‹ ŒuvresChapitre 19 sur 66 · CCXC. I · texte numérisé non relu

CCXC. I

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, comme vos ouvrages sont plus tentans que les «riens, il pourra bien quelque jour arriver à votre roajctté ce qui m*arrive. A mesure qu'on imprimait, chez

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l66 CORRESPOïfDAîrCE

Henning, les feuilles du Siècle de Louis JCIf^, on les envoyait à Francfbrt-<suivrOder. Non seulement on y débite le livre publiquement, mais l'ouvrage est plein de fautes absurdes. Je ne parle pas de la perte que j'essuie 5 mais le pauvre Francheville perd tout le prix de six mois de peine, et je suis déshonc^é par une fiiponnerie de libraire. Le» fins d'année da mesoat pas heureuses. Mais je vous ai consacré mar vie > et avec cela on n'est point à plaindre.

Votre majesté peut d'un mot non seulement faire arrêter le libraire à Francfort, faire saisie son. édition , et savoir d'où vient le vol, mais donner' ordre qu'on examine sur le chemin de Leipsick les voitures de Francfort qui contiendront des livres, et qu'on saisisse celui qui, portera le titre de Siècle de Louis XIV; car le Ubrairei de Francfort -sur -l'Oder envoie sans doute son vol àj Leipsick. i

Votre majesté sait mieux que moi ce qu'elle doit faire,' mais j'attends tout de sa justice et de set bontés. Je me jette à ses pieds, et entre les bras de sa pliilosophie. Mais je compte bien plus sur votre protection. \

Souffrez, sire, que je renouvelle à votre majesté, à la â<i d0; cette année, las. sentimens du profond, respect et à^ là .tieodi?e$fie qui m'attachent à elle.

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DE M. OE: VOLTAIRE

Ce merooedi matin , lySa.

Alij! moui ])ieut,.sir6^ que jp^ vous, demande pardon ! J'aimsvéerit.àivot^reniajesté oeitie nuit sur une affaii*e particulière; qiii n'en vaut pas la peine, et je ne savais pas

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AVEC LB IIOT IW PirOBifi. — lySa. iG'J

^ue pemjaiic ce te«p«-^là vouar perdira^Ml de B^o^émboiiffg. Quel Mu^e que k vie! et qiiri «otige #utie«te! Votre majesté perd uo homme dont elle éttài'fériVÊàilé^ ment aimée. J ose dire que je perds près de votre majesté le seul homme qui connût mon cœur et mes sentimens pour vous. Dieu veuille que Vaux reiîik»uviez des gens aussi sincèrement attachés !

Je ne sass- pat ce que devie^di^a na-mallMweuie vie , mais eUe sera too^CMirs à vousv et vont scveci oeiivaiiiçtt que je n étais pas iadigne de vo«, bofttés.

CGXGII.

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, votre majesté peut savoir que, de tout 1«$ l^^rançais qui sont à vo^e 'Cour, j^'étais le plus tendrement a^ taché à M. de Rothembourg» H m'avait prenais en dernier lieu qu'il me ferait l'honneur d'être mon exécuteuif tiB$* tamentaire , et je ne m'attendais pas qu'il dût périr. aVant moi. Je vous fis' demander il y a quelques jours detfl|0 laettre à vos pieds, et de mêler un moment ma douleui à la votre, et je.9ortis de mon Ht, où je suis jusque êou^ jours retenu , pour venir rai'informer dans votre antt^ eliambre de l'état de vo4are santé, craijpant que votre s^ûbiUté ne votM^ pendît malade.

Au reste, je demande pardon à votre majesfia de lui avoir éarit sur une autre af&û»e dans le temps où j*ign«)4 rais la mort dé M. de Rotbembotirg. Je suis biet^éloijpié de m'être €>eoiq>é de oeiiiebagatelle. Je ne le suis qaiedè la pertfe qiae vo«s* avez faite; et je peux encore ajouter que vcrtre msge^té doit s'sqMsrcevoir par mon genre ds vie , et qu'elle sei» toujours- oonvaihoue ^ p^ tbmes mes démarches , que je ^-suîêlidi uniquement que P^^*"" ^^'

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l68 CORRESPOND AFGB

U n'y a assurément que l'excès de tes bontés qui puisse me faire supporter de si longues maladies, privé de toute consolation,

DE Bl, DE VOLTAIRE.

?o jaayier.

Sire, quant à Pascal, je vous supplie de lire la page ay4 du second tome que j'ai eu l'honneur d'envoyer à votre majesté , et vous jugerez si sa cause est bonne.

