T111SIRA
Et comment cela ?
PAQCITA.
D'abord cela parle, un éventail.
T11ÊSINA.
Quelle langue?
PAQCITA.
La plus jolie de toutes , la langue de l'amour. Écoutei : Vous êtes à la promenade, un jeune seigneur passe et vous salue ; s'il ne vous convient pas, vous regardez dédaigneusement les dessins ; il repasse et vous salue une seconde fois, vous retournez l'éventail de l'autre côlé, et vous regardez dédaigneusement toujours; il n'y a pas même de mal que l'expression de dédain aille en s'augmentant, cela veut dire clairement : Passez au large, mon beau seigneur, car vous n'obtiendrez rien de nous. Au lieu de cela , le cavalier qui passe vous platt-il? oh ! alors, comme vous ne pouvez pas tout de suite lui rendre son salut, vous vous couvrez la figure ainsi, comme si vous ne vouliez pas le voir, et vous le regardez à travers les branches , cela signifie : Vous êtes assez de notre goût, mon gentilhomme, et si votre naissance et votre fortune répondent à votre tournure , on aura peut-être la faiblesse de vous aimer. Le gentilhomme comprend cela comme si une duègne venait le lui dire à l'oreille ; dix minute! après, il repasse, et par hasard il trouve que la senora , en partant, a oublié son éventail sur sa chaise; il s'approche de l'éventail, le prend, le porte à ses lèvres , et l'éventail lui dit : « Ma maîtresse ne vous voit pas avec indifférence ; cachez-moi sous votre manteau, de peur qu'un ja-
loux ne me reconnaisse, et rapportez-moi chez elle, car elle serait désolée de me perdre.— Mais ou cela et à quelle heure? dit le cavalier.— Cherchez bien, répond l'éventail , il doit y avoir, sur une de mes branches, un nom, une adresse, une heure, écrits au crayon ou gravés avec une aiguille; là, bien, vous y êtes. » Le cavalier s'en va, et à Pheure dite, vous entendez une sérénade sous votre balcon; c'est votre éventail qui revient et qui vous dit : « Ma belle maîtresse, je suis aux mains d'an seigneur qui vous aime; tirez vos rideaux de soie , ouvrez votre fenêtre grillée , et regardez à travers vos jalousies, voyez comme il m'embrasse après chaque couplet; c'est que vos jolies mains m'ont touché; maintenant répétez la ritournelle de l'air que la musique vient d'exécuter : la la la la; cela veut dire que vous nous avez entendus. Très-bien , ma belle maltresse , ne vous ennuyez pas trop de nous , car bientôt nous viendrons vous remercier. » En effet , dix minutes après , on entend des pas dans le corridor ; c'est un page qui annonce le seigneur don Ramire Mendoce ou don Alphonse , c'est notre gentilhomme; il entre, vous examinez son costume pour voir s'il est riche et de bon goût ; vous regardez son page pour voir s'il a une livrée; vous jetez un coup d'oeil sur sa litière, pour voir si elle a des armoiries ; et s'il est beau , s'il est riche , s'il est noble, vous lui dites: Je veux trois choses, et il vous ks donne!...
TtBiSIRA.
Mais, sais-tu bien , Paquita , qu'une aventure i peu près pareille m'est arrivée aujourd'hui ?
Vraiment?
TBtSSIltA.
Oui , j'étais assise à la porte du parc qui donne sur la route de Santa-Crux, lorsque je vis passer un beau cavalier ; ce devait être un grand seigneur, car il était suivi d'un écuyer et de plusieurs hommes d'armes; il me salua en passant, alors je me sentis tellement rougir, que je me cachai derrière mon éventail.
PAQCITA.
Bien!
TtlXSTNA.
Sans doute, il crut que je le regardais, car à peine eut-il fait cent pas , qu'il jeta la bride aux mains de son écuyer, descendit de cheval, et vint vers moi à pied. Tu comprends que je ne l'attendis pas, et même je rentrai si vite (Axant Pair de cher* cher autour d'elle.) que...
PAQCITA.
Que...
TiatSTHA.
Mon Dieu! que je crois avoir oublié mon éventail sur le banc.