‹ Œuvres, vol. 2Chapitre 983 sur 999 · ACTE IV, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL

Que le dernier instant de notre dernier jour, Stella, soit tout entier réservé pour l'amour.

(// la prend dans ses bras.)

stblla, se retirant.

Que dis-tu? que fais-tu?

AQU1LA.

Dans cette heure suprême , Si tu m'aimes...

8TELLA.

- Eh bien ! achève... si je t'aime...

AQDILA.

Et si jusqu'à ce jour pur et religieux Ton amour virginal fut béni par les dieux , Eh bien! que cet amour, bravant la mort jalouse, En cette heure se change en un amour d'épouse; Et, puisqu'il faut mourir, Stella, plus de regrets ! Plus rien que le bonheur et le néant après!... stblla, se dégageant de ses bras.

Malheureux ! celte nuit de lumière suivie, Que tu crois le néant, c'est la seconde vie, C'est le jour éternel qui n'a point de couchant , L'espérance du juste et l'effroi du méchant.

«AQDILA .

C'est le royaume obscur des déités funèbres.

STELLA

O pauvre âme aveuglée et pleine de ténèbres !... La tombe est la barrière où Dieu séparera De qui le méconnut celui qui l'adora.

aquila.

Eh bien ! puisque ton Dieu, par une loi barbare, Change en crime l'erreur, puisque ton Dieu sépare Ce que la terre en vain tenta de rapprocher, Que ton Dieu de mes bras vienne donc l'arracher!...

stella, inspirée.

Que plutôt pour toujours sa bonté nous rassemble, Et qu'au pied de son trône il nous emporte ensemble !

AQVILA.

Ensemble pour toujours au ciel, au sombre lieu, Partout où tu voudras, mais ensemble!...

STELLA

O mon Dieu, Vous le voyez, l'aveugle entr'ouvre la paupière, Et dans l'ombre perdu marchf à votre lumière.

aquila.

Mais ne m'as-tu pas dit...

STELLA

Qu'à l'heure du trépas.

Mon Dieu punissait ceux qui ne l'adoraient pas : Mais pour nous sa justice, égale et tutélaire, A des trésors d'amour ainsi que de colère, Et, toujours équitable, il fit l'éternité Comme de son courroux fille de sa bonté.

Mon Aquila, mon frère, écoute à l'instant même. Tu m'as, pauvre insensé, demandé si je t'aime; Eh bien ! dans ce moment terrible et solennel, Oui, je t'aime, Aquila, d'un amour éternel!

Éternel, car je veux que l'heure du supplice, Loin de nous séparer, pour toujours nous unisse. Oh! le Seigneur m'inspire et seconde mes vœux ! 11 me donne sa force ! écoute-moi : je veux |

Que mon Dieu soit le tien, ma croyance la tienne, ! Afin qn'au ciel encor ta Stella t'appartienne. >

AQUILA

Se peut-il?

STELLA

Qu'eût été ce bonheur d'un instant Près du bonheur sans fin qui là-haut nous attend? Qu'eût été cette ardeur éphémère et coupable Auprès de cet amour immense, inépuisable, Dont Dieu, pour remplacer l'autre amour qui n'est plus, Mit la source éternelle au cœur de ses élus?

AQDILA.

Mais je suis païen, moi.

STELLA

Qu'importe si ton âme Est prête à s'allumer à la céleste flamme, Qu'importe si tu veux te sauver aujourd'hui ?

AQDILA.

Mais, pour être sauvé, que faut-il?

STELLA

Croire en lui.

AQDILA.

Écoute : je ne sais si ce Dieu qui t'inspire

Jamais des autres dieux renversera l'empire ;

Si cette éternité promise à notre amour

Fut de tout temps, ou bien doit exister un jour,

Et, si de mon ardeur l'inextinguible flamme,

Quand mon cœur sera mort, doit revivre en mon âme ;

Mais je sais en échange, ô Stella , que je crois

A tout ce que tu dis avec la douce voix.

Que je veux sur nous deux que le même coup tombe,

Afin de partager l'avenir de ta tombe ;

Et que c'est ou ta nuit ou ton jour qu'il me faut,

Pour dormir ici-bas ou m'éveiller là-haut.

STELLA

Eh bien donc, puisqu'il plaît au Seigneur qui m'envoie De te conduire au ciel, ami, par ceUe voie, Et que la pauvre femme à qui son jour a lui, Néophyte d'hier, est apôtre aujourd'hui ; Puisque, pour enseigner sa sublime croyance, L'intention suffit où manque la science; Puisqu'il daigne abaisser son œil divin sur nous, Je vais t'interroger.

AQDILA.

Je t'écoute.

STELLA

A genoux.

Crois-tu que de mon Dieu la puissance féconde Ait, par sa volonté, du néant fait le monde?

AQDILA.

STELLA

Crois-tu que le Christ, Sauveur prédestiné, Conçu de l'Esprit saint, d'une Vierge soit né?

AQDILA.

Oui.

6TBLLA.

Crois-tu que, versé par sa mort volontaire, Sou sang ait racheté les crimes de la terre ; Et crois-lu que, pour nous étendu sur lacroix, 11 souffrit et mourut ! Le crois-tu ?

AQDILA.

Je le crois.

CALIGULA

C'est bien; fils exilé de la céleste enceinte, Je te baptise au nom de la Trinité sainte ; Fermé par l'ignorance et rouvert par la foi , Chrétien , le ciel t'attend...

( Voyant la porte s'ouvrir et Cé$ar qui paraît.) Martyr, relève-toit

Page 1