‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 763 sur 999 · ACTE I, SCENE VJI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VJI

don JCAïf , mettant le doigt sur m bouche.

Silence, frère !... il dort !...

bon josès, se jetant au cou de don Juan.

Que je t'embrasse pour cette bonne nouvelle, frère ! comprends-tu? si je n'avais pas reçu cette lettre du digne dom Mortes, mon père mourait sans que je le revisse , il m'aurait appelé dans son agonie et je n'aurais pas été là pour lui répondre ! la terre aurait recouvert cette face vénérable sans que la dernière expression de ses traits soit restée éternellement en ma mémoire... Oh ! cela n'était pas possible! Dieu n'a pas voulu que cela fût.... Laissez-moi pleurer, frère, car j'ai le cœur plein de sanglots et de larmes... Oh! mon père, mon père, mon digne père !...

(/{ pleure.) bon juan, lui jetant un bras autour du cou.

Pauvre Josès ! et tu as .ainsi quitté Séville, tes amours enchantées, ta belle Térésina?

BON JOSÈS.

Tais-toi , don Juan , tais-toi , ne parle pas des amours du fils pendant l'agonie du père. Si j'ai quitté Térésina ! oh ! j'aurais quitté ma vie si j'avais cru que mon* âme vint plus vite ! Est-ce que sa maladie est mortelle? est-ce qu'il souffre bien? a-t-il parlé de moi? s'est-il souvenu de Josès?... le comte, appelant.

Josès!

bon josès, tressaillant.

N'ai-je pas entendu mon nom ? mon père ne m'at-il pas appelé ?

BON JUAN

Non, tu te trompes... c'est le vent du nord qui gémit dans les cyprès du parc, et, la nuit, souvent les arbres se plaignent comme des hommes... Et tu disais que dona Térésina...

BON JOSÈS.

Oh! frère ! elle est beMe parmi les belles, comme mon père était bon entre tous... Qu'il eût aimé ma Térésina, mon pauvre père ! si j'avais pu voir sa bouche se poser sur ses beaux cheveux blancs, comme ces roses des Pyrénées qui fleurissent dans la neige Oh! j'aurais été heureux, trop heureux!...

BON JUAN

Et tu l'as abandonnée à Séville... seule et si loin de toi?

BON JOSÈS.

Non, non!... elle m'a accompagné jusqu'en Castille ; je l'ai laissée dans notre château de Villa- Mayor ; je ne voulais pas la faire assister à la scène de deuil qui m'attendait ici...

LS coite.

Josès!

BON JOSÈS.

Oh! cette fois cette fois, frère! ce n'est

point une illusion, c'est une voix.... une voix qui m'appelle... une voix mourante, il est vrai, mais une voix humaine...

BON JUAN

Cette fois, comme l'autre, tu te trompes.... oublieux, tu ne te rappelles donc pas combien de fois, enfants tous deux, nous avons écouté avec effroi le bruit du torrent qui roule au pied de ces murs, et dont l'eau parfois semblait se plaindre, comme une âme errante et qui demande des prières?

BON J06È8

C'est vrai, mais moi seul tremblais... tu n'avais pas peur, toi, et tandis que je tombais à genoux, moi, tu chantais quelque vieille ballade impie où l'ennemi du genre humain jouait le principal rôle,

BON JUAN

Oui, et alors comme aujourd'hui, esprit dégagé des liens terrestres , tu, oubliais les choses les plus nécessaires à la vie, comme de se reposer quand on est las, et de manger quand on a faim. Viens dans cette chambre, don Josès. .. assieds-toi devant une table, et je te servirai comme je dois le faire... mon aîné, mon seigneur, mon maître... Viens, tu boiras à la santé de ta belle Térésina.

BON JOSÈS.

Oui, tu as raison, j'aurais bien besoin de réparer mes forces ; il y a trois jours que je marche sans ra'arréter : il y a vingt-quatre heures que je n'ai rien pris ; mais si pendant ce temps mon père

BON JUAN

Je te dis qu'il dort, viens... viens.

le comte, d'une voix mourante.

Don Josès !

BON JOSÈS.

Oh ! cette fois, je ne me trompe pas ; dis ce que tu voudras, frère, mais c'est sa voix.

bon juan, le poussant.

Eh bien! va donc! maintenant je te le permets!

bon josès, se précipitant dans la chambre.

Me voilà, père, me voilà !

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