LE MATELOT
C'est le Zéphyr, capitaine Andrieux.
HAPOLtOll.
Canonnière à vos pièces! — (Aux êoldats.)
Tous sur le pont ; que chacun se couche avec son fusil à côté de lui et se tienne prêt. — S'il ne bous attaque pas, nous le laisserons passer, enfants ; — s'il nous attaque, nous le prendrons... — Ah ! ah ! on l'aperçoit. — Vrai Dieu! il vient à nous comme un cheval de course... — Trente-six bouches à feu! et nous n'en avons que vingt-quatre... —Capitaine, qu'en dites-vous?
LE CAP1TAIHB.
Votre Majesté commande ici.
HAPOLtOH.
Allons, me voilà officier de marine : soit. — Donnez-moi votre porte-voix,.. — Silence, enfants! le voilà qui nous parle.
( On aperçoit le brick le Zéphyr qui croise l'Inconstant. Le capitaine e$t sur le pont avec un portevoix, et crie : )
LE CAPITAINE EU ZtPHYt.
Hé î — pour quel port faites-vous voile?
HAPOLtOH.
Golfe Jnaa.
LE CAPITAINE
D'où venez-vous ?
HAPOLtOH.
Ue d'Elbe.
LE CAP1TAIHE.
Comment se porte l'empereur?
HAPOLtOH.
Bien.
LE CAPITAINE
Bon voyage.
HAPOLtOH , rendant avec tranquUUtè I* porte-voix au capitaine.
Merci. — Eh hita ! monsieur le grand maréchal, où en étes-vous de votre proclamation?
LE OMAHB BAEtOUL.
Sire , il est impossible de la lire.
HAPOLtOll.
Donnez. — (Essorant de lire.) Maudite écriture ! — {La froissant dans sa mutin et la jetant à la mer.) Écrivez :
«Proclamation <te8* Majesté l'empereur à l'armée. Au golfe Juan, 1" mars 1818.
» Napoléon , par les constitutions de l'empire T empereur des Français , roi eVItaiîe.
» Soldats,
» Nous n'avons pas été vaincus. — Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi sot lauriers, leur pays , leur bienfaiteur.
» Soldats , dans mon exil j'ai entendu votre voix, je suis arrivé i travers tous les obstacles et tous les périls. — Votre général , appelé au trône par le choix du peuple et élevé sur votre pavois, vous est rendu. Venez le joindre. Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui pendant vingt-cinq ans ont servi de ralliement à tous les ennemis de la France. Arborez cette cocarde tricolore : vous la portiez dans nos grandes journées. Nous devons oublier que nous avons été les maîtres des nations, mais nous ne devons pas souffrir qu'elles se mêlent de nos affaires.
n Qui prétendrait être maître chez nous? qui en aurait le pouvoir? Reprenez ces aigles que vous aviez i Ulm, i Austerlitz, i Iéna, à Eylau, à Friedlaud, à Tuleda, à Eckmubi , a Essling, à Wagram, à Smolensk , à la Moscowa , à Lutzen et à Montmirail. — Pensez-vous que cette poignée de Français si arrogants puisse en soutenir la vue? Us retourneront d'où ils viennent, et, s'ils le veulent, ils régneront comme ils prétendent avoir régné pendant dix-neuf ans.
n Soldats, venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef; son existence ne se compose que de la vôtre ; son intérêt, son honneur, sa gloire, ne sontautresque votreinlérét, votre honneur et votre gloire. — La victoire marchera au pas de charge, et l'aigle impériale aux couleurs nationales volera de clochers en clochers jusqu'aux tours de Notre- Dame.
» Dans votre vieillesse , entourés et considérés de vos concitoyens, ils vous entendront avec respect raconter vos hauts faits : vous pourrez dire avec orgueil : « Et moi aussi je faisais partie de » cette grande armée qui est entrée deux fois dans » les murs de Vienne, dans ceux de Rome, dans » ceux de Berlin, de Madrid , de Moscou, et qui a » délivré Paris et la souillure et é» la trahison que » la présence de L'ennemi y avait empreintes.»
» Honneur à ces bravas tfoJuats, la gloire et la patrie; et honte éternelle aux Français criminels,