Quant à madame de Bentinck, elle n'a point de cuisine, et j'en ai une ici et une à Paris.

Quant aux procès et aux tracasseries, je n'en ai qu'avec la maladie cruelle qui me mène au tombeau.

Je i^s dans la plus grande solitude et dans les plus grandes souffrances, et je conjure votre majesté de ne pas briser le frêle roseau que vous avez fait venir de si loin,

M. deBielfeld a fait restituer, il y a long-temp, les ei^mplaires que votre imprimeur avait donnés à un professeur de Francfort-surJ'Oder. J'étais affligé avec raison qu'un autre en eût avant votre majesté. Voilà tout le procès et toute la tracasserie.

Est-il possible que la calomnie ait pu aller jusqu'à m'accuser d'un mauvais procédé dans cette affaire? C'est ce que je ne puis comprendre : l'ouvrage est à moi comme Y histoire de Brandebourg est à votre majesté; permettezmoi l'insolence de la comparaison. Quel démêlé, quelle discussion puis*je avoir pour une chose qui m'appar^ tient, et qui est entre mes mains? Que deviendrai-je , rire , si une calonmie si peu vraisemblable est écoutée ? La frandiise , qui est le caractère de la capitale de France et le mien , mérite que vous daigniez m'instruire de ma

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AVEC LE ROI DE PRUSSE. — I75a. 169

faute, si j'en ai fait une; et, si je n'en ai pas commis , je demande justice à votre cœur.

Yous sayez qu'un mot de votre bouche est un coup mortel. Tout le monde, dit chez la reine mère que je suis dans votre disgrâce. Un tel état décourage etiiétrit Famé, et la crainte de déplaire ôte tous les moyens de {daire. Daignez me rassurer contre la défiance de moimême, et ayez du moins pitié d'un homme que vous avez promis de rendre heureux.

Vous avez dans le cœur les sentimens d'humanité que que vous mettez dans vos beaux ouvrages. Je réclame cette bonté , afin que je puisse paraître devant votre majesté avec confiance, dès que mes maux le permettront. Soyez sûr que , soit que je meure ou que je vive, vous serez convaincu que je n'étais pas indigne de vous , et qu'en me donnant à votre majesté , je n'avais cherché que votre personne.

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, je mets aux pieds de votre majesté un ouvrage que j'ai composé en partie dans votre maison , et je lui en présente les prémices long-temps avant qu'il soit publié. Votre majesté est Iwen persuadée que, dès que ma malheureuse santé me le permettra , je viendrai à Potsdam sous son bon plaisir.

Je suis bien loin d'être dans le cas d'un de vos bons mots, qi^on dous demande la permission d*être malade. Taspire à la seule permission de vous voir et de vous entendre. Vous savez que c'est ma seule consolation et le seul motif qui m'a fait renoncer à ma patrie, à mon roi , à mes charges , à ma famille , à des amis de quarante années; je ne me suis laissé de ressource que dans vos

^omesses sacrée», qui me soudennent contre la craiote de vous déplaire.

Gomme on a mandé k Paris que j était dans votre disgrâce y j'ose vous siq>plier très instamment de daigner me dire si je vottt ai déplu en qudque chose.^ Je peux feire (ks Êtutes^oa par ignoratace, ou par trop d'empressement^ mab mon CGsnr n'en ferajanKiis. Je via dans la plus profonde retraite, donnaiit à l'étvde le. temps que des maladies cruelles peuvent me laisser. Ma famille et mes aims ne se rassurent contre les prcdiodons qu'ils m'ont faites que par les assurances respectablea .que vous teur avec données '. Je n'écris (p'à ma nièce^ Je ne lui parle (pie cb vos bontés,'de mon adnnration pour votre génie, du bonheur de vivre au{»*ès: de voas* Si je lui envoie quelques vers où mes sentiment pour vous sont exprimés, je lui recommande même de n'en jamais tirer de copie , et elle est d une fii^lité exacte*

n est bien cruel que tout ce qu'on a mandé à Paris la détourne de venir s'établir ici avec moi, et dy recueillir mes derniers soupirs. Encore une fois, sire, daignez mf avertir s'il y a quelque chose à repvendre dans ma conduite. Je mettrai cette bonté au rang de vos plus grandes foveurs. Je la mérite , m'étant donné à vous sans réserve. Le bonheur de me sentir moins indigne de vous me fera soutenir patienmient les maux dont je suis accablé.

DE M. DE VPLTAIRE.

Dimanche, 10.

Sûre, j'espérais venir mettre hier à vos pieds ce peti^ tribut, heureux s'il.pouvait être dans4a bibliothèque de votre majest», au dessous de \ Histoire de Mrcmdebourg y

* Voy«z le Commentaire kistorique.

