‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 827 sur 999 · DON JUAN, MARTHE · texte numérisé non relu

DON JUAN, MARTHE

DON JUAN

Allons, la chose est en bon train, me voilà dans le bercail... et Hussein m'attend au bas de cette fenêtre...— (S'approchant du lit.) Diable! il me semble que la pénitente de dom Sancbez n'est point malade de vieillesse... Ma sœur... elle ne me répond pas, ma sœur... évanouie, sans doute... — (Lut touchant la main.) Glacée, morte... Pauvre enfant, si jeune, morte dans un cloître, sans avoir goûté la vie, sans avoir connu l'amour!... Trésor enfoui, diamant perdu!., pourquoi ne t'ai-je pas rencontrée joyeuse et florissante au milieu du monde, au lieu de te trouver pâle et froide sur ton lit mortuaire?... je t'aurais aimée, car ta devais être jolie : de si beaux cheveux ne peuvent cacher qu'un beau visage... — (Écartant les cheveux. ) Mon Dieu ! oh ! non... ce n'est pas possible... ce sont ses traits, c'est elle... c'est Marthe!... Marthe, froide... inanimée, morte!... Ah! don Juan!... quel mauvais esprit as-tu donc irrité, que depuis quelques jours rien ne te réussisse et que tout aille au pire? à qui t'adresser, maintenant que tes péchés l'ont brouillé avec Dieu, et tes remords avec Satan ?... Oh! il y a cependant eu pour moi un temps de bonheur où mes désirs s'accomplissaient avant d'être formés, où ma volonté avait la baguette d'une fée, où un palais enchanté se fût élevé sur ma route pour me donner l'hospitalité pendant une nuit!... Ai-jedonc perdu sans le savoir quelque amulette précieux , quelque talismam souverain? ou plutôt n'est-ce pas que depuis que mon père a reconnu don Josés, il y a une malédiction sur moi?... Autrefois, t'eussé-je perdue vivante, et t'eussé-je retrouvée morte, prête pour la tombe, je crois que je n'aurais eu qu'à

dire : Je veux qu'elle vive, et l'âme, à moitié chemin du ciel, serait redescendue sur la terre... Marthe! Marthe!... ma bien-airaée !... — (// se penche sur elle, et reculant tout à coup.) Ah! il m'a semblé sentir un mouvement... Elle se lève... — (La regardant se lever et s'asseoir sur son lit.) Marthe ! ... — (Saisissant vivement sa main.) Toujours froide, toujours morte... Marthe, parle-moi, je t'en supplie, ou je ne pourrai pas croire que tu vis ! Oh ! un mot, une parole !

mabthe, lentement.

Don Juan.

DOW JUAN

Ah ! ma fortune ne m'a pas abandonné, je suis toujours moi, je suis toujours l'heureux et le puissant ! Marthe ! cette fois tu es à moi, et ni l'enfer ni le ciel ne t'arracheront plus de mes mains. — ( Courant à la fenêtre et l'ouvrant. ) Hussein , Hussein!

HUSSEIN

Monseigneur!

DON JUAN

Les chevaux sont-ils prêts?

HUSSEIN

Oui, monseigneur.

DON juah.

L'échelle de cordes?

HUSSEIN

La voilà.

don juan l'assujettit à la fenêtre, se retourne et trouve Marthe debout.

Allons, ma bien-aimée, l'amour, le bonheur, l'avenir, tout est à nous. Es-tu prête? veux-tu venir?

maithe, lentement et froidement.

Allons! — (L'heure sonne.) Écoutez. — (Elle compte.) Minuit!

(Pendant que don Juan la conduit vers la fenêtre > la toile tombe.)

DON JUAN DE MAAANA

SEPTIÈME TABLEAU

Un vieux rhiteau cm ruina donnant «or un lac, derrière lequel t'élerent de heures montagnes. U fait naît, et le théâtre a'cet éclairé que par la lumière de la lune et det étoile».

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