ACTE II, SCÈNE IV
AlfTOHT.
Oh ! e'ett bien généreux à ceux qui es prenneut
9OÎ0.
ADÈLE
Comment y *-t-il des mères qui peuvent. ..
AJfTOHY.
11 y en « cependant... je le sais, moi.
Vous?..»
LA YICOHT188B.
Puis de temps en temps des gens riches, qui n'ont pas d'enfant, vont en choisir un là.... et le prennent pour eux.
▲iiTotrr.
Oui, c'est un btiar comme un autre.
adèle, avec expression* Oh! si je n'avais pas eu d'enfants... j'aurais voulu adopter un de ces orphelins*. •
ANTONY
Orphelins*. . que vous êtes bonne !...
la vicomtesse.
Eh bien ! vous auriez eu tort : là ils passent leur vie avec des gens de leur espèce...
ADÈLE
Oh! ne me parlei pas de ces malheureux,' cela
me fait mal...
AirrowY.
Eh ! que vous importe, madame?... — (A la vi-
cowOasse. ) Parlez-en, au contraire. — (Changeant
(Tespression.) Vous disiez donc qu'ils étaient là
avec des gens de leur espèce, et que madame aurait
eu tort...
LA VICOMTESSE
Sans doute, l'adoption n'aurait pas fait oublier la véritable naissance ; et , malgré l'éducation que vous lui auriez donnée , si c'eût été un homme , quelle place pouvait-il occuper?
AHTomr.
En effet, à quoi peut parvenir?...
LA VICOMTESSE
Si c'est une femme, comment la marier!...
ANTONY
Sans doute... qui voudrait épouser une orpheline?... Moi... peut-être, parce que je suis au-dessus des préjugés. •• Ainsi, vous le voyez, madame... l'anathème est prononcé.. . Il faut que le malheureux reste malheureux : pour lui Dieu n'a pas de regard, et les hommes de pitié... Sans nom... Savezvous ce que c'est que d'être sans nom?... Vous lui auriez donné le vôtre? eh bien ! le vôtre, tout honorable qu'il est, ne lui aurait pas tenu lieu de celui de son père... et, en l'enlevant à son obscurité et à sa misère, vous n'auriez pu lai rendre ce que vous lui ôtiez.
Oh! si je connaissais un malheureux qui fût ainsi, je voudrais, par tous les égards, toutes les prévenances, lui faire oublier ce que sa position a de pénible!... car maintenant, oh! maintenant, je la comprendrais!
LA VICOMTESSE
Oh ! et moi aussi.
AirroiiY.
Vous aussi, madame ?... Et si un de ces malheureux était assez hardi pour vous aimer ?...
ADÈLE
Oh ! si j'avais été libre !...
Ce n'est pas à vous, c'est à madame...
LA VICOMTESSE
Il comprendrait, je l'espère, que sa position...
ANTON Y
Mais, s'il l'oubliait enfin?...
LA VTCOMTES8E.
Quelle est la femme qui consentirait à aimer...
ANTONY
Ainsi, dans cette situation, il reste... le suicide.
LA VICOMTESSE
Mais, qu'avez-vous donc?... vous êtes tout bizarre.
ANTONY
Moi? rien... j'ai la fièvre...
LA VICOMTESSE
Allons , allons , n'allez - vous pas retomber dans vos accès de misanthropie... Oh ! je n'ai pas oublié votre haine pour les hommes...
ANTONY
Eh bien ! madame, je me corrige. Je les haïssais, dites-vous... je les ai beaucoup vus depuis, et je ne fais plus que les mépriser; et, pour me servir d'un terme familier à la profession que vous affectionnez maintenant* c'est une maladie aiguë qui est devenue chronique.
Mais , avec ces idées , vous ne croyez donc ni à l'amitié, ni...
(Elle s'arrête.)
LA VICOMTESSE
Eh bien! ni à l'amour...
antony, à la vicomtesse.
A l'amour! oui... à l'amitié, non..., c'est un sentiment bâtard dont la nature n'a pas besoin, une convention de la société que le cœur a adoptée par égofsme, où l'àme est constamment lésée par l'esprit, et que peut détruire du premier coup le regard d'une femme ou le sourire d'un prince.
ANTON Y
Oh ! vous eroyei?
ANTONY
Sans toute, l'ambition et l'amour sont des passions... l'amitié n'est qu'un sentiment...
Et, avec ces principes-là, combien de fois avezvous aimé?...
