SIR JOHN
J'écoute respectueusement Votre Grâce.
HEJIRI.
Maintenant mon neveu Jacques V consent-il à me faire hommage de la couronne d'Ecosse, comme l'ont fait, dès l'an 900, ses pères à mes pères? comme l'a fait Éric à Edouard I" ; Malcolm à Edouard le Confesseur, à Guillaume le Conquérant et à Guillaume le Roux?... comme l'a fait Edgar, frère de Malcolm, à Henri I #r ; David, successeur d'Edgar, à l'impératrice Mathilde ; le flls de David à Etienne; Guillaume, son frère, et toute la noblesse à Henri II, à Richard I er et au roi Jean? hommage qui, pour se revêtir d'un caractère plus sacré, fut rendu cette fois publiquement sur la montagne de Lincoln, et juré sur la croix de l'archevêque de Cantornéry. Mous savons bien que cet hommage, rendu encore par Jean de Bailiol à Edouard 111 , fut interrompu sous les règnes de Richard H et de Henri IV. Mais cette interruption , vous le savei aussi bien que nous, sir John, eut pour cause les guerres civiles qui désolèrent l'Angleterre sous ces deux souverains ; et cela est si vrai que, lorsque Henri V, leur successeur, ordonna au roi d'Ecosse de l'accompagner comme vassal en son expédition d'outre-mer, le roi d'Ecosse obéit; qu'on ne vienne pas non plus s'appuyer sur l'interruption faite à cet hommage sous le règne de Richard III... Richard 111 était un usurpateur, et, à ce titre, n'avait aucun droit pour le réclamer. Henri VII, mon père, trop activement occupé des factions politiques et religieuses qui agitaient l'intérieur du royaume, pour porter ses regards à l'extérieur, n'exigea pas cet hommage du roi Jacques IV, je le sais; mais moi, sir John, moi qui, ministre des vengeances célestes , ai noyé les rebelles dans leur sang, étouffé les hérétiques dans
les flammes, fait disparaître des armées ennemies sous le champ de bataille où je les ai heurtées; mot qui, voyant la vieille Angleterre agitée depuis quatre siècles par les secousses de la guerre civile, et plongée depuis mille ans dans la nuit de Terreur, n'ai eu qu'à étendre la main sur elle, comme Dieu le fit sur le chaos, pour la doter du calme et delà lumière, présents divins, qui, jusqu'alors, n'étaient descendus que du ciel , je ne souffrirai pas qu'il en soit plus longtemps ainsi ; les choses reprendront leur cours interrompu. Le peuple d'Ecosse doit hommage à sa noblesse , la noblesse d'Ecosse à son roi, le roi d'Ecosse au roi d'Angleterre, et le roi d'Angleterre à Dieu !
SIB JOHN.
Pardon, sire, si celte fois encore je me vois forcé de faire à Votre Grâce une réponse contraire à celle
qu'elle parait attendre Mais l'hommage des
anciens rois d'Ecosse n'a jamais été rendu aux prédécesseurs de Votre Grâce qu'à l'égard des terres qu'ils possédaient en Angleterre, de même que les rois d'Angleterre rendaient hommage à ceux de France pour les duchés de Guyenne et de Normandie. Votre Grâce connaît trop bien notre commune histoire pour confondre l'hommage de la comté de Huntington avec l'hommage du royaume, et celui des rois particuliers du Northumberland avec celui des rois d'Ecosse. Quant à ce qui s'est passé sous le règne de Bailiol, l'Angleterre ne peut en tirer aucune conséquence, puisque notre noblesse a toujours protesté contre cet acte : Jean de Bailiol a fait, il est vrai, hommage à Edouard I er en reconnaissance de l'aide que ce dernier lui avait donnée pour monter sur le trône : mais il en a perdu l'estime de sa noblesse et l'amitié de son peuple , et le roi JacquesV est trop estimé de l'une et trop aimé de l'autre pour qu'il s'expose jamais à un pareil malheur.
HENRI
Ainsi mon neveu refuse de me reconnaître pour son suzerain ?