‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 745 sur 999 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CATHERINE, seul*.

( L'heure sonne, et, tout en écoutant, d'à genoux qu'elle était elle se trouve assise sur le coussin du prie-Dieu On entend la cloche tinter deux fois sans qu'elle compte; au troisième coup, Catherine compte tout haut.) %

.... Trois , quatre /cinq. — ( Attente et angoisse d'un moment. ) Cinq heures ! Une heure encore, et puis plus rien ; et demain le jour se lèvera sur mon tombeau!... Oh! moi qui devais voir lever tant dejours, qui devais entendre sonner tant d'heures encore! moi si jeune, moi au tiers de ma vie à peine, et n'avoir plus qu'à étendre le bras pour toucher l'éternité!... Mourir! ce mot, qui depuis dix-huit ans s'est à peine présenté à ma pensée, depuis hier frappe sur mon cœur à chacun de ses battements. Mourir ! mourir ! Oh ! mon Dieu ! mon Dieu! est-ce que vous me laisserez mourir?... Kennedy! Ma petite maison de Richemont, ma verte pelouse, mes beaux rêves de jeunesse... Et je me trouvais malheureuse au milieu de cela cependant! Insensée que j'étais!... Oh! si le roi me disait : « Catherine, je te pardonne , retourne dans la retraite d'où je l'ai tirée, » comme je baiserais ses mains, comme j'embrasserais ses genoux ! Il peut le faire cependant ; si je le voyais , je prierais, je pleurerais tant , qu'il me ferait grâce, j'en suis sûre. Qu'est-ce que ça lui fait , au roi, que je vive ou que je meure? 11 n'a pas besoin de ma mort pour être puissant. Il faut que je le voie. — (Prenant une bague ornée d'un diamant. ) Oh ! mon dernier espoir , seul reste de ma fortune de reine ! dernière séduction que je puisse tenter... viens à mon aide !... Et le temps qui passe, et l'heure qui luit ! Combien y a-t-il que cinq heures sont sonnées ? Je ne sais plus mesurer la journée. Oh ! mes artères battent à me rompre le front !

( Elle appuie ses coudes sur ses genoux et serre ses tempes avec ses poings ; pendant que ses feux

sont fixés sur la porte , elle s'ouvre lentement ; l'exécuteur entre, s'arrête après avoir dépassé le seuil, met un genou en terre ; Catherine, à sa vue, s'est soulevée contre le prie-Dieu ; ses mains cherchent les pieds du Christ sans que sesyeux cessent de regarder le bourreau. )

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