‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 691 sur 999 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

CATHERINE, seule, fermant la porte devant elle et allant en ouvrir une autre.

Va, ma bonne nourrice, va, et laisse-moi ouvrir la porte par laquelle entrent et sortent tous mes rêves. Ethelwood viendra-t-il ce soir? Ce matin il m'a dit, peut-être... peut-être est toujours oui. 11 m'aime tant!... Cependant, s'il m'aimait, auraitil des secrets pour moi ? me cacherait-il son nom, son rang, son titre? quand je me suis donnée à lui, je me suis donnée tout entière, moi ; je n'ai pas séparé mes jours de mes nuits , je ne lui ai pas dit : Il y aura tant d'heures pour toi , tant pour le monde; je lui ai dit : Me voilà, prends -moi. Ohl quel supplice ! serrer dans ses bras un homme qu'on aime , et ignorer quel est cet homme, perdre son esprit dans des rêves d'espoir, insensés peut-être,

user les belles et joyeuses années de sa jeunesse dans l'attente, dans l'ignorance, dans l'isolement, ne pas connaître le terme fixé à cette agonie, entendre pour seule réponse à tontes ses questions : Plus tard, plus tard. Et tout va se perdre dans ce mot qui creuse incessamment un abîme dans ma vie. Le matin se lève, et j'espère tout apprendre dans la journée ; le soir arrive, et je n'ai rien appris. Bien heureux quand il peut dérober quelques heures, à qui? je n'en sais rien : à une autre peut-être, pour me les donner, à moi, esclave, prisonnière ici, loin du monde. Et me voilà, moi, à cet instant où les heures de plaisir passent joyeuses sur les villes, me voilà seule et triste, attendant mon mari, qui ne viendra pas peut-être, mon mari quia un titre, un rang, j'en suis sûre... et qui ne me donne ni rang, ni titre... Si cependant j'étais à Londres avec lui maintenant, au Ken de me dépouiller de ces modestes habits, dont la simplicité m'humilie, pour demander avant rheure un sommeil qui ne viendra pas, je m'assiérais devant ma toilette!... — (Elle s'assied devant une glace. ) je choisirais dans ces écrins qu'il m'a donnés, et qui me sont inutiles, les bijoux les plus riches, — (Elle ouvre $e$ écrins.) je mettrais ce collier de perles à mon cou, ces diamants à mes oreilles , ces bracelets à mes bras. Parmi ces simples fleurs qui parent mes cheveux, ces épis de diamants trouveraient place. Cette ceinture de pierreries, nouée autour de ma taille, en ferait ressortir l'élégance. Un page nous précéderait; on ouvrirait devant nous des salons resplendissants de lumière ; et quand je paraîtrais... oh ! si mon miroir ne ment pas, tout le monde dirait : Une reine n'est pas plus parée, une reine n'est pas plus belle... — (Se retournant et apercevant Ethelwood debout près de la porte, et qui a entendu la fin du monologue.) Ohl... oh ! Ethelwood, mon ami, je ne t'avais pas vu.

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