‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 589 sur 999 · SIR ««MON LOWE · texte numérisé non relu

SIR ««MON LOWE

Vous avez tort. — Moi qui ai demandé pour vous en Angleterre un palais de bois et des meubles...

NAPOLÉON

Je n'ai besoin ni de roeubJes ni de palais ; je ne demande qu'un bourreau et un linceul. — Mforcband , mes bottes ; -r- je vais monter à cheval.

* HAEGUAIIP.

Les voilà , sire.

NAPOLÉON

Ce sont des bottes neuves?...

HAECSAN».

Oui.

ftPOUO*.

Où les as-tu eues?

Sire»..

NAPOLÉON

Où les as-tu eues? J'espère que tu ne te serais pas abaissé à en demander à ce gouverneur I...

JMACEA*».

Non, siwu.. non !m^-w«s il y a longtemps uue, smbs le dirai Votre Majesté,... j'essaye... je lente... EoAbw <tot moi qui les ai faites.

napoléon, lui serrant la main.

Mon ami!.... — Voyez ceci, sir Hudson Lowe!

et rendez-en compte à votre gouvernement.

811 BOMOfl LOWB.

Vuus êtes décidé à monter achevai?

2 ALEX. DCMAS.

IAPOLÉO».

Oui.

SU HMOH LOWE.

Je vais donc donner Tordre au sous-officier qui vous servira d'escorte. ••

NAPOLÉON

Ah! j'aurai un geôlier cavalcadour ! — Otez

mes bottes, Marchand ; je ne monterai pas à cheval. — Je prendrai un bain.

SRI BVDSOff LOWB.

Vous en avez déjà pris un ce matin , et l'eau est rare dans l'Ile...

napoléon, après une pause»

Écrivez, Las Cases. ■— ( A sir Hudson Lowe. ) Restez , monsieur. — ( Dictant. ) « Ce qui fera la » honte du gouvernement anglais, ce ne sera pas de » m'avoir envoyé à Sainte-Hélène, mais d'en avoir » donné le commandement k sir Hudson Lowe.

» Quant à lui... à compter d'aujourd'hui, je voue » son nom à l'exécration des peuples ; et quand on » voudra dire un peu plus qu'un geôlier , un peu » moins qu'un bourreau...— on dira : Sir Hudson

» Lowe » — {Il pousse avec violence la porte,

qui se ferme sur le gouverneur.) ... Ah ! je sentais que je prenais ma figure d'ouragan, et je ne voulais pas compromettre ma colère avec cet homme...

— Eh bien ! quand vous vous plaigniez du brave amiral George Cockburn !... C'était un homme un peu massif, un peu brusque, un peu requin ! — mais celui-ci... c'est un fléau plus grand <j[ue toutes les misères de cet affreux rocher.. •

LAS CASES

Sire, — il fallait toujours sortir. — lie docteur O'Jf ear* vou* a prescrit l'exercice du cheval.

NAPOLÉON

Oui... oui... je sais bien que j'en aurais besoin ; mais comment voulez-vous que je me trouve bien

d'une promenade limitée comme un manège?

moi qui faisais tous les jours quinze ou vingt lieues à cheval ! moi que mes -ennemis avaient surnommé te cent mille homme! — Marchand, donnez HMi mes éperons.— ( A Las Cases.) Tenez, Las Cases, voilà les éperons que jeportais à Dresde et à Champ- Aubert; je vous les donne, mon ami; gasdef-4es;

— je ne monterai plus à cheval.

las cases , à genoux.

Votre Majesté me fait chevalier, sans que j'aie mérité de l'être...

hapoUoi!.

Preae*, mou *mi.,. c'est un monujnejU... — et

vous éAes curieux de monument* * j« te W« —

il fallait venir me voir quand j* possédai» l'épée de François I er H ceMe du grand Frédéric \

NAPOLÉON BONAPARTE

LAS CASES

Il me semble qu'à la place de Votre Majesté , j'aurais touIu porter l'une ou l'autre.

napoléon , lui pinçant l'oreille.

Niais! —j'avais la mienne...

las oasis.

Que Votre Majesté me pardonne 1 — je suis

quelquefois d'une bêtise !...

napoléon, à Santini qui entre.

