‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 594 sur 999 · VU SOLDAT ANGLAIS · texte numérisé non relu

VU SOLDAT ANGLAIS

Une lettre du gouverneur pour le général Bonaparte.

MARCHAND

Bien. — Dois -je la lui remettre? — Peut-être contient-elle quelque nouvelle de France... — C'est le cachet de sir Hudson Lowe ; cela ne promet rien de bon.

Bertrand, de la porte.

Marchand, l'empereur a vu par la fenêtre un soldat anglais porteur d'une lettre ; — il la demande.

MARCHAND

Monsieur le maréchal, elle est du gouverneur; oserez-vous la lui remettre?

BERTRAND

Il la veut.

(// rentre.)

MARCHAND

Ah! voilà le docteur Antomarchi. — Eh bien !

quelles nouvelles?

ANTOMARCHI

Condamné.

MARCHAND

A mort?

AltTOMABCHI.

A mort.

(On entend sonner violemment dans la chambre.)

MARCHAND

Désespoir ! — qu'est cela ?

las cases, sortant.

Antomarchi! Antomarchi! — Oh! docteur, venez, venez, l'empereur a une crise affreuse!— Une lettre qu'on lui a remise contenait l'arrêt du conseil de guerre...

napoléon, dans la coulisse. Laissez-moi ! Laissez-moi !

ANTOMARCHI

Sire...

NAPOLÉON

Arrière !

LAS CASES

Ah ! voyez, voyez qu'il est pâle !

NAPOLÉON BONAPARTE

IfAtOLBOff.

Écoutez, écoutez tous mon dernier legs !... — et je voudrais que l'univers tout entier fût là pour l'entendre... — Je lègue l'opprobre de mt mort à la maison régnante d'Angleterre!... —Et maintenant , j'en ai fini avec le monde. — Venez , mes amis, mes enfants, je ne suis plus l'empereur... — Je suis un homme mourant, qui souffre... — un père qui vous bénit.— Ah ! si Larrey était ici, mon brave Larrey ! il ne me guérirait pas , je le sens bien ; mais peut-être qu'il déplacerait mon mal ; et souffrir autre part, — ce serait presque du repos. — Cela me mord, — cela me ronge! c'est comme un couteau dont la lame se serait brisée dans les chairs. — Oh ! cela est atroce!... — Fermez cette fenêtre. —Oui, oui, mon pauvre Marchand ; — comme cela... merci.— Que je ne voie plus ce ciel ardent ! c'est ce ciel qui me tue. — Oh! mes amis!... où sont les nuages de Charleroi?... — Mon enfant...

AKTOXABC1I.

Portons l'empereur dans son lit.

IfAPOLIOlf.

Non ; — Je souffre trop. — Prenez ce manteau, —couvrez-moi de ce manteau. — Il ne me quittera plus... c'est celui que je portais à Marengo...— Ah! mes amis, que je vous donne de peine, — et qu'on a de mal à mourir!...

AKTOMA1CII.

Que faites-vous, sire?

HAPOLÉOH.

Je prie! — Tout le monde n'a pas l'avantage d'être athée, — ou médecin, docteur. •• — Maintenant je voudrais voir mon fils de plus près. .. — mon fils! mon enfant! s'il savait que son père est ici mourant, — gardé par des geôliers!... — Mais il ne sait rien... — il est heureux, il joue... — pauvre petit! — N'est-ce pas qu'il saura un jour ce que j'ai souffert?... — par vous, mes amis ; par ce bon Las Cases ; par mes mémoires , si l'Angleterre ne les détruit pas... — Ah ! si mon fils ne portait pas bien le nom de son père !... Si ces Autrichiens qui l'entourent allaient lui inspirer de l'horreur pour moi !...— mon fils me haïr, mon Dieu ! Ah ! ditesmoi que mon fils ne me haïra pas ! qu'il ne haïra pas son père.- — (Entre le gouverneur.) Oh ! que veut encore cet homme...

las CASis, à $ir Hudeon Urne.

Sortez, monsieur, sortez.

sn HU»801t LOWI.

J'ai ordre de mon gouvernement de ne pas quitter le général Bonaparte, du moment où l'on pourra craindre...

las casis, levant une cravache.

Silence!

ItAPOLiOlt.

Laisse, laisse cet homme, Las Cases! ... Je ne le verrai pas, je regarde mon fils... — Ouvres la fenêtre. — L'air du soir me fera du bien peut-être...

— Le soleil se couche, s'éteint, — et moi aussi!

— Ah! un nuage! un nuage qui ait passé sur la France!... France! ma chère France! — Mon enfant! — Donnez-moi un de ses portraits : — celui qui est brodé par Marie-Louise... Je ne puis plus voir son buste, mais je le sentirai encore dans mes mains. — Merci!... — Ah! s'il était là! si je sentais ses petites mains... si je voyais ses beaux cheveux blonds!... Mais rien... — Rien! — à deux mille lieues!... Oh ! ma poitrine!... On dirait qu'on me tenaille... — Oh! ces rois!... qu'ils viennent donc; voir leur patient ! ... — Cet uniforme rouge me fait mal! mon epée... donnez-moi monépée!... — A moi!... à moi, mes grandes batailles!- Marengo! Austerlitz! léna! — Waterloo!... Waterloo!...

(Il tombe eur le lit.)

•ElTEAftt.

Secourez l'empereur, secourez-le, monsieur Antomarchi ! ne voyez-vous pas qu'il se meurt...

lUPOLtO*.

Pour mon fils... mon nom... rien que mon nom...

— (Unepauee.) Tête d'armée !... — mon Dieu!

mon Dieu! nation française...

(Il meurt.) ARTOHAicii, mettant la main eur le cour de

Napoléon.

L'empereur est mort.

(On s'agenouille.) s» MUDSoit Lowi, tirant $a montre.

Six heures moins dix minutes... bien.

( On entend un coup de canon.) li Docrztra amiiott, ee retournant.

Qu'est cela?

sia Hl'DSOIt LOWI.

Rien : un espion, qu'on vient de pendre...

ANGÈLE

ALFRED D'ALVIMAR

HENRI MULLER

JULES RAYMOND, jeune peintre.

MULLER, père.

DOMINIQUE, domestique d'Alfred.

Un notaibb.

Ull CBA8SBUB.

Un invité.

Un B01BSTIQUB.

LA COMTESSE DE GASTON

ANGÈLE

ERNESTINE, marquise DE RJECX.

ANGÉLIQUE, Unie d'Angèle.

LOUISE, femme de chambre d'Angèle.

FANNY , femme de chambre de la vicomtesse.

Uni bamb.

Plusieurs pbbsonnis kyitbbs ad bal.

dobbstiqub*.

Les premier et second actes se passent à Cotterete, dans tes Pyrénées; tes trois derniers , « Paris.

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