AVEC LE nCH DE PftUaSS. — l?^^». I7 I

coBirae l6>seiinteiir au deifoua dumattie* Mon tmut état ne m a pas pemû» de remplii! mei dédurs.. Je me flatte encore que imsareài ou, jeudi je pamn^ad jouir de ce bonheur, et reprendre un reatei de vie par vo« bontés. Celui qui a. dit si heureusement et d*une maniera si toudiante: quUétatù roi mtèm et citoyen humain^ celui (pu a daigné rassumar ma femiUe eoqtre ses ^ craintes, se souviendra que. depuis, seize ans je kd suis attaché. Comment , sire., après ce temps ne me serais-je pas donné entièrement à vous, quand je joins à letonnement où.TOfr talens me jettent, le bonheur de trou- Ter mes seniiaiens , mes goùu , justifiés par les totres^la même horreur des. préjugés, la même ardeur pour rétade, la même impatience dis finir ce qui est eoBuneneé, ayec la patience de le polir et de le retoucher? YcHis m'encourages, au bout de ma carrière ; et à pèsent que vous êtes, perfectionné dans la connaissance et dans l'usage de toutes lea finesses dé notre langue , en vers et en prose., à présent que je ne vous suis plus d'aucun secours pour les bagatelles grammaticales ^ vous me souffrirex par bonté ,. par généirosité , par cette cour stanceattachéeàvos:vertuk. Yous n'ignorez pas que mon ccenr est £Eâtpour être sensible avec persévérance, que yaiyécu vingt.ans av«c la m^ne personne , que mes amis sont des. amis de plus de quarante années , que je n'en ai perdu qjie par la mort., et que ma passion pour vous vous SLhii le maître db maidestinée.

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DE M. DE VOLTAIRE

Sire , vous avez perdu plus que vous ne pensez ; mais votre majesté ne pouvait deviner que dans un gros livre

17a CORRESPOND AJTCE

plein d'un fatras diëologique , et où Tabbé de Prades est toujours misérablement obligé de soutenir ce qu'il ne croit pas , il se trouvât un morceau d'éloquence digne de Pascal , de Cicéron et de tous <.

lisez, je tous en supplie, sire, seulement depuis io3 îusqua io5, à l'endroit marqué, et jugez si on à dit jamais rien de plus fort , et si le temps n'est pas venu de porter les derniers coups à la superstition. Ce morceau m'a paru d'abord être de d^Alembert ou de Diderot, mais il est de l'abbé Yvon, Jugez si j'avais tort de vouloir travailler avec lui à l'encyclopédie de la raison.

Comparez ces deux pages avec la misérable phrase d'écolier de rhétorique, par où commence le Tombeau de la Sorbonne, Un vaisseau de la Sorbonney sans voiles et sans timon y donnant contre des écueils et fracassé sans ressource. Cela ressemble au fameux plaidoyer fait contre ]es p de Paris. Elles allèrent dans la rue Brise- Miche chercher un abri contre les tempêtes élevées sur leurs têtes dans la rue Chapon. Vous sentez combien il est ridicule d'appliquer à la Sorbonne ce que Cicéron disait des secousses de la république romaine.

Il y a des choses que je fais , il y a des choses sur lesquelles je donne conseil , d'autres où j'insère quelques pages , d'autres que je ne fais point. Mais ce qui m'appartient uniquement, c'est mon érysipèle, mon amour pour la vérité, mon admiration pour votre génie, et mon attachement à la personne de votre majesté.

* Il est question de TApologie de l'abbé de Prades, pag^e io3 a* partie. Amsterdam, 175a. {Ed, de Kehl.)

AVEC LE ROI I>E PRUSSE. — iT^î- J ^3

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, je mets à vos pîeds Abraham et un catalogue. Le père des croyaus n'est qu'ébauché, parce que je suis sans livres. Mais si votre majesté jette les yeux sur cet article dans Bayle, elle verra que cette ébauche est plus pleine , plus curieuse et plus courte. Ce livrç , honoré de quelques articles de votre main , ferait du bien au monde. Ghérisac coulerait à fond les saints Pères.

Il y a une grande apparence que j'ai fait une grosse sotdse en envoyant à votre majesté un mémoire détaillé. Mais, sire, j'ai parlé en philosophe qui ne craint point de faire des fautes devant un roi philosophe, auquel il est assurément attaché avec tendresse. Je peux très bien me corriger de mes sottises, mâùs non en r<Migir.

