ACTE II, SCÈNE IX
frère, je sais qu'il y a des liens de nature que tu ne voudrais pas rompre.
DOW JUAN
C'est cela, et pour cet amour fraternel, à cause de ces liens de nature, il faut que je dise à mon sang de cesser de bouillonner, à mon cœur de cesser de battre , et si mon sang est indocile , si mon cœur est rebelle, s'ils refusent d'obéir à ma volonté humaine, j'irai implorer l'assistance divine, je demanderai aux macérations du cloître d'éteindre mes passions, je revêtirai le cilice pour que les douleurs du corps me fassent oublier les tortures de l'âme... j'userai mes genoux à prier Dieu de m'ôter du cœur cet amour qu'il m'y aura mis?... Don Juan pénitent, don Juan moine, don Juan canonisé, peutêtre... ce serait un miracle à mettre toutes les Espagnes en joie ! Et pendant que je gagnerai le ciel, je m'en rapporterai à don Josès du soin de perpétuer mon nom, et de soutenir la splendeur de notre famille?
DON JOSÈS.
Laisse-moi croire que tu railles, don Juan, laissemoi douter encore, frère!...
DOIf JUAN.
J'aime Térésina, te dis-je, et sur ma foi de gentilhomme, elle sera à moi !
DON JOStS.
Alors, c'est une lutte que tu me proposes !,..
DON JUAN
Non, tu ne lutteras pas... Je suis un fou et tu es un sage... tu songeras aux dangers qu'entraînerait une pareille guerre, et le sage fera place à l'insensé.
DON JOSÈS.
Mais je l'aime plus que tu ne peux l'aimer. , . toi. . .
DON JUAN
Josès, Josès! ne compare pas les tempêtes des fleuves à celles de l'Océan !
DON J0SÊ8.
Mes droits sont sacrés.
DON JUAN
Parce, qu'ils sont antérieurs aux miens, n'est-ce pas? tu veux me prendre ma place dans le cœur de Térésina, comme tu l'avais prise dans la maison de mon père... Prends garde, don Josès!... tu n'es pas heureux en usurpations!
DON JOSfeS.
Que dis-tu?
DON JUAN
Je dis qu'un aventurier peut bien se glisser dans le sein d'une famille, où dans le cœur d'une femme, escroquer un titre ou voler un amour... mais je dis aussi que lorsque le véritable maître arrive , on chasse l'étranger : Me voilà... arrière, don Josès, arrière!...
DON JOSÈS.
Don Juan!... crois-tu qu'il n'y a de lions que ceux qui rugissent. — ( Avec douceur. ) Écoute , frère, je ne te dirai que deux mots : elle m'aime !
DON JUAN
Eh bien ! moi, je ne t'en dirai que quatre : elle ne t'aime pas !
DON JOSfcS.
Don Juan , don Juan , tu te rappelles trop que je suis ton frère, et pas assez que je suis gentilhomme.
DON JUAN
Tu en as menti, don Josès, tu n'es ni l'un ni l'autre.
DON JOStS.
Oh l c'en est trop !