ALFRED , JULES RAYMOND
JULBS.
Dieu te soit en garde, mon don Juan; que fais-tu de la vie?
ALFRED
Demande- lui plutôt ce qu'elle fait de moi, et nous verrons ce qu'elle osera te répondre.
JULES
Ah! de l'ingratitude f tu la traites comme une maltresse.
ANGÈLE
ALFRED
Crois-moi, Jules, il est facile d'être reconnaissant envers elle quand on la traverse comme toi , n'en acceptant que ce qu'elle a de bon ; riche assez pour repousser avec de l'or ce qu'elle a de mauvais, et une palette à la main pour railler ce qu'elle a de ridicule.
JULES
Allons, tu es dans ton jour de fièvre... Parlons d'autre chose. *
Oui... Je te croyais de l'autre côté de la Sierra Moréna.
JULES
J'ai repris la poste , mon ami , et je brûle les routes. Je veux revoir Paris en ce moment. Je retrouverai toujours la Sierra . les Alpes , les Cordillères; mais le Paris de juillet , tout chaud de sa révolution... avec ses pavés mouvants... ses maisons criblées de balles , cela se voit une fois , non dans la vie d'un homme, mais dans la durée d'un monde! et je veux le voir... entends-tu?
ALFRED
Hâte -toi donc alors, enthousiaste!... car il ne faut qu'un jour pour remettre en place des milliers de pavés... Il ne faut qu'un peu de plâtre pour effacer la trace de bien des balles... et vienne une pluie d'été , le sang que la liberté aura versé dans les rues sera lavé à tout jamais.... et alors..., va, enthousiaste, va, poëte-artiste... et tâche de deviner qu'une révolution a passé par là.
JULES
Mon ami , permis à toi de la calomnier. Je connais ton opinion.
ALFRED
Mon opinion !... Est-ce que j'en ai une?
JULES
Tu étais un gentilhomme de l'ancienne cour.
ALFRED
Je serai un citoyen de la nouvelle.
JULES
Que feras-tu de la marquise de Rieux ?
ALFRED
Demande-moi plutôt ce que j'en ai fait.
JULES
Il n'y a qu'un mois que lu étais au mieux avec elle.
ALFRED
Il y a une heure que j'y suis au plus mal.
JULES
Elle est donc à Cotterets?
alfred, montrant la porte.
Elle est là.
JULES
Et qu'y fait-elle? •
ALFRED
Ses malles.
JULES
Elle retourne à Paris ?
ALFRED
Dans dix minutes.
JULES
Je te laisse.
Pourquoi cela ?
JCLBS.
Il y aura une scène d'adieux...
ALFRED
En restant tu me l'épargneras.
JULES
Ma foi, non.
ALFRED
Je t'en prie.
JULES
La voilà.