CATHERINE, KENNEDY
(Calherineentreapp%rée9urlebra$de$anourrice.)
KENNEDY
Nous rentrons déjà, mon enfant?
CATHERINE
Oui, bonne, car il se fait tard.
KENNEDY
Le soleil se couche à peine , et, à cette heure, l'horixon est si beau, tu du haut de la montagne ! Catherine, souriant.
Oui, magnifique!... mais c'est le même soleil et le même horizon que j'ai vu hier !...
(Elle s>as$ied.)
KENNEDY
Allons, te voilà encore triste !...
CATHERINE
Non, Kennedy, mais ennuyée.
KENNEDY
Oui, pauvre enfant, c'est l'ennui qui fane tes jours, qui ternit tes yeux, qui brise tes forces. .. Mais comment peux-tu l'ennuyer au milieu de celte belle campagne, si verte et si riche?...
CATHERIN!.
Certes, je la trouverais belle si je la voyais pour la première fois... mais il y a dix-huit ans que je la vois tous les jours.
KENNEDY
11 y a plus du double, moi... et cependant je ne m'en suis pas encore lassée ; c'est que , pauvre femme que je suis, sans désirs et sans ambition, j'ai toujours cherché le bonheur dans les choses que je pouvais atteindre, et jamais au delà.
CATHERINE
Nourrice, tout ce qui est au delà de ce que nous pouvons atteindre doit être cependant bien beau! ... Londres!... on dit que c'est magnifique. Quand donc habiterai-je Londres! mon Dieu!...
KENNEDY
Tu te marieras un jour, mon enfant ; la es trop
belle et trop pure pour ne pas trouver un époux riche et noble.
Catherine, vivement.
Oui, n'est-ce pas?.... et alors nous aurons un palais à Londres... des barques sur la Tamise, des forêts où nous poursuivrons le gibier, un faucon sur le poing... suivis de valets et de pages... Tu viendras avec moi... parcourir mes terres... recevoir l'hommage de mes vassaux... et alors je ne m'ennuierai plus, je serai belle, riche.... je serai puissante, je dirai : Je le veux et tout le monde
m'obéira.
KENNEDY
Folle que tues!...
Oh! vois-tu, Kennedy, si je croyais toujours rester ainsi, dans cette petite maison isolée. .. entre ces murs étouffants... vêtue de ces habits, et entourée de ces meubles si simples, vois-tu... .j'aimerais mieux me coucher dans un cercueil... pourvu qu'il fût couvert d'un tombeau de marbre...
KENNEDY
Il y a des jours, mon enfant, où les rêves de ton imagination m'effrayent... Crois -moi, ne t'aban- * donne pas à de pareilles pensées. *
CATHERINE
Kennedy, mes pensées sont mon seul bonheur, mes rêves ma seule richesse... laisse-les-moi ...
KENNEDY
Allons, je vois bien que tu veux encore être seule,
pour te livrer à toutes tes folies Depuis un an je
m'aperçois que ma présence te gên». te fatigue.
CATHERINE
Oh ! ma bonne mère, tu te trompes, tu es injuste... mais vois-tu , dès que je suis seule». • j'entends des voix étranges qui murmurent à mon oreille*. «je vois des apparitions bizarres qui passent devant mes yeux... Alors, tout se peuple et s'anime autour de moi... la chaîne des êtres créés ne s'arrête plus à l'homme ; elle monte jusqu'à Dieu... 11 me semble que je parcours avec les yeux tous les degrés de cette échelle lumineuse, dont l'une des
Kl*
CATHERINE HOWARD
extrémités repose sur la terre, et dont l'autre
touche au ciel Le feu qui pétille ce sont
des salamandres qui, en se jouant, soulèvent des milliers d'étincelles... Dans cette eau qui coule sous ces fenêtres... il y a une ondine, qui, toutes les fois que je me penche, me salue comme sa sœur... Celte brise parfumée, qui nous arrive le soir, passe toute chargée de sylphes, qui s'arrêtent dans mes cheveux... Et salamandres, ondine, sylphes... murmurent à mon oreille des paroles*. • oh ! des paroles à me rendre folle... tu Tas dit...
KENNEDY
Quel âge de bonheur que celui où Ton n'a qu'à fermer les yeux pour voir de semblables merveilles!... Dors, mon enfant, la nuit vaut mieux que le jour... Mais prends-y garde : de tous les démons qui visitent les jeunes filles pendant leur veille ou pendant leur sommeil, le plus dangereux et le plus difficile à chasser est celui de l'ambition.
CATHERINE
Celui-là, Kennedy... ce n'est point un démon, c'est un ange... et c'est le plus beau, le plus séduisant de tous... C'est le roi du ciel... car il a des ailes dorées et une couronne sur la tête.
EEHREBT.
Bonsoir, ma noble maltresse...