ACTE III, SCÈNE II
Et cependant, je te le jure, Marguerite, pas une des condamnations que j'ai rendues ne pèse à ma conscience, pas un spectre ne tourmente mon sommeil.... Voyons, est-ce la mort d'Empson et de Dudley que lu me reproches? mais je n'ai fait que confirmer le jugement rendu contre eux, sous le règne du roi mon père. Est-ce la condamnation de Volsey , débauché , prévaricateur et assassin , qui avait teint sa robe de cardinal, non dans la pourpre, mais dans le sang? Est-ce l'exécution de Fischer, criminel d'État, traître de haute trahison, à qui j'eusse cependant fait grâce , si Paul III , en lui envoyant dans sa prison le chapeau de cardinal, ne m'eût provoqué à lui envoyer la tète de l'archevêque? Est-ce la mort du lâche Cromwell parti de si bas pour arriver si haut, qui se fit pour monter un marchepied du corps de son prédécesseur, et que les pleurs des veuves et des orphelins avaient soulevé jusqu'au trône ?... Je ne parle pas du supplice d'Anne de Boulen, condamnée, non par moi, mais par un tribunal composé de pairs, de généraux et d'archevêques. La sentence a été rendue par eux, et non par moi. J'ai mis ma signature au bas, et voilà tout... Oh ! non , non , ma sœur, tout cela est l'œuvre d'un hasard funeste, et non la punition de Dieu.
(Il se lève et se promène. )
mabgdibite, toujours agenouillée.
Oh ! mon frère, vous avez plus perdu que personne ; car parmi tous ces courtisans qui flattent le roi, c'était le seul homme qui aimât Henri.
HINEI.
Je le sais.
■ARGUB1ITI.
C'est une perte qui fait pencher le trône.