J'aurai encore la hardiesse de dire que je ne conçois pas comment on peut habiller tous les ans cent cinquante mille hommes, nourrir tous les officias de ses gardes, b&tir des forteresses ^ des villes, des villages, étaldir des manufactura, avoir trois spectacles, donner tant de pensions, etc. etc.

n ma paru qu'il y aurait une prodigieuse indiscrétion à mm de proposer de nouvelles dépenses à votre majesté pour mes fantaims, quand ^e me donne 5,ooo écus par an pour ne rien faire.

De plus, je ne connais que le style des pers<Kanes que j'ai voulu attirer ici pour travailler, et point leur caractère. Il se pourrait qu'étant employées par votre majesté, pour un ouvrage qui ne laisse pas il'être délicat et qui demande le secret, elles fissent les difficiles, s'en allassent et TOUS comjMronnssent. En me. chargeant de tout,. sous

1 7 4 GORRESPOmOANCE

VOS ordres, votre majesté n'était compromise en rien.

Voilà mes raisons ; si elles ne vous plaisent pas , si votre majesté ne se soucie pas de l'ouvrage proposé, me voilà résigné avec la même soumission que je travaillais avec ardeur.

Si votre majesté a des ordres à donner, ils seront exécutés.

Pourvu que je me consde de mes maux par l'étude et par vos bontés, je vivrai et mourrai content*

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DE M. DE VOLTAIRE

A Pottdam , 5 «eptembre.

Sire, votre pédant en points et en wgiAes;, et votie disciple en pfailôsoplne et en morale, a profité de vos leçons , et met à vos pieds la B^ligion naturelle j foiseule digne d'un être pensant. Vous trouverez l'ouvre^ plus fort et plus selon vos vues. J'ai suivi vos consetk : il en feut à quiconque écrit. Heureux qui peut tai ai^oir de tels que les vôtres ! Si vos bataillons et vos escfcidrons vous laissent quelque k>isir, je «upplie votre majesté de daigner lire avec attention cet ouvrage, qui est en partie l'exposition de vos idées , et eh partie œlle-das exemples que vous donnez au monde. Il serait à souhaiter que ces opinions se rép»idissent de plus en plus sur la tane. Mais combien d'hommes ne méritent pas d'être édairés!

Je joins à ee paquet ce qu'on vient dlmprimer en Hollande. Votre majesté sera peut-être bien aiae de rdire l'éloge de LaMettrie. Cet éloge est plus pMDosophiqiie que tout ce que ce fou de philosophe avak jamais écxit. Les grâces et la légèreté du style de cet éloge y parcait continuellement la raison. Il n'en est pas de niâme de

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la pesante lettre de Haller, qui a la sottise de prendre sérieusement une plaisanterie. La réponse grave de Manpertuis n'était pas ce qu'il fallait. (Tétait bien le cas d uniter Swift , qui persuadait à l'astrologue Partridge qall était mort Persuader un yievoi médecin qu il avait bat des leçons au b...» eàt été une plaisanterie à faire OKHirir de rire.

Nous attendrons tranquillement vc^e majesté à Potsdam. Qu irais-je faire à Berlin ? Ce n'est pas pour Serlin que je suis venu , quoique ce soit une fort belle ville; c'est uniquement pour vous. Je souflre mes ma«K aussi gsument que je peux. D'Argens s'amuse et engraisse. Arius de Prades est un très aimable hérésiarque. Nous vivons ens^nUe en louant Dieu et votre majesté, et en sifflanC la Sorboo^e. Nous avons de beaux prejeu pour ït^ttûcemeM de la raison humaine. Mais un pliu beau projet y o'esC Gitsimfe Fam. H n'y a pas moyen d'y penser m Siléde ; mms je me flatte qu'à Potsdam vous ne r^isr tercK pas à la graiee efficace qui vous a inspil'é ce bon mouvement* Ce sujet est admir^sd^ , e$, digne de votre génie unique et universel. Je me mets à vos pieds.

DE M. DE VOLTAIRE

A Berlin, an BeKéclère^ 12 .mars 1753.

Sire , j'ai reçu une lettre de Kœnig , toot ouverte % mxm oamr ne l'est pas moins. Je crois de mon devoir d'envoyer à votre majesté le diiplicata de ma repense K J'ai tant de eonfianoe en ses bontés et en «a justice, que je ne lui cache aucune de mes démarciies. Je vous soumettrai ma conduite, toute ma vie , en qudque lien que je Fachève.

■ Voyez la Cotreêpmtianee génèmle , k oe^ date.

