ACTE VI, SCÈNE II
bile pas mon fils. — Adieu. — Suivez -le, messieurs, et envoyez-moi l'officier anglais qui est dans l'antichambre... — (Il$$ortent en pleurant; l'espion enire.) Ah ! c'est toi : je m'étonnais de ne l'avoir pas ▼u plus tôt.
Merci; — ce mot est déjà une récompense... — Je n'ai pas pu , sire. — Lorsqu'un congrès vous déporta en 1815, j'eus la pensée de vous accompagner. — On ne voulut pas de moi sur le Bellerophon ; — on ne voulut point de moi sur le Aorthumberland. J'offris d'être soldat, matelot, valet...
— on me refusa. Or, depuis 1815, il ne s'est pas écoulé un jour, une heure , une minute , sans que je fusse tourmenté de la pensée de votre évasion.
— Je me fis naturaliser Anglais, je m'engageai ; je passai à l'Ile-de-France, aux Grandes-Indes.... — Puis un jour on m'embarqua pour Sainte-Hélène,
— et depuis un mois je suis près de vous, sans que vous ayez pu vous douter qu'un cœur dévoué à l'empereur et à la France battait sous cet uniforme rouge*. •
napoléon.
Eh bien?
l'espion.
Sire, peut-être avez-vous remarqué un vaisseau à l'ancre, — si loin que ses voiles semblent les ailes étendues d'un goéland?
napoléon.
Oui,— et je me suis étonné qu'il restât toujours à la même place.
l'espion.
C'est vous qu'il attend, sire...
NAPOLÉON
Et comment m'y rendre ?...
l'espion.
Dans une barque qui est cachée à l'autre extrémité de l'Ile.
NAPOLÉON
Et ne suis-je pas toujours accompagné d'un officier anglais?
l'espion.
Et ne suis-je pas l'officier qui vous accompagne ?
napoléon.
C'est vrai... Et quand pourrai-je partir?
l'espion.
Quand vous aurez dit : Je le veux.— Le vaisseau restera la jusqu'à ce que j'allume un amas de branches sèches au haut de ce rocher.— Us sauront alors que l'entreprise a échoué, et ils partiront.— Mais les moments sont précieux, sire. Il m'a fallu
cinq ans pàur obtenir cette minute — faites
qu'elle ne soit pas perdue.
NAPOLÉON
Tu m'es dévoué : — je le savais. — ( Luiprègen-
Imnt §a tabatière. ) Prends ceci comme un souvenir...
l'espion.
De l'or!...
NAPOLÉON
C'est une tabatière.
l'espion.
Mais en or!
napoléon, gravant son chiffre de$$u$ avec un
poinçon.
Tiens: mon chiffre est dessus... gravé par moi...
l'espion.
Oh! maintenant !...
Maintenant, monle sur la barque, —et va-t'en.
l'espion.
Sans vous?...
NAPOLÉON
Sans moi.
l'espion.
C'est vous que je suis venu chercher ; je ne par* tirai pas sans vous ; il faut que je vous rende à la France ; — il faut que je vous restitue au monde.
— Une grande idée m'est venue; — il faut que je l'accomplisse ; — il faut que je délivre l'empereur Napoléon, ou que j'y meure! — dans l'un ou l'autre cas, mon nom est fait! — il vivra...
NAPOLÉON
Ah! de l'ambition ! je te croyais dévoué. — Je me trompais....
l'espion.
Un soir, à Saint-Cloud, cessa mon dévouement, qui avait commencé à Toulon. — Vous m'aviez laissé la vie, je sauvai la vôtre; nous étions quittes.
— De ce jour où je cessai d'être votre obligé, je devins votre enthousiaste. Sire , rappelez-vous l'Ile d'Elbe , vous m'y reçûtes mieux , et vous revîntes en France. ••
NAPOLÉON
Eh bien! c'est pour cela.— Je ne ferais que ce que j'ai déjà fait : et à quoi bon ?
l'espion.
Sire , vous continuerez votre histoire.
Et quel chapitre y ajouterais-je ? Ma carrière regorge... En sortant d'ici , je risque de tomber : — en restant, je puis monter encore*. • l'espion.
Je te devine , et je l'écoute à genoux. Parie , parle.
napoléon , le regardant.
C'est cela, tu m'as compris. —Vois-tu, ce qui n'est qu'admiration vulgaire deviendra culte. Jésus- Christ n'eût pas fondé une croyance , s'A n'avait eu ses quarante jours de passion... Or , ma passion à
NAPOLÉON BONAPARTE
moi... ma croix, — c'est Sainte Hé l è n e : je la garde , il me la faut.
l'espion.
Rléber avait raison : ta es grand comme le monde.
NAPOLÉON
M'évader! m'enfuir! manquer ma mort, pour quelques jours, quelques heures peut-être qui me restent à vivre... Car, je sens là , vois-tu , tout ce qu'on sent quand on va mourir... Où trouverai-je un tombeau plus imposant a ton avis? Sainte-Hélène, taillée à pic, n'est-elle point un magnifique piédestal pour la statue colossale que m'éfcèveront un jour les peuples...
L'ESPION
Mais votre fils! votre fils!
NAPOLEON
Eh bien! mon nom n'est -il pas un assez bel héritage?
t l'espion.
C'est bien ; — tout est dit.
NAPOLEON
Où vas-tu?
l'espion , êorkmt.
Je reviens...
NAPOLEON
Cet homme avait l'instinct des grandes choses :
pourquoi a-t-il marché à côté de sa vie ! — ( Se
retour****. ) Qu'est cela ? le feu ? un incendie ?
l'espion , rentrant.
Rien ; — c'est moi qui ai mis le feu au signal.
napoléon.
Et le vaisseau va partir?
NAPOLÉON
El toi?
l'espiou.
Moi , je reste.
NAPOLÉON
Oh! malheureux 1 voilà le gouverneur- —
Qu'as-tu fait!...
su masoif lowi , de la porte.
Pourquoi ee feu? est-ce un signal?
L ESPION
Oui.
Wl E**86N LOWE.
Pourquoi ?
L'on**.
Pour comsnondrt avec le vaisseau qui est à l'ancre , en mer.
«m imam uowe.
Etquototfccewissea*?
l'espion.
Il attendait l'empereur, si l'empereur eut vonlu fuir.
sia Evason lowe.
Et l'empereur ?
N'a pas voulu.
s» iumou lowi, étonné.
N'a pas voulu?...
Non. — Vous ne pouvez pas comprendre...