‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 602 sur 999 · JULES, ALFRED · texte numérisé non relu

JULES, ALFRED

Cette femme-là t'aimait véritablement, Alfred.

ALFRED

Je le crois.

JULES

Et tu as eu le courage de rompre avec elle!

ALFRED

Monsieur le peintre, comment représenteriez- Tons la nécessité?

JULES

Sourde et aveugle.

ALFRED

Et tu aurais raison : c'est ainsi qu'elle est faite, et cependant , si tu n'avais pas été là , peut-être aurais-je eu la faiblesse de retenir cette femme.

JULES

Il n'y a pas de temps de perdu : ( allant vers une croisée.) — par cette fenêtre tu peux la rappeler.

ALFRED

Ce serait une folie. — Merci, Jules.

JULES

Elle monte en voiture.

ALFRED

C'est bien.

JULES

Elle regarde de ce coté! Un signe, Alfred, un regard de toi, et elle ne part pas.

ALFRED

Il faut qu'elle parte.

JULES

Le postillon monte à eheval ; elle dit adieu à ton domestique; elle lui jette une bourse; la voiture s'ébranle. — Adieu, belle marquise, adieu!

alfeed , se levant lentement et allant à la fenêtre.

Oui, la voiture s'éloigne ; à peine si on l'aperçoit dans le nuage de poussière que soulèvent ses roues. — Elle tourne le coude que fait la route. — Le chemin reste vide ; tout ce qui s'est passé n'était qu'un rêve ; je me réveille libre : je respire.

JULES

Libre! Mais de cette fenêtre, et avec elle tu vois s'envoler tout ton espoir d'avenir.

ALFREl.

Elle me laisse plus qu'elle ne m'emporte.

JULES

Comment?

ALFRED

Regarde par cette autre fenêtre; il ne s'agit dans

ce monde que de savoir changer à temps sesrpoints de vue : c'est un axiome de peinture.

JULES

Eh bien : c'est le jardin de l'établissement des bains.

ALFRED

Qu'aperçois-tu sous ce mélèze?

JULES

Une jeune personne de quinze à seize ans.

ALFRED

Comment trouves-tu cette enfant?

JULES

Elle me parait charmante.

ALFRED

C'est la fille du général comte de Gaston.

JULES

Son père a été tué en 1818.

Elle porte un noble nom, n'est-ce pas?,

JULES

Certes.

ALFRED

Avant un mois elle sera ma femme.

JULES

Tu es fou.

ALFRED

En ai-je l'air?

JULES

Et ses parents?

ALFRED

Elle n'a que sa mère.

JULES

Elle ne consentira jamais.

ALFRED

La jeune Ûlle n'aime.

JULES

Et... riche?

ALFRED

Non; mais comprends -tu, Jules? Le nouveau gouvernement, chancelant encore sur sa base demipopulaire; trop faible pour fonder un système nouveau, n'a d'autre ressource que de se jeter entre les bras des hommes de Napoléon ; un mois encore, et toutes les capacités de 181 S seront rentrées aux affaires. La comtesse Gaston a conservé sur-cette noblesse d'épée etd'épaulettes toute l'influence que lui donne le nom de son mari. Sais-tu une place à laquelle ne puisse parvenir son gendre?

JULES

Voilà justement pourquoi tu as peu de chances de le devenir.

ALFRED

Je croyais t'avoir dit que cette enfant m'aimait.

JULES

Eh bien?

ANGÈLE

ALVaiS.

Dans quelques joui, la mère revient de Madrid, où elle sollicite la levée du séquestre de biens asseï considérables que son mari y acheta pendant le règne de Joseph : je lai demanderai la main d'Angèle.

mus*

Elle te la refusera.

▲JLraïa.

Oui, si je lui en laisse la possibilité.

JVLM, ri**/.

Tu es un infime. — Pauvre enfant ! Innocente et belle, entrant dans la vie à peine, et qui ne se doute pas que sa vie ne lui appartient déjà plus ; qu'un démon Ta enlacée dans un cercle invisible dont elle ne pourra sortir ; et que ses jours vont se faner comme les fleurs dont elle se fait une couronne! — Adieu, je me perdrais en restant plus longtemps avec toi. — A propos, si tu as besoin de moi, tu sais que mon amitié, ma bourse, tout est à ton service.

ALiUS.

Merci de ton amitié ; je l'ai et je la garde ; quant à ta bourse, tu connais mes principes là-dessus.

JULES

C'est une bixarre délicatesse.

ALPRIB.

Que je pousse à l'excès.

JOLIS

Nous nous reverrons à Paris.

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