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Je suis ami de Kœnig , il est yrai ; mais assurément je suis plus attaché à votre majesté qu'à lui , et s'il était capable de manquer le moins du monde à ce qu'il vous doit, je romprais pour jamais avec lui.

Soyez convaincu , sire, que je mets mon devoir et ma gloire à vous être attaché jusqu'au dernier moment. Ces sentimens sont aussi ineffaçables que mon affliction qui chaque jour augmente.

Je me jette à vos pieds et j'attends les ordres de votre majesté.

CGC.

DE M. DE VOLTAIRE

Sire, ce que j'ai vu dans les gazettes est-il croyable? On abuse du nom de votre majesté pour empoisonner les derniers jours d'une vie que je vous ai consacrée. Quoi ! on m'accuse d'avoir avancé que Koenig écrivait contre vos ouvrages! Ah!. sire, il en est aussi incapable que moi. Votre majesté sait ce que je lui en ai écrit. Je vous ai toujours dit la vérité, et je vous la dirai jusqu'au dénier moment de ma vie. Je suis au désespoir de n'être point allé à Bareith ; une partie de ma famille , qui va m'attendre aux eaux , me force d'aller chercher une guérison que vos bontés seules pourraient me donner. Je vous serai toujours tendrement dévoué, quelque chose que vous fassiez. Je ne vous ai jamais manqué, je ne vous manqu^ai jamais. Je reviendrai à vos pieds au mois d'octobre ; et si la malheureuse aventure de La Beaumelle n'est pas vme; si Maupertùis en effet n'a pts trahi le secret de vos soupers, et ne m'a point calomnié pour exciter La Beaumelle contre moi; s'il n'a pas été par sa haine l'auteur de mes malheurs, j'avouerai que j'ai été trompé, et je lui demanderai pardon devant votre ma-

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jesté et devant le public. Je m'en ferai une vraie gloire. Mais si la lettre de La Beaumelle est vraie , si les faits sont constatés, si je n'ai pris d ailleurs le parti de Kœnig qu'avec toute l'Europe littéraire, voyez, sire, ce que les philosophes Marc-Âurèle et Julien auraient fait en pareil cas. Nous sommes tous vos serviteurs , et vous auriez pu d'un mot tout concilier. Vous êtes fait pour être notre juge, et non notre adversaire. Votre plume respectable eût été dignement employée à nous ordonner de tout oublier ; mon cœur vous répond que j'aurais obéi. Sire , ce cœur est encore à vous ; vous savez que l'enthousiasme m'avait amené à vos pieds, il m'y ramènera. Quand j'ai conjuré votre majesté de ne plus m'attacher à elle par des pensions, elle sait bien que c'était uniquement préférer votre personne à vos bienfaits. Vous m'avez ordonné de les recevoir, ces bienfaits, mais jamais je ne vous serai attaché que pour vous-même ; et je vous jure encore entre les mains de son altesse royale madame la margrave de Bareith, par qui je prends la liberté de faire passer ma lettre, que je fous garderai jusqu'au tombeau les sentimens qui m'amenèrent à vds pieds lorsque je quittai pour vous tout ce que j'avais de plus cher, et que vous daignâtes me jurer une amitié éternelle.

ceci.

DE M. DE VOLTAIRE

Sire , j'avais écrit ce matin une lettre à l'abbé de Prades, pour être montrée à votre majesté; depuis ce temps il a eu un exemplaire de l'édition de La Beaumelle, dont vous l'aviez chargé de vous rendre compte. Je lui ai redemandé aussitôt ma lettre, comptant alors prendre la liberté d'écrire moi-même à votre majesté»

CO&BBSP. ATEC LES SOUVERâIUS. T. II. 12

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178 CORRESPOîfDANCE

Mai» me trouvant très mal, et ne pouvant écrire une lettre de détail dans ce moment, je supplie votre majesté de permettre que je lui envoie la lettre , ou plutôt le mémoire de ce matin. Je la conjure de laisser périr un mauvais ouvrage qui tombera de lui-même, et d avoir pitié^ de letat affreux où elle m'a réduit.

BILLET DU ROI DE PRUSSE

Votre effronterie m'étonne; après ce que vous venez de faire , et qui est clair comme le jour, vous persistez au lieu de vous avouer coupable ; ne vous imaginez pas que vous ferez croire que le noir est blanc : quand on ne voit pas, c'est qu'on ne veut pas tout voir; mais si vous poussez l'affaire à bout, je ferai tout imprimer, et l'on verra que si vos ouvrages méritent qu'on vous ' érige des statues, votre conduite vous mériterait des cliaînes. (L. S.)

L'éditeur est interrogé , il a tout déclaré.

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