ANTONY
Demandez à un cadavre combien de fois il a vécu...
LA VICOMTESSE
Allons, je vois bien que je suis indiscrète. ..Quand vous me. connaîtrez davantage, vous me ferez vos confidences... Je donne de temps en temps quelques soirées... mes flatteurs les disent jolies... Si vous restez, le docteur vous amènera chez moi, ou plutôt présentez -vous vous-même... Je n'ai pas besoin de vous dire que, si votre mère, votre sœur, sont à Paris, ce sera avec le même plaisir que je les recevrai... Adieu, chère Adèle... Docteur, voulezvous descendre, que je n'attende pas — (A
Adèle.) Eh bien! il est mieux que lorsque je l'ai connu... beaucoup plus gai ! ... Il doit vous amuser prodigieusement. Adieu, adieu.
( Elle fait un dernier êigne de la main à Anton? et sort.) antony, le lui rendant.
Malheur!...
adèlb, revenant.
Antony !
ANTON Y
Voulez-vous que je vous dise mon secret, maintenant?...
ADELE.
Oh ! je le sais, je le sais maintenant... Que cette femme m'a fait souffrir !
Souffrir, bah!.... c'est folie; tout cela n'est que préjugé ; et puis je commence à me trouver bien ridicule.
ADÈLE
Vous?
ANTONY
Certes! quand je pourrais vivre avec des gens de mon espèce, avoir eu l'impudence de croire qu'avec une âme qui sent, une tête qui pense, un cœur qui bat... on avait tout ce qu'il fallait pour réclamer sa
place d'homme dans la société son rang social
dans le monde.... Vanité (
ADÈLE
Oh ( je comprends maintenant tout ce qui m'était demeuré obscur.... votre caractère sombre que je croyais fantasque... tout, tout... jusqu'à votre départ, dont je ne me rendais pas compte! pauvre Antony !
antosy, abattu.
Oui, pauvre Aatony! car qui voua dira, qui pourra peindre ce que je souffris lorsque je Aas obligé de vous quitter : j'avais perdu mon malheur dans votre amour : les jours, les mois s'envolaient comme des instants, comme des songes ; j'oubliais tout près de vous... Un homme vint, et me fit souvenir de tout... Il vous offrit un rang, un nom dans le monde... et me rappela à moi que je n'avais ni rang, ni nom à offrira celle à qui j'aurais offert mon sang...
ADÈLE
Et pourquoi. .. pourquoi alors ne dites- vous pas cela!... — {Elle regarde la pendule.) Dix heures et demie; le malheureux!... le malheureux 1...
ANTONY
Dire cela!.... oui, peut-être vous, qui, à cette époque, croyiez m'aimer, auriex-vous oublié un instant qui j'étais pour vous en souvenir plus tard. . •
mais à vos parents il fallait un nom et quelle
probabilité qu'ils préférassent à l'honorable baron
d'Hervey le pauvre Antony! C'est alors que je
vous demandai quinze jours; un dernier espoir me restait... Il existe un homme chargé, je ne sais par qui, de me jeter tous les ans de quoi vivre un an ; je courus le trouver, je me jetai à ses pieds, des cris à la bouche, des larmes dans les yeux ; je l'adjurai par tout ce qu'il avait de plus sacré, Dieu, son âme, sa mère.... il avait une irfère lui! de me dire ce qu'étaient mes parents.... ce que je pouvais attendre ou espérer d'eux! Malédiction sur lui! et que sa mère meure! je n'en pus rien tirer.... Je le quittai, je partis comme un fou, comme un désespéré, prêt à demander à chaque femme : N'êtes -vous pas ma mère?...
ADÈLE
Mon ami!
antony.
Les autres hommes, du moins, lorsqu'un événement brise leurs espérances, ils ont un frère, un père, une mère... des bras qui s'ouvrent pour qu'ils viennent y gémir. Moi ! moi ! je n'ai pas même la pierre d'un tombeau où je puisse lire un nom et pleurer !
ADÈLE
Calmez-vous, au nom du ciel ! calmez-vous (
Les autres hommes ont une patrie, moi seul je n'en ai pas... car, qu'est-ce que la patrie? le Keuoù l'on est né, la famille qu'on y laisse, les amis qu'on y regrette... Moi, je ne sais pas même où j'ai ouvert les yeux... je n'ai point de famille, je n'ai point de patrie, tout pour moi était dans un nom; ce nom c'était le vôtre , et vous me défendes de le prononcer...