‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 541 sur 999 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

NAPOLÉON, SECRÉTAIRES, ENVOYÉS, puis L'ESPION.

KAfoufcoif , aux envoyés* Toute L'Europe marchait avec nous il y a un an, toute l'Europe marche aujourd'hui contre noua. JJ me faut une levée de trois cent mille homme*; dite» en mon nom au sénat que je compte sur loi*

UH XKVOYft.

Sire, le sénat tous supplie de tenter un dernier effort pour faire la paix, c'est le besoin de la France

et le vœu de l'humanité. Le peuple aussi demande des garanties, sans cela il est impossible...

lfAPOLftOP.

Messieurs, avec ce langage, au lieu de nous réunir, vous nous diviseret • Ignorex-vous que "dans une monarchie le trône et la personne du monarque ne se séparent point...? Qu'est-ce que le trône? un morceau de bois couvert d'un morceau de velours : — mais dans la langue monarchique , le trône — c'est moi. Vous parles du peuple : ignorez-vous que c'est moi qui le représente par-dessus tout? On ne peut m'atlaquer sans attaquer la nation elle-même. S'il y a quelque abus, est-ce le moment de faire des remontrances quand deux cent mille Cosaques sont prêts à franchir nos frontières ? Vous

NAPOLÉON BONAPARTE

demandez au nom de la France des garanties con- i tre le pouvoir. Écoutez la France , elle n'en demande que contre l'ennemi. — Si la France connaît parmi mes maréchaux un général plus capable que moi de repousser l'agression étrangère, qu'elle le nomme — et je lui remettrai moi-même mon épée. Allez , messieurs , et portez mes ordres au sénat. — (A un êecrétaire.) Écrivez : Des ingénieurs seront envoyés sur les routes et dans les placesdu Nord.— (A un autre êecrétaire.) Écrivez : — Les manufactures d'armes de Saint-Étienne , Liège et Maubeuge , mettront a la disposition du gouvernement...

FiBMiim sbcbétajrb, répétant.

Du Nord.

napoléon, allant à lui.

Ils seront chargés de relever les vieilles mu- j

railles qui servent de rempart à la France — j

( A un autre. ) Écrivez : l'armée d'Allemagne | vient de rentrer dans nos limites par les ponts de | Mayence.

bbuxibmb sbcbétairb, répétant.

Du gouvernement...

NAPOLÉON

Cent cinquante mille fusils et trente mille sabres d'ici à quinze jours au plus tard» — Donnez.

(Il êigne.) troisième sbcbétairb, répétant.

Par les ponts de Mayence.

NAPOLÉON

Elle formera et étendra sa ligne depuis Huningue jusqu'aux sables de la Hollande. —Donnez.

PBEMIBR 8ECRBTA1BE, répétant.

Les vieiHes murailles qui servent de rempart... napoléon.

A l'ancienne France ; de tracer des redoutes sur les hauteurs propres à servir de points de ralliement en cas de retraite... — Mettez le cachet, messieurs, et expédiez. — Dans nos retraites...

FBBBIBB SBCBÉTAIRB.

Je ii^y suis pas, sire.

NAPOLÉON

Bien. — (A un autre.) Mettez-vous à mon bureau et écrivez : — M. le ministre de la guerre : — M. le trésorier de la couronne versera entre les mains du ministre de la guerre...

PREMIER SBCBÉTAIRB, répétant.

Dans nos retraites...

Enfin de tout préparer pour la rupture des digues et des ponts qu'il faudra abandonner.

(// signe»)

troisième sbcrétajrb, répétante Du ministre de la guerre.. •

Il à PO LÉO*.

La somme de trente millions.

LB MINISTRE

Votre Majesté sait que le grand trésorier n'a plus d'argent.

NAPOLÉON

Ah!... Eh bien alors, déchires... — (Écrivant.) Voilà un bon de trente millions sur mon trésor privé.

LB MINISTRE

Sur votre trésor privé?... — Votre Majesté sait que ces fonds étaient destinés à des placements secrets pour assurer le sort de sa famille en cas de revers...

napoléon, sévèrement.

Monsieur, l'empereur n'a rien à lui ; — l'argent qu'il possède appartient à son peuple ; et en cas de revers il léguera au peuple sa femme et son fils.— Allez, messieurs. — Restez, monsieur le ministre; j'ai des instructions à vous donner. — (Déployant une carte.) Trois grandes armées se présentent pour entrer en France. Celle de Schwartzemberg pénètre par la Suisse ; l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche la suivent en personne : elle offre un total de deux cent mille hommes. La seconde est commandée par le maréchal Blûcher ; elle a forcé le passage de Manheim et se jette dans la Lorraine : elle est forte de cent cinquante mille hommes. La troisième , sous les ordres du prince de Suède, renforcée des Russes de Voronzoff et des Prussiens de Bulow, après avoir traversé le Hanovre et détruit le royaume de Westphalie, s'est renforcée des Anglais de Grahara et a pris la Hollande et la Belgique. — Elle est forte de deux cent mille hommes. — Ces forces rassemblées sont donc de cinq cent cinquante mille hommes, qui , en réunissant leurs réserves , peuvent être portées à huit cent mille. — Quelles sont les forces que vous pouvez mettre à ma disposition?

LB MINISTBB.

Quatre-vingt mille hommes à peu près.

NAPOLÉON

En tout?

LB MINISTRE

En tout.

NAPOLÉON

Ce n'est pas beaucoup.— Mais je les battra; séparément.— Je tâcherai de ne les avohrque trois contre un. — Je les joindrai dans les plaines de la Champagne, — à Châlons ou à Brienne. — Faites partir le maréchal Victor , et qu'il annonce mon arrivée aux troupes. — Je pars cette nuit. — Adieu, monsieur le ministre. Prévenez l'impératrice et son fils que je vais passer chez eUe , après avoir reçu les chefs de la garde nationale.

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