ACTE I, SCÈNE II
aquila, êôuriani.
ma mère, jamais je n'étais loin !
stilla, continuant.
Voilà Que je vois s'avancer, saut pilote et sans rames , Une barque portant deux hommes et deux femmes, Et, spectacle inouï qui me ravit encor, Tous quatre avaient au front une auréole d'or D'où partaient des rayons de si vive lumière Que je fus obligée à baisser la paupière ; El, lorsque je rouvris les yeux avec effroi, Les voyageurs divins étaient auprès de moi.
Un jour de chacun d'eux et dans toute sa gloire Je te raconterai la merveilleuse histoire , Et tu l'adoreras, j'espère; en ce moment, Ma mère, il te suffit de savoir seulement Que tous quatre venaient du fond de la Syrie : Un édit les avaient bannis de leur patrie , Et, se faisant bourreaux, des hommes irrités, Sans avirons, sans eau, sans pain et garrottés, Sur une frêle barque échouée au rivage, Les avaient à la mer poussés dans un orage.
Mais à peine l'esquif eut-il touché les flots, Qu'au cantique chanté par les saints matelots L'ouragan replia ses ailes frémissantes ; Que la mer aplanit ses vagues mugissantes, Et qu'un soleil plus pur, reparaissant aux deux , Enveloppa l'esquif d'un cercle radieux!...
Jtmu.
Mais c'était un prodige.
STELLA
Un miracle, ma mère.
Leurs fers tombèrent seuls, l'eau cessa d'être amère, Et deux fois chaque jour le bateau fut couvert D'une manne pareille à celle du désert :
Cest ainsi que, poussés par une main céleste, Je les vis aborder.
JUlfU.
Oh 1 dis vite le reste!
STELLA
A l'aube, trois d'entre eux quittèrent la maison : Marthe prit le chemin qui mène à Tarascon, Lazare et Maximin celui de Massilie, Et celle qui resta... c'était la plus jolie, Noua faisant appeler vers le milieu du jour, Demanda si les monts ou les bois d'alentour Cachaient quelque retraite inconnue et profonde, Qui la pût séparer atout jamais du monde...
Aquila se souvint qu'il avait pénétré Dans un antre sauvage et de tous ignoré, Grotte creusée aux flancs de ces Alpes sublimes, Où l'aigle fait son aire au-dessus des abîmes. 11 offrit cet asile, et dès le lendemain Tout deux, pour l'y guider, nous étions en chemin. Le soir du second jour nous touchâmes sa base : Là, tombant à genoux dans une sainte extase, Elle pria longtemps, puis vers Fantre inconnu, Dénouant sa chaussure, elle marcha pied nu. Nos prières, nos cris restèrent sans réponses : Au milieu des cailloux, des épines, des ronces, Noua la vlsaes monter, un bâton à la mais,
2 ALEX. tVIAS.
Et ce n'est qu'arrivée au terme du chemin, Qu'enfin elle tomba sans force et sans haleine...
JUKI A.
Gomment la nommaitron, ma fille?
STELLA
Madeleine, Ma mère ! Cette femme, insensible aux douleurs, Avait pourtant, parmi les parfums et les fleurs, Au sein des voluptés par le ciel condamnées Dissipé le trésor de ses jeunes années.
Mais dans ses faux plaisirs le malheur apparut : Son frère bien-aimé, malgré ses soins, mourut. Pour la première fois, la prière à la bouche, Elle veillait auprès de la funèbre couche, Pleurant et gémissant, lorsqu'elle apprit soudain D'un homme nommé Jean, qui venait du Jourdain, Qu'allait bientôt passer, allant à Samarie, Celui qu'on appelait Jésus, fils de Marie, Prophète vénéré, que le peuple, en tout lieu. Suivait avec amour, en criant : Gloire à Dieu!... Car cet homme, puissant à briser les obstacles, Comptait depuis longtemps ses jours par des miracles. Madeleine était faible : elle alla vers le port, Et, tombant à genoux, cria : Mon frère est mort!... Mort!... et si cependant vous vouliez, sa paupière, Quoique close à jamais, reverrait la lumière; Car votre voix commande aux mers, aux aquilons, A la vie, à la mort!... Jésus lui dit : Allons. As vinrent ; 6 douleur ! Déjà des mains fidèles Avaient enseveli les dépouilles mortelles.
