APELLE
César n'a qu'à vouloir, je suis prêt à voix haute A lui dire des vers d'Ennius ou de Plaute; Ou si César préfère, en sa tragique ardeur, La triste Melpomène à sa joyeuse sœur, Qu'il choisisse à son gré de Sophocle ou d'Eschyle.
CALIGULA
Par Castor ! quelque jour, de Pindare à Virgile,
Je jure de brûler tous ces plats écrivains,
Jusque dans leurs tombeaux, de leurs succès si vains.
Qu'ont-ils donc fait que d'eux le monde s'entretienne ,
Et qu'ils pensent leur gloire être égale à la mienne ?
Us parlaient, moi j'agis !«. Leur pouvoir avorté
N'eut que la fiction : j'ai la réalité!
Parfois aux spectateurs, par de feintes alarmes,
Ils ont péniblement fait verser quelques larmes :
Tandis que moi, d'un mot, je commande aux douleurs
De me faire couler ce que je veux de pleurs !
Leur talent à grand'peine emplissait un théâtre,
Tandis que sur mes pas une foule idolâtre
Se presse dans le Cirque immense, où pour acteurs
J'amène des lions et des gladiateurs !
Us ont d'un faux trépas effrayé le coupable;
Tandis que, quand j'ai soif d'un trépas véritable,
A mon festin, muette et le front menaçant,
Je fais asseoir la mort, convive obéissant,
Qui, lorsque arrive l'heure , impassible se lève
Pour verser le poison ou pour tirer le glaive!
Où vas-tu, Claudius?
CLAUDIUS
César, il m'a semblé Qu'en la chambre voisine on m'avait appelé.
CALIGULA
Eh non ! tu te trompais, personne ne t'appelle. Eh bien ! que fais-tu donc ? tu ne bois pas, Apelle ? Et cependant pour vin nous avons du nectar, Pouréchanson Hébé!
ME8SALME.
Tends ta coupe, César!
caltgula , à Apelle.
Écoute, de ton art, malgré ton habitude, Je veux te faire faire une nouvelle étude.
Que l'on m'aille chercher ces deux républicains Que l'on a pris hier, criant : Mort aux Tarquins !
(Un esclave sort.) Et demain, dans Médée ou dans Iphigénie Tu pourras sur la leur régler ton agonie.