SCÈNE II
JtJNlA, STELLA, AQUILA.
8TILLA.
Ma mère... me voilà!
jor i a, se jetant dans ses bras.
Ma Stella, mon enfant, ma fille... oh ! oui, c'est elle !
( Lui prenant les mains et la regardant, ) Oh ! laisse-moi te voir... Comme elle est grande et belle!
STELLA
Manière!
JUW1A.
Laisse-moi toucher tes longs cheveux.
CAL1GULA
Veux tu que je t'embrasse encor ?
STILLA
Si je le veux !
Toujours, toujours...
Enfant !... oh! que je suis heureuse !
stilla.
Et moi donc !... If est-ce pas que l'absence est affreuse, Dis?
JUHIA.
Ne m'en parie plus j'ai retrouvé mon bien.
STILLA, montrant Aquila à sa mère.
Et lui, ma mère, et lui, ne lui dis-tu donc rien?
juhia, lui tendant la main.
Si!... sois le bien venu, fils atné de mon frère.
aquila, s'inelinant.
noble Junia!
JUHIA.
Nomme-moi donc ta mère !
AQUILA
Ma mère, que ce nom m'est doux à prononcer !
JUNIA
Mon fils ne vient-il pas à son tour m'embrasser ? ( A demi-veimen le retenant dans eeêbrmê et lui montrant eaflUe.
Aquila, suis-je donc aveugle en ma tendresse, Et n'est-elle point belle?
AQUILA
Ob ! comme une déesse !
JUHIA.
Ma fille, un bon génie a protégé tes jours.
stilla, lui montrant Aquila.
Ce bon génie est là, les protégeant toujours ; Oh! si tu l'avais vu, pendant ce long voyage, Conduisant ma litière, écartant du passage L'obstacle, quel qu'il fût, sur mon chemin placé !
JUHIA.
11 faisait son devoir de tendre fiancé,
Et sa crainte veillait, prévoyante et jalouse,
Un peu sur mon enfant , beaucoup sur son épouse ;
Ah! voilà que ce mot te fait rougir... allons,
C'est bien, n'en parlons plus; asseyons-nous, parlons
D'autrefois.
8tilla, s'asseyant.
C'est ma place...
JUHIA.
Oui, ta place chérie...
Attends.
, {Lui montrant un ouvrage d'aiguille commencé.) Reconnais-tu ?
êflLLA.
Quoi?
JUMA
Cette broderie?
STILLA
Ce voile que pour toi...
JUHIA.
Vois, il a demeuré Cinq ans interrompu.
smala. Je te le finirai.
JUHIA.
As-tu bien reconnu toute notre famille?
Notre vieille Géta, qui t'appelait sa fille, Cette bonne Phœbé que tu nommais ta sœur, Et le chien, peint au mur qui te misait tant peur? Mais je parle toujours, vois-tu, c'est du délire... A toi... tu dois avoir cent choses à me dire... Je t'écoute, voyons.
STILLA
Oui, ma mère, j'ai là Un grand secret.
JUHIA.
Vraiment... un secret, ma Stella :
Parle donc.
STILLA
Et d'abord, 6 ma mère chérie, Mon nom n'est plus Stella, je m'appelle Marie.
JUHIA.
Que dis-tu là, ma fille ? et d'où vient que le nom Que je t'avais choisi n'est plus le tien !
stilla, joignant les mains.
Pardon!
JUHIA.
Marie?
stilla, avec religion.
Oh ! c'est le nom d'une vierge sacrée.
Mais l'autre était celui...
stilla , l'interrompant.
Qu'une mère adorée Me donna, je le sais; à ce titre, je veux Le conserver aussi, laisse-les-moi tous deux.
JDHIA.
Mais d'où vient?
STILLA
Le voici : cette tante si bonne, La mère <T Aquila, possédait à Narbonne Une maison d'hiver; mais elle avait, de plus, Dans ces champs appelés les champs de Marius , Une villa d'été s'élevant sur la plage :
De grands pins la couvraient de fraîcheur et d'ombrage Silencieux le jour, mais qui, le soir venu, Parlaient avec la mer un langage inconnu; Et moi, je me plaisais, quand de sa fraîche haleine La nuit assombrissait au loin l'humide plaine, A venir lentement au rivage m'asseoir, Et. me penchant alors sur l'immense miroir, J'écoutais cette voix solennelle et sauvage Dont j'espérais toujours comprendre le langage ; Puis, quand j'avais cherché longtemps, mon coeur jaloux, Rappelant mon esprit à des pensers plus doux, J'interrogeais tout bas cette onde intelligente Qui roule de Sagonte au golfe d'Agrifcente, Et je lui demandais si, passant à Bala, Ses flou n'avaient point vu ma mare Junia !...
JUHIA.
Chère enfant!
STILLA
Une nuit qu'en cette solitude J'étais restée encor plus tard que d'habitude...
JUMA
Co m m en t t'exposai s-tn seule ainsi, n» Stetm ?