LES SOLDATS
Et vous, et Votre Majesté?
napoléon, étant son gant et leur prenant la main. Moi, j'ai chaud ; tenez.
PEEMIE* SOLDAT.
Non, sire, nous aimerions mieux mourir.
NAPOLEON
Mes enfants!
l'espion.
Arrière!...
NAPOLEON
Laissez entrer les gardes de l'aigle ! 11 faut que leurs mains se réchauffent pour soutenir leur drapeau.
(Le drapeau et les gardes entrent. ) loeeain, à Vespion.
Oh ! s'il vous plaît, camarade, une petite place au feu, place de sous-officier ! — Cré coquin, que j'ai les mains gourdes!... — Dites donc, camarade, sans indiscrétion, peut-on vous demander ce que vous avez de gelé ?
l'espion.
Rien.
LOEEAIN.
Vous êtes bien heureux. Faites-moi l'amitié de me dire si j'ai encore mon nez... C'est que je ne le sens plus depuis Smolensk... Avec ça que j'ai une faim! — Allons, allons, serrons la ceinture d'un cran : — j'ai dîné.
NAPOLÉON
Le canon ! le canon ! c'est l'avant-garde de Kutusoffet de Wittgenstein qui a rejoint mon arriéregarde... Mais Ney est là, Ney, le brave des braves! Charles XII! Charles XII!... — (A un aide de camp.) Eh bien ! le canon a changé de direction... Qu'est-ce que ce canon ?
l'aide de camp.
Titchakoff, avec trente mille hommes, qui nous attaque en flanc.
NAPOLÉON
Et l'armée, l'armée passe-t-elle la Bérésina?
l'aide de camp.
Le tiers est passé à peu près , mais le pont fléchit.
NAPOLÉON
Je le sais.
l'aide de camp.
Et d'un moment à l'autre...
Silence. — Et vous dites que Titchakoff...
l'aide de camp.
Voilà son canon qui se rapproche.
NAPOLÉON
Combien le bataillon sacré compte -l- il encore d'hommes? s
l'aide de camp.
Cinq cents, à peu près.
NAPOLÉON
Qu'ils maintiennent Titchakoff et ses trente mille hommes, et qu'ils donnent à l'armée le temps de passer la Bérésina ;— en se déployant sur une seule ligne , ils feront croire à un nombre triple. — Allez. — Oh! le pont! le pont! Je l'avais bien dit à Éblé que les chevalets n'étaient pas assez forts. A chaque instant je tremble d'entendre les cris des milliers de malheureux qui s'engloutiront! Mon Dieu ! ... — Quelqu'un a-t-il du vin ?
l'espion.
En voici quelques gouttes.
NAPOLÉON
Merci. —(f/ va pour boire et voit un de ses grenadiers mourant, qui se débat ; il lui porte la gourde. ) Tiens, mon brave. — (Cris de détresse mêlés ans
! houras des Cosaques.) Ah ! voilà le pont qui se
| brise!
NAPOLÉON BONAPARTE
voix, ai» dehors.
Le pont île pont!
▼oix.
L'ennemi ! les Cosaques !
1UP0LÉ0ÎI.
A nons, enfants! dehors et marchons : la moitié de Tannée est engloutie, il faut sauver le reste.
la rem, à l'espion.
Oh ! par pitié, ne me laisses pas ici : je ne puis marcher.
l'ismofi l'enveloppe dans son manteau et l'emporte dans ss$ brms.
Venez, il me reste encore quelque force.
(Ils sortent. — Le théâtre change.)
NEUVIÈME TABLEAU
La Bérétin».