‹ ŒuvresChapitre 22 sur 66 · CCCXVI · texte numérisé non relu

CCCXVI

A Breslaa , le a mars.

Votre lettre contient une contradiction dans les termes et dans les choses. Vous marquez que votre imagination s'éteint, et en même temps vous en remplissez toute votre lettre. Il fallait être plus sur ses gardes en m'écrivant , et supprimer ce beau feu qui vous anime encore à soixante -cinq ans. Je crains bien que vous ne soyez dans le cas de la plupart des hommes qui s'occupent de l'avenir et oublient le passé.

Et comme à Pîntérét Famé humaine est liée, La vertu qui n'est plus est bientôt oubliée.

Mes vers ne sont point faits pour le public. Je n'ai fti assez d'imagination , ni ne possède assez bien la langue pour faire de bons vers , et les médiocres sont détestables. Ils sont soufferts entre amis, et voilà tout. Je vous en envoie de genres différens, mais qui. ont le même goût de terroir, et qui se ressentent du temps où ils ont été faits. Et comme vous êtes à présent riche et puissant seigneur, ne craignant point de vous faire payer cher le port de mes balivernes , je vous envoie en même temps toutes sortes de misères ^ue je me suis amuse à faire par intervalles.

J*en viens à l'article qui semble vous toucher le plus , et je vous donne toute assurance de ne plus songer au

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passé , et de vous satisfaire ; mais laissez auparavant mourir en paix un homme que vous ayez cruellement persécuté ', et qui, selon toutes les apparences , n a plus que peu de jours à vivre.

Pour ce que je. vous ai demandé , je vous avoue que je Faî toujours très fort dans l'esprit ; soit prose , soit vers , tout m'est égal. Il faut un monument pour éterniser cette vertu si pure , si rare , et qui n'a pas été assez généralement connue. Si j'étais persuadé de bien écrire , je n'en chargerais personne ; mais comme vous êtes certainement le premier de notre siècle, je ne p«iis m'adresser qu'à vous.

Pour moi, je suis sur le point de recommencer ma maudite vie errante. Souvent il m'arrive de recevoir des lettres de Berlin vieilles de six mois : ainsi je ne fais pas éfât de recevoir sitôt votre réponse. Mais j'espère que vous n'oublierez point un ouvrage qui sera de votre part un acte de reconnaissance.

Adieu. Fédbric.

A Breslan , le xa mars.

11 faut avouer que vos mois ne ressemblent pas aux senudnes du prophète Daniel : ses semaines sont des siècles, et vos mois des jours.

J'ai reçu cette ode qui vous a si peu coûté j qui est très belle , et qui certainement ne vous fera pas déshonneur. C'est le premier moment de consolation que j'ai eu depuis cinq mois. Je vous prie de la faire imprimer, et de la répandre âans les quatre parties du monde.

* MaupertniSy présideiit de rAcadémîp de Berlin. {É, de K.)

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igÇ CORRESPONDANCE

Je ne tarderai pas long-tempf à vous en témoigner ma reconnaissance.

Je vous envoie une yieille ^pître que j'ai faite il y a un an ; et comme il y est parlé de vous , c'est à vous à vous défendre si vous croyez qu'on le puisse. Ce sont de mauvais vers , mais je suis persuadé que ce sont des vérités qu'ils disent. Je pense au moins ainsi. Plus on vieillit, et plus on se persuade que sa sacrée majesté le Hasard fait les tro|| quarts de la besogne de ce misérable univers y et que ceux qui pensent être les plus sages sont les plus^fous de l'espèce à deux jambes et sans plumes, dont nous avons l'honneur d'être.

On peut en conscience me pardonner et des solécismes et de mauvais vers, dans le tumulte et parmi les soins et les embarras dont je suis sans cesse environné.

Vous voulez savoir ce que Néaulme imprime j vous me le demandez à moi qui ne sais pas si Néaulme est encore au monde, qui n'ai pas mis depuis près de trois ans le pied à Berlin, qui ne sais que des nouvelles de Fermer, deDaun, de Soubise, de Lautrihaussen, et d'une espèce d'hommes dont vous vous souciez très peu , et dont je serais bien aise de ne pas être obligé de m'informer.

Adieu; vivez heureux, et maintenez la paix dans votre seigneurie suisse j car la guerre de la plume et de l'épée n'ont que rarement d'heureux succès. Je ne sais quel sera mon sort cette année; en cas de malheurj je me recommande à vos prières, et je vous demande une messe pour tirer mon ame du purgatoire, s'il y en a un dans l'autre monde qui soit pire que la vie que je mène en celui-ci. Fedbric.

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AVEC LE JROI »E I^USSE. — itSq. fCyC^

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