moi, qui n'ai pas su

souffrir.— (Tombant à genoux.) Comte, au nom du ciel! votre pardon! — (Se relevant.) ou plutôt, non,

non, ne me pardonnez pas et, si vous mourez,

je mourrai avec vous !

(Elle tombe dans un fauteuil. ) m

8AIHT-MÊGEIH , à SCS pieds.

Eh bien ! rends-moi donc la mort plus douce.

Dis, dis-moi que tu m'aimes... C'est un pied dans la tombe que je t'en conjure. Je ne suis plus pour toi qu'un mourant. Les préjugés du monde disparaissent, les' liens de la société se brisent devant l'agonie. Entoure mes derniers moments des félicités du ciel... Ah ! dis, dis-moi que je suis aimé.

LA DUCHESSE DE GtlSB.

Eh bien oui, je vous aime! et depuis longtemps. Que de combats je me suis livrés pour fuir vos yeux, pour m 'éloigner de votre voix! vos regards , vos paroles me poursuivaient partout. Non ! pour nous la société n'a plus de liens, le monde n'a plus

de préjugés Écoule-moi donc : oui, oui, je

t'aime.... Ici , dans cette même chambre, que de fois j'ai fui un monde que ton absence dépeuplait pour moi ! Que de fois je suis venue m'isoler avec mon amour et mes pleurs! et alors je revoyais tes yeux, j'entendais encore tes paroles, et je te répondais. Eh bien ! ces moments , ils ont été les plus doux de ma vie. * '

SAIHT-HEG1I1V.

Oh ! assez, assez... Tu ne veux donc pas que je poisse mourir... Malédiction !... Là, toutes les félicités de la terre, et là, la mort, l'enfer... Oh ! taistoi, ne me dis plus que tu m'aimes... Avec ta haine, j'aurais bravé leurs poignards; et maintenant, ah ! je crois que j'ai peur!

Saint-Mégrin, oh! ne me maudis pas.

SAIIfT-HÉGEUf.

Si, si, je te maudis pour ton amour qui me fait entrevoirie ciel et mourir... mourir! Jeune, aimé de toi ! est-ce que je puis mourir ! Non, non ; redismoi que tout cela n'était qu'illusion et mensonge ! (On entend du bruit.)

Ah ! ce sont eux !

SAHIT-XEGEIft.

Ce sont eux. — ( Tirant son épée et s' appuyant dessus avec calme.) Éloigne-toi ; tu m'as vu faible, insensé; en face delà mort, je redeviens un homme. .. éloigne-toi.

la duchesse de guise, après un moment de réflexion.

Saint-Mégrin! écoute... écoutez. Cette fenêtre est... oui! je m'en souviens... Il y a un balcon au premier étage; si vous l'atteigniez une fois.... une ceinture... une corde; vous pouvez descendre jusque- là, et alors vous êtes sauvé. — (Cherchant.) Mon Dieu ! rien, rien.

8AINT-HEGBITf.

Calme-toi! Catherine, Voyons! — (Mlantà la fenêtre.) Si je pouvais seulement distinguer ce balcon... mais rien qu'un gouffre.

On entend du bruit dans la rue. — (Se précipitant vers la fenêtre.) Qui que vous soyez, au secours! au secours !

saiht-hEgeih , V arrachant de la fenêtre.

Que fais-tu? veux-tu les avertir! — ( Un paquet de cordes tombe dans la chambre. ) Qu'est-ce là?

Ah! vous êtes sauvé! — (Elle le prend.) D'où vient-il? Un billet. — ( Elle Ut.) Quelques mots que fai entendus m'ont tout appris. Je n'ai que ce moyen de vous sauver, et je remploie. Arthub. Arthur ! 6 cher enfant ! — (A Saint-Mégrin.) C'est Arthur; fuyez, fuyez vite.

saiht-hegeih, attachant la corde.

En aurai-je le temps? cette porte ; — (On l'agite violemment. ) Cette porte. • •

Attendez.

(Elle passe son bras entre les deux anneaux

de fer.)

SAIKT-HÉGEIlf.

Ah ! Dieu ! que faites-vous?

Laisse! laisse! c'est le bras qu'il a déjà meurtri.

SAIftT-HEGllIf.

J'aime mieux mourir.

HENRI MI ET SA COUR

le duc de. «mai, ébranlant la porte.

Ouvrez, madame, ouvrez,

Fuyez donc , mon Dieu ! En fuyant vous sauvez ma vie ; si vous restez, je jure de mourir avec vous, et je mourrai déshonorée... Fuyez, fuyez.

SAHIT-HEGEIH.

Tu m'aimeras toujours?

Oui, oui.

LE DUC DE GUISE, du dehors.

Des leviers, des haches.... que j'enfonce cette porte.

Pars donc ! Adieu.

8AIÎIT-MÊG1IW.

Oui... oui... adieu... !

8ÀIKT-HÊGUÏI.

Adieu î...

( // met son épée entre ses dents et descend par la fenêtre. )

Mon Dieu! mon Dieu! je te remercie; il est sauvé. — ( Un moment de silence, puis tout à coup des cris, un cliquetis d'armes.) Ah ! — (Elle quitte la porte, court à la fenêtre.) Arthur! Saint- Mégrin!

(Elle pousse un second cri, et revient tomber au milieu de la scène.)

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