‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 711 sur 999 · ACTE II, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE X

le mien , à mon tour de descendre avant Page , marqué pour moi, dans le tombeau, comme tu y es descendue ; à mon tour de mourir pour les hommes et pour le monde, et mort pour eux, de renaître pour toi.

CATHRRINE.

Oh ! ne fais pas cela.

etéelwood, lui montrant le flacon vide.

Regarde !

CATHBlllfl.

Vide !... miséricorde ! je veux appeler au secours, je veux!...

ETHELWOOD.

Silence ! et songe que nous n'avons pas une minute à perdre, mes instants sont comptés, et j'ai mille choses à te dire.

Catherine.

Ethelwood!... Ethelwood!... au nom du ciel !... oh ! comme il pâlit !...

ETHELWOOD.

Catherine ! oh ! ne t'effraye pas ; tu sais bien que cette mort n'est que feinte. Ce parchemin que l'on trouvera sur moi indique que, craignant la colère de Henri, voulant échapper à la honte de l'échafaud, je me suis empoisonné... Ma mort paraîtra donc probable à tous, et personne n'en doutera, car elle aura un motif évident.

CATHERINE

Ethelwood ! Ethelwood ! c'est tenter Dieu !

ETHELWOOD.

Je lui ai déjà confié un trésor plus cher, et qu'il m'a rendu. Laisse-moi donc te dire encore quelques mots, car je sens, oh ! je sens que la mort vient. Écoute, je suis le dernier de ma race, pas de famille, pas de parents, pas d'amis peut-être. Moi mort, mon nom est éteint, et mes biens appartiennent au roi : oh ! sois tranquille ; il me reste assez d'or et de pierreries pour acheter un autre duché. Catherine, préoccupée.

Que dis-tu?

ETHELWOOD.

Je dis que, du jour où la porte du tombeau sera tirée sur moi, personne ne pensera plus au dernier cadavre qu'elle séparera de la terre des vivants, personne ne viendra s'agenouiller sur le seuil de cette porte, et dire en pleurant : Mon Dieu ! Seigneur! il était bien jeune, et vous êtes bien cruel... Toi seule conserveras parmi les hommes mémoire et souvenir de moi; toi seule songeras à celui qui sera renfermé dans ce tombeau, dont la porte ne pourra se rouvrir qu'avec deux ciels !

Catherine.

Deux?

ETHELWOOD.

Oui ; dont l'une sera remise au roi, comme à mon héritier.

CATHERINE

Et l'autre?

ethelwood, lui mettant une clef dan* ta main.

À toi, comme à ma femme.

CATHERINE.'

Non, non ! garde cette clef, et lorsque tu te réveilleras, tu t'en serviras toi-même.

Et qui la déposera prés de moi ? As-tu oublié que tu ne peux paraître à mes funérailles?

Catherine, prenant la clef.

Àh f c'est vrai !

ETHELWOOD.

Bien. Maintenant, chère âme, maintenant entoure mes derniers moments de douces caresses et de tendres paroles ; — ( Tombant à genoux. ) que tant que je pourrai voir, je lise dans tes yeux un réveil d'amour et de bonheur ; — ( Catherine tombe sur un sofa.) que tant que je pourrai entendre, dis-moi que tu m'aimes avec cette voix si douce et si mélodieuse, qu'elle me fera tressaillir dans mon sommeil ; car tu seras là , épiant mon retour à la vie, la vue fixée sur mes yeux : la main posée sur mon cœur. — ( Tressaillant. ) Oh ! celte bague , encore cette bague, rends-la-moi.

CATHERINE

La voici.

ETHELWOOD.

Que je t'aime, et que suis heureux de ton amour! Oh! parle-moi donc, dis-moi donc que tu m'aimes, que tu m'appartiens, que tu es heureuse d'être à moi. Oh! tes lèvres ! tes lèvres adorées!....

CATHERINE

Ethelwood, mon ami. — Je ne sais que lui dire.

(Elle le prend convulsivement dans ses bras et

l'embrasse.)

ethelwood, «6 relevant.

Oh! ne m'embrasse pas ainsi, je ne pourrais, je

ne voudrais plus te quitter, même une heure. Le

feu de ton haleine brûle mon sang de l'air

j'étouffe... Catherine! — (Il tombe.) Catherine!...

* * Catherine, inclinée sur un genou, lui posant la tète

sur l'autre.

Oh! mon Dieu! mon Dieu !

ethelwood.

Je ne vois plus, je n'entends plus... Ta main... — ( La lui serrant avec force. ) Ta main, où donc estelle?... Oh! Catherine! mon amour! mon angel ma bien-aimée... Adieu, adieu, à demain.

(La tète d' Ethelwood glisse du genou de Catherine et tombe à terre ; Catherine contemple un instant ce corps étendu devant elle, puis, les lèvres tremblantes, mais sans parler, elle luipeee la main sur le cœur, et, sentant qu'il a cessé de battre, elle luitiredudoigtl'anneaurùyaletlepasseaueien.)

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