LB BOURBE AU
Oui!
CATHERINE
Pourquoi à genoux?
LE BOURREAU
Je viens, selon l'usage, vous demander pardon.
CATHERINE
Oh ! dérision ! le bourreau qui demande pardon à la victime "de la frapper, et qui frappera cependant.
LB BOURREAU
Il le faudra bien.
Catherine, regardant le diamant qu'elle porte au . doigt.
Dites-moi, ne trouvez-vou* point que c'est un horrible état que le vôtre?
LE BOUBREAU.
Horrible !
CATHERINE
Pourquoi donc l'avez-vous embrassé ?
LE BOURBBAU.
Parce que mon aïeul l'avait légué à mon père, et que mon père me l'a légué, à moi.
GATHEBINE.
Cet état vous est odieux, n'est-ce pas?
LE BOURBBAU.
J'ai vu un temps où j'aurais donné la moitié des jours qui me restaient à vivre pour en pouvoir embrasser un autre.
CATHERINE
Et depuis?
LE FOURREAU
H a bien fallu m'y habituer.
CATHERINE
Tous êtes seul à Londres ?
LB BOURREAU
Seul.
CATHERINE HOWARD
CATHERINE
Si vous quittiez la ville, qui vous remplacerait?
Ll BOURREAU.
Personne.
CATHERINE
Et Ton serait forcé alors d'aller chercher celui de Calais?
Ll BOURREAU.
Comme on Ta fait pour la reine Anne, comme j'aurais voulu qu'on le fit pour vous.
CATHERINE
Et pendant ce temps , trois ou quatre jours de sursis me seraient accordés, n'est-ce pas?
LE BOURREAU
Sans doute.
Catherine, suivant sa pensée.
Pendant lesquels je pourrais voir le roi peut-être, ou sinon le voir, lui écrire, obtenir ma grâce. — (Descendant du prie-Dieu.) Mon ami, il faut que vous quittiez Londres.
LE BOURREAU
Impossible.
CATHERINE
LE BOURREAU
Qui nourrirait ma femme et mes enfants?
CATHERINE
Et si je vous fais riches, votre femme, vos enfants et vous?
LE BOURREAU
Riches!
CATHERINE
Combien le grand chancelier vous donne- 1- il par an?
LE BOURREAU
Vingt livres.
CATHERINE
VoyeE-vous celte bague ?
LE BOURREAU
Eh bien?
CATHERINE
Elle vaut mille livres , c'est-à-dire une somme qu'il vous faudrait cinquante ans pour gagner; cette bague est à vous si vous la voulez.
LE BOURREAU
Que faut-il faire pour cela ?
CATHERINE
Fuir, et voilà tout; je ne vous demande point de me sauver, vous ne le pourriez pas, je le sais. M'échapper est chose impossible; mais vous!... nul ne vous observe, nul ne se doute que l'état que vous exercez vous est odieux!... odieux est le mot, vous me l'avez dit. Eh bien ! éloignez-vous, partez à l'instant même; que lorsqu'on vous cherchera, l'on ne vous trouve plus; gagnez, avec votre femme et vos enfants, les frontières d'Ecosse ou d'Irlande; ce que vous avez fait jusqu'à présent n'est point écrit sur
votre front , personne ne pourra savoir qui vois êtes; vous vivrez non plus enfermé dans un cercle de sang , mais mêlé à la société des autres hommes; vous n'aurez plus à demander pardon à personne; vous ne rentrerez plus chez vous les mains rouges , et vous ne léguerez pas à votre fils l'infamie que votre aïeul a léguée à votre père, et votre père à vous. Puis de temps en temps vous songerez qu'en vous assurant cette félicité vous avez sauvé la vie à une reine, et que cette reine placera votre nom dans toutes ses prières, pour que Dieu n'étende pas votre passé sur votre avenir.
LE BOURREAU
Cette bague m'appartient sans que je coure on si grand risque pour la posséder. La dépouille des condamnés est mon héritage.
* CATHERINE
Oui, mais je puis la donner à l'une de mes femmes.
LE BOURREAU
Vous ne les reverrez plus.
* CATHERINE
Du haut de Pécha fa ud je puis la jeter au milieu du peuple, et crier que je la lègue à celui qui la ramassera.
LE BOURREAU
C'est tenter horriblement un homme ce que vous faites là, madame; car après lui avoir dit aussi imprudemment quel était le prix de cette bague, c'est vous exposer à ce qu'il vous l'arrache. Catherine, portant la bague à §a bouche.
Qu'il essaye donc, et nous verrons s'il osera ouvrir la poitrine d'une reine pour la prendre.
LE BOURREAU
Cette bague vaut bien mille livres sterling, madame?
CATHERINE
Mille livres.
LE BOURREAU
Vous me le jurez !
Catherine, étendant la mat h.
Sur le Christ!
LE BOURREAU
Donnez-la-moi, et je pars. .
CATHERINE
Et sur quoi me jurerez -vous à votre leur que vous partirez?
LE BOURREAU
Sur le Christ aussi.
Catherine, secouant la télé.
Jurez -moi sur la vie du plus jeune de vos enfants... maître... j'aime mieux cela.
LE BOURREAU
Je vous jure, madame, sur la vie du plus jeune de mes enfants, et Dieu me le reprenne si je man-