SCÈNE VI
CALIGULA, JDNIA.
caligula, courant à la porte du fond où frappe Junia
et ouvrant cette porte lui-même.
Pourquoi n'ouvre-t-on pas? Pardonne-moi, nourrice, J'ai reconnu ta voix, que me veux-tu?
juiua.
Justice.
On m'a pris mon enfant, on m'a volé ta soeur, César!
CALIGULA
Et connais-tu l'infâme ravisseur ?
junia.
Non, mais je vfens à toi, le front couvert de poudre, A toi, le tout-puissant, à toi, qui tiens la foudre, A toi, mon fils, à toi, qui sais tout comme un dieu, Redemander ma fille à toute heure, en tout lieu ; Ton bras impérial peut librement s'étendre, Et chez les plus puissants aller me la reprendre. César, rends-moi Stella, ma fille, mon enfant, Et vraiment tu seras l'empereur triomphant, Qui d'une main frappant l'ennemi comme un homme, De l'autre comme un dieu sèche les pleurs de Rome.
CALIGULA
Mais sais-je où la trouver! ma mère?
JUIflA.
Écoute-moi.
Ne perdons pas de temps... viens... j'irai devant toi; L'instinct me guidera, noble fils d'Agrippine, Comme il guida Cérès poursuivant Proserpine ; Et comme elle allumant deux flambeaux tour à tour, Pour chercher ma Stella la nuit comme le jour, J'irai sans m'arréter, dans mes douleurs amères, Sur ma route, à grands cris, interrogeant les mères, Et suivant tous chemins qui me seront offerts , Dût celui qu'elle a pris me conduire aux enfers.
CALIGULA
Mais Aquila nous peut aider dans cette tâche.
JUIflA.
Ah ! qu'un amour de mère est égoïste et lâche ! Je ne t'avais pas dit... je l'avais oublié, Qu'ils l'ont comme un esclave, abattu, pris, lié , Conduit je ne sais où! Tu vois bien qu'il est juste A toi, César, à toi, le petit-fils d'Auguste, De punir sans retard deux crimes odieux
Qui se sont accomplis près de toi, sous tes yeux ; Et qu'il ne se peut pas que ta sœur outragée Ait rougi d'un affront et ne soit pas vengée.
CALIGULA
Enfin, accuses-tu quelque noble romain?
JUHIA.
Non, j'ai senti le fer et n'ai pas vu la main. Mais d'avance on connaît ceux-là que sans injure On devra soupçonner d'un rapt ou d'un parjure; Plus d'un, autour de toi, du fait est coutumier : * Ton oncle...
CALIGULA
Claudius?
JUNIA
Oui, lui tout le premier.
caligula, avec mépris.
Tu lui fais trop d'honneur lorsque tu le condamnes, Il faut à Claudius de basses courtisanes, Voilà tout.
JUIflA.
Cherea peut être soupçonné...
caligula, avec l'air du doute.
Le crime est bien pesant pour un efféminé Qui, couché sur àes fleurs, à Ténus boit sans trêve Dans une coupe d'or plus lourde que son glaive.
JUIflA.
Sabinus...
caligula, souriant.
Celui-là, nourrice, pour l'instant, S'occupe avec succès d'un soin plus important, Il conspire.
JUIflA.
Malheur !
CALIGULA
Et maintenant, écoule :
Le coupable est un noble, homme puissant sans doute, Qui peut, craignant de voir ses crimes avérés, Étendre jusqu'à toi ses coups désespérés.
JUIflA.
Soit!... il m'a fait la vie et non la mort amère.
CALIGULA
Mais moi, je dois veiller sur les jours de ma mère ; Tu ne sortiras plus; je veux, dès ce moment, Te loger au palais dans un appartement, Où, de peur que te suive une trame imprévue, Mes soldats les plus sûrs te garderont à vue. Quant à ma sœur, c'est moi qui la retrouverai.
jukia.
Oh ! je t'aimais, mon fils, mais je t'adorerai Comme un dieu; ne perds pas une journée, une heure.
CALIGULA
Si je perds un instant, ma mère, que je meure! César ne promet pas vainement : de ma main Ta fille te sera remise.
JUKI A.
Quand?
CALIGULA
Demain.
juiua.
mon fils ! mon César, mon empereur, mon maitre ,
CÀL1GULÀ.
Avec ce moi, demain, tu viens de me soumettre;
Où me faut-il aller? conduis-moi, me voilà;
Oh ! demain, m'as-tu dit ? demain !
caliocla.
jtmu, tressaillant au bruit du peuple, qui commence à s'amasser au pied du palais.
Qu'est cela?
CALIOULA.
Rient la réalité seulement suit le rêve.