‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 919 sur 999 · KEAN, LE COMTE DE KOEFELD, SALOMON · texte numérisé non relu

KEAN, LE COMTE DE KOEFELD, SALOMON

8ALOM01T.

Maître, vous m'aviez dit...

Kl AIT.

Que je ne voulais recevoir personne, c'est vrai, mais j'étais loin de m'a t tendre à l'honneur que me fait M. le comte.

(Il fait signe à Salomon de sortir. )

LI COMTE

Au contraire , monsieur, j'aurais cru que vous n'aviez clos votre porte que parce que vous comptiez sur ma visite.

KIAIT.

Et d'où m'aurait pu venir cette présomption , monsieur le comte?

LE COMTE

De ce que j'avais dit hier dans votre loge, à propos de nous autres Allemands, que lorsque nous nous croyons offensés, nous nous battons avec tout le monde : or, je suis offensé, monsieur, et je viens pour me battre. La cause, vous la connaissez, mais il est important qu'elle reste entre nous ; aussi vous voyez que , contrairement aux habitudes, je ne vous ai point écrit , je ne vous ai envoyé personne, et je suis venu à vous seul et confiant comme un homme d'honneur, qui vient jouer sa vie contre un homme d'honneur ; en passant devant la première caserne que nous trouverons sur le chemin d'Hyde-Park, nous prierons deux officiers de nous servir de témoins. Quant au motif de notre rencontre, ce sera tout ce que vous voudrez : une querelle à propos de la mort de lord Castelreag ou de l'élection de M. O'Connel.

KIAH.

Mais vous comprenez , monsieur le comte , que ce motif, suffisant pour tout autre, ne l'est pas pour moi : il ne peut y avoir rencontre que lorsqu'il y a offense, et je ne crois pas avoir été assez malheureux...

LE COMTE

C'est bien, monsieur, c'est bien ! je comprends cette délicatesse, mais cette délicatesse est presque une nouvelle insulte. Si vous ne vous battez pas lorsque vous avez offensé , vous battez-vous lorsqu'on vous offense?

KEAN

UAR.

C'est selon, monsieur.*. Si l'on m'offense sans motif, j'attribue à la folie l'insulte qu'on me fait, et je plains celui qui m'insulte.

LBCOBTft,

Monsieur Kean, dois-je croire que votre réputation de courage est usurpée ?

un*.

Non, monsieur le comte, car j'ai fait mes preuves.

LB COftTB.

Prenez garde, je dirai partout que vous êtes un lâche.

XBA1I.

On ne vous croira pas.

LB COHTB.

Je dirai que j'ai levé la main.

KBAlt.

Et vous ajouterez que je l'ai arrêtée pour épargner à l'un de nous un chagrin mortel*

C'est bien, vous ne voulez pas vous battre, je ne puis pas vous forcer ; mais il faut que ma colère se répande, songez-y bien, et si ce n'est sur vous, ce sera sur votre complice.

KBAïf , le retenant.

Je vous jure, monsieur le comte, que vous êtes dans Terreur la plus profonde, je vous jure que vous n'avez aucun motif de soupçonner ni moi ni personne.

lb coitb.

Ah ! je voulais que tout cela se passât dans le silence, et vous me forcez au bruit ; votre sang suffisait à ma haine , et je ne demandais pas autre chose ; mais vous avez peur de ma vengeance et vous la renvoyez â une femme, c'est bien.

kbah.

Monsieur le comte, il y a quelque chose de plus Ucbe qu'un homme qui refuse de se battre, c'est un homme qui s'attaque à une femme qui ne peut pas lui répondre.

LB COMTE

Toute vengeance est permise du moment où elle atteint le coupable.

XBAH.

Et moi, je vous dis, monsieur, que la comtesse est innocente, je vous dis qu'elle a droit à vos égards et à votre respect ; je vous dis que si vous prononcez un seul mot qui la compromette, que si vous froissez un pli de sa robe, que si vous touchez un cheveu de sa tête, il y a à Londres des hommes qui ne laisseront pas impunie une telle action. Et tenez , moi tout le premier , moi qui ne l'ai vue qu'une fois, moi qui la connais à peine , moi qui ne la connais pas...

lb court.

Ah! tout bon comédien que vous êtes, monsieur Kean , vous venez cependant de vous trahir. Eh bien! maintenant parions franc; regardons -bous en face et ne détournez plus les yeux : connaissezvous cet éventail?

BBAII.

Cet éventail r

Il appartient â la comtesse.

KBAlt.

Eh bien! monsieur...

LB COHTB»

Eh bien! monsieur, cet éventail, hier je l'ai trouvé...

salouon, entrant.

Une lettre pressée du prince de Galles.

KBAIf.

Plus tard.

salouoii, à demi-vois.

Non, tout de suite.

UAlt.

Vous permettez, monsieur le comte?

LB COUTB.

Faites, faites, je ne m'éloigne pas.

KBAïf , après avoir lu.

Vous connaissez récriture du prince de Galles, ' monsieur ?

LB COKTB.

Sans doute ; mais que peut avoir à faire l'écriture du prince de Galles...?

KBAIf.

Lisez.

lb cohtb, lisant.

« Mon cher Kean , voulez-vous faire chercher » avec le plus grand soin dans votre loge, je crois » y avoir oublié hier l'éventail de la comtesse de » Kœfeld, que je lui avais emprunté afin d'en Cure » faire un pareil à la duchesse deNorthumberland. » J'irai vous demander raison aujourd'hui de la » sotte querelle que vous m'avez cherchée hier au » théâtre à propos de cette petite fille d'Opéra ; je » n'aurais jamais cru qu'une amitié comme la nôtre » pouvait être altérée par de semblables bagatelles. » Votre affectionné, Gbombs. »

XBAW.

Cette lettre répond mieux que je ne pourrais le faire à des soupçons que je commence â comprendre, monsieur le comte, et dont vous sentirez facilement que ma modestie ne me permettait pas de me croire l'objet.

Monsieur Kean, on parle de vous arrêter, de vous conduire en prison , n'oubliez pas que les palais consulaires sont inviolables, et que l'ambassade de Danemark est un palais consulaire.

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