TOVOUBS SUR LA PAIX
Frîdberg , 10 mars.
Peuple channant, aimables fons, Qui parlez de la paix sans songer à la faire ,
A la fin donc résolyez-TOus :
Ayeo la Prusse et TAngleterre ,
Youlez-Tous la paix ou la guerre ?
Si Neptune sur mer tous a porté des coups. L'esprit plein dcpvengeance et le cceur en courroux , Vous formez le projet de subjuguer la terre;
Votre bras s'arme du tonnerre.
Hélas! tout, je le vois, est à craindre pour nous :
Votre milice est inyincible, De Tos béros fameux le dieu Mars est jaloux ,
La fougue française est terrible; Et je erois déjà Toir, ear la chose est plausible , Vos ennemis vaincus tremblapt à vos genoux. Mais je crains beaucoup plus votre rare prudence.
Qui par un fortuné destin A du sou0ie d'Éole, utile à la finance. Abondamment enflé les outres de Bertin.
Vous parlez à votre aise de cette cruelle guerre. Sans doute les contributions que votre seigneurie de Ferney donne à la France nourrissent la constance des ministres à la prolonger. Refusez vos subsides au Très-Chrétien , et la paix s'ensuivra. Quant aux propositions de paix dont vous parlez, je les trouve si extravagantes que je les assigne auxhabitans des Petites-Maisons, qui seront dignes d'y répondre. Que dirai -je de vos ministres ?
Ou ces géans sont fous , ou ces géaus sont dieux.
Googk
a^O GORHESPONDAirCE
Ils peuvent s'attendre de ma part que je me défendrai en désespéré : le hasard décidera du reste. *
De cette affireuse tragédie Vous jugez en repos parmi les spectateurs , Et sifflez en S|cret la pièce et les acteurs ; Mais de vos beaux esprits la cervelle étourdie
En a joué la parodie.
Vous imitez les rois, car vos fameux auteurs De se persécuter ont tous la maladie.
Nos funestes débats font répandre des pleurs,
Quand vos poétiques fureurs Au public né moqueur donnent la comédie.
Si Minerve de nos exploits Et des vôtres un jour fesait im juste choix, Elle préférerait, et j*ose le prédire, Aux fous qui font pleurer les peuples et les rois ,
Les insensés qui les font rire.
Je vous ferai payer jusqu'au dernier sou, pour que Louis du Moulin ait de quoi me faire la guerre. Ajoutez dixième au vingtième, mettez des capitations nouvelles, créez des charges pour avoir de l'argent : faites , en un mot , ce que vous voudrez. Nonobstant tous vos efforts, vous n'aurez la paix signée de mes mains qu a des conditions honorables à ma nation. Vos gens bouffis de vanité et de sottises peuvent compter sur ces paroles sacramentales :
Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.
Adieu , vivez heureux; et tandis que vous faites tous vos efforts pour détruire la Prusse , pensez que personne ne la jamais moins mérité que moi, ni de vous, ni de vos Français.
Googk
DU ROI DE iPRUSSE.
Fridb«rg) 3aTriL
Quelle rage vous anime encore contre Maupertuis ? Vous raccusez de m avcrir trahi. Sachez qu'il ma fait remettre ses yers bien cachetés après sa mort, et qu'il était incapable de me manquer par une pareille indiscrétion.
Laissez en paix la firoide cendre Et les mânes de Maupertuis ; La Vérité va le défendre; Elle s*arme déjà pour lui.
Son ame était noble et fidèle ; Qu'elle TOUS serve de modèle.
Maupertuis sut vous pardonner Ce noir écrit, ce yil libelle Que TOtre foreur criminelle Prit soin chez moi de ^prifibnner.
Voyez quelle est votre manie : Quoi ! ce beau , quoi ! ce grand génie, Que j'admirais avec transport, Se souille par la calomnie, Même il s'acharne sur un mort !
Ainsi jetant des cris de joie.
Planant en l'air, de vils corbeaux S'assemblent autour des tombeaux, Et des cadavres font leur proie.
Non:, dans ces coupables excès Je ne reconnais plus les traits De l'auteur de la Menriade :
Ces vertus dont il fait parade, Toutes je les lui supposais.
Hélas I si yotre ame est sensible»
Rougissez-en pour votre honneur, Et gémissez de la noirceur De votre cœur incorrigible.
Vous en revenez encore à la paix. Mais quelles con- <fitions! Certainement les gens qui la proposent n*6nt
OORBBSP. ATSC LBS SOUVBKAIIf S. T. II. 1 6
Îl42i CORRESPONDANCE
pa-i envie de la faire. Quelle dialectique que la leur! céder le pays de Clèves , parce qu'il est habité par des bétes ! Que diraient ces ministres , si on demandait la Champagne , parce que le proverbe dit : Nonante-neuf moutons et un Champenois font cent bêtes? Ah ! laissons tous ces projets ridicules. A moins que le ministère français ne soit possédé de dix légions de démons autrichiens , il faut qu'il fasse la paix. Vous m'avez mis en colère ; votre repentir obtiendra votre pardon. En atten^ dant je vous abandonne à vos remords et aux furies vengeresses qui poursuivent les calomniateurs , jusqu'à cç .-que. cette religion naturelle , que vous dites innée , vçnouvelle les traces qu'elle avait autrefois imprimées dans ^tre ame. Fale,