Ah! c'est toi, San Uni... — (Avec gaieté.) Comment , brigand, tu te permets de battre un soldat anglais... et cela parce qu'il abat un arbre au pied duquel j'aimais à me reposer? Est-ce vrai?

SAUTIltl.

Sire, outré des mauvais traitements du gouverneur...

Il avoue — voyez-vous le misérable qui

avoue?...

SANTINI

Ah ( s'ils ne m'avaienfpas arraché mon fusil !

NAPOLÉON

Eh bien?

SAirriiti.

J'aurais envoyé ce chien d'Anglais...

NAPOLÉON

Eh bien, qu'une pareille idée te revienne, — et

tu verras comme je te traiterai ! — Messieurs,

voilà Santini qui voulait tuer le gouverneur... — Il me ferait de belles affaires ! Vilain. .. — (Cherchant un mot.) Corse!

SANTIRI.

Oui, il fallait que l'Ile fût débarrassée du gouverneur ou de moi : — le malheur veut que ce soit moi qui parte, sire !... — moi qui comptais mourir près de Votre Majesté !

NAPOLÉON

Oui, — c'est vrai. — Tu pars, mon pauvre Santini...

SANTINI

Ah! si Votre Majesté le permettait, je resterais ■aalgré eux ; — il faudrait qu'Us m'emportassent par morceaux...

Mon pas! — ce n'est pas un séjour regrettable que Sainte-Hélène.., Dépêche-toi d'en sortir, puisque tu le peux.... —Quanta moi... — Us me feront mourir ici , c'est certain.

SAUTIltl.

Votre Majesté est sortie de l'Ile d'Elbe aussi!....

NAPOLÉON

Sainte-Hélène me gardera ; — • va , mon ami. — Pars: l'air de la mer est pur... L'Océan est immense. — Il doit être doux de respirer l'air de la mer et d'être bercé par les vagues de l'Océan.... — Dans

quelques jours tu verras succéder à ce ciel ardent un ciel semé de nuages*.. — ( Allant à la f enè ê r t .) Oh! des nuages! des nuages!

SANTIHI.

Sire , n'avez-vous aucun message, aucune lettre à me donner?... — je retourne en France.

NAPOLÉON

Non... Ils te l'enlèveraient d'ailleurs... — Seulement, si ton destin te conduisait du côté de Vienne, tâche de voir mon fils, — mon pauvre entant. — Tu lui diras : « J'ai quitté votre père mourant, exilé du monde, jeté sur un rocher, au milieu de l'Océan. — De tous les biens qu'il a perdus, il ne regrette que vous :— c'est vous qu'U appelle quand il parle seul, vous qu'il nomme quand il rêve la nuit. Les seuls portraits qui décorent sa chambre sont les vôtres... — Et lorsqu'il mourra, — il se fera apporter votre buste, et mourra les yeux fixés sur lui... » Voilà ce que tu diras à mon fils, Santini ; puis — que je t'ai embrassé — et que tu es parti. ••

santini, entbraeoant l'empereur.

Sire, vous le reverres ...

NAPOLÉON

Comment!

SANTINI

Il y a un officier anglais dans l'antichambre... Il faut que vous le voyiez...

NAPOLÉON

Jamais...

SANTINI

Il m'a dit de vous répéter ces deux mots : Toulon et liberté.

napoléon , treeeaillant.

(Test bien, — je lui parlerai. — Et maintenant, mon ami , as-tu de l'argent?

SANTINI

Non, sire ; — mais qu'importe !

NAPOLÉON

As-tu quelques bijoux?

SANTINI

Pai été obligé de les vendre tous depuis que je suis dans l'Ile.

napoléon,, fouillant dans eee pochée.

Marchand , — apportei-moi quelques couverts d'argent.

SANTINI

Pourquoi, sire?

NAPOLÉON

Bien. — Brisez-les maintenant. — Ils les rai enlèveraient en disant qu'il m'a volé... — (Écrivant quelqueê mote.) Prends , mon ami, prends aussi ce papier. ..

SANTINI

Une pension, —sire!

- NAPOLÉON

Maintenant.... adieu... — hisse-moi.». — BTou-

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