Madeleine en pleurant tendit au ciel les bras! Mais le Sauveur lui dit : Femme, ne pleure pas. Et, marchant aussitôt vers le sépulcre avare Où pour l'éternité s'était couché Lazare, Jésus, devant le peuple immobile d'effroi, Dit, étendant la main : Lazare, lève-toi!...
A peine eut retenti cette voix tutélaire, Que, brisant de son front le marbre tumulaire, Lazare, obéissant au cri qui l'appela, Se dressa dans sa tombe, en disant: Me voila! Alors à ce spectacle, éperdue, hors d'haleine, Joyeuse et repentante à la fois, Madeleine Courut vers sa maison, et prenant au hasard Un vase précieux, plein de baume et de nard, Elle le versa tout aux genoux du prophète; Puis, jusque dans la poudre humiliant sa tête, En murmurant tout bas de pénible* aveux, Elle essuya ses pieds avec ses beaux cheveux... Mais, prenant en pitié cette grande détresse, Le Sauveur releva la sainte pécheresse, Disant : 11 te sera par un Dieu désarmé Beaucoup remis, ô femme, ayant beaucoup aimé...
JUHIA.
Sans doute on éleva des autels à cet homme ?
STELLA
Ma mère, il fut traîné chez le préteur de Rome, Car il disait tout haut que le faible et le fort Sont égaux devant Dieu comme devant la mort ; Et lorsqu'il ne pouvait, par d'ouvertes paroles, Exprimer sa pensée, alors ses paraboles Poursuivaient les puissants... les poissants eurent peur !
CALIGULA
Ils dirent que c'était un prophète trompeur ! Sa mort rut résolue, et sur leur insistance Un juge te trouva qui rendit la sentence :
Mais au regard des Juifs, au Calvaire assemblés, Tandis que les bourreaux, par la haine aveuglés, Croyaient clouer ses bras contre une croix immonde, Ma mère !... ils étendaient ses deux mains sur le monde. Voilà l'homme divin dont j'ai reçu la loi :
{Se mettant à genoux. ) SI j'ai failli, ma mère, alors pardonne-moi!
JCÎIIA.
Sa loi ne défend pas que l'on aime sa mère?
STELLA
Elle en fait un devoir et pieux et sévère.
JUHIA.
Toute loi qui prescrit le respect et l'amour Pour ceux à qui l'on doit la lumière du jour, ma fille, crois-moi, c'est une loi de l'Âme.
Ton culte n'a donc rien que je redoute ou blâme. Et notre Panthéon est assez spacieux Pour recevoir un Dieu de plus parmi nos dieux! Sans doute que mon fils a la même croyance ?
AQUILA
Non, ma mère.
JUHIA.
stblla, êouriant.
C'est que, dans ma science Étant mal assurée encor, je n'ose point, ma mère, presser Aquila sur ce point, Car ce n'est qu'en partant que j'ai senti moi-même Couler sur mes cheveux l'eau sainte du baptême. Son tour viendra sans doute, en ma roi je l'attends ; Et Dieu m'inspirera quand il en sera temps.
{Phcebé entre.) juhia.
Que nous veux-tu, Phcebé ?
PIOftlK.
Maîtresse, à notre porte D'hommes et de chevaux s'arrête une cohorte.
juhia, se levant.
Quelque noble Romain qui nous vient par hasard Saluer en passant.
aquila, qui a regardé.
Ma mère, c'est César!...
STELLA
Oh! je sors!
JUKI A.
Et pourquoi, Stella ? c'est presque un frère.
STELLA
Mais on le dit méchant ?
JUHIA.
Non.
STELLA
N'importe, ma mère.
Pour moi, je ne puis croire à cette cruauté.
AQUILA
Vous l'avez nourri, vous.
/ Il vient de ce côté.
JUHIA.
| Allez donc, mes enfants.
(Aquila et Stella eoHemt.)