DIL
bu ROI DE PRUSSE.
A Pottdam , le 8 AyriL
Tai lu avec plaisir les lettres curieuses que vous avez bien voulu m'envoyer. J'ai beaucoup ri de l'anecdoit sur Alexandre rapportée par Oléarius. L*abbé Pauw est tout vaiti de ce que ces lettres lui sont adressées ; il croit n'avoir aucilne dispute avec vous, pour le fond des choses ; il croit qu'il ne diffère de vos opinions sur les Chinois que de quelques nuances; il croit que l'empire de la Chine remonte à la plus haute antiquité, qu'on y connaît les principes de la morale, que les lois y sont équitables : mais il est aussi très persuadé qu'avec ces lois et cette morale les hommes sont les mêmes à Pékin qu'à Paris, à Londres et à Naplèà.
Ce qui le révolte le plus contre cette natidn , c'est l'usage barbare d'exposer les enfans, c'est la friponnerie invétérée daris ce peuple, ce sont les supplices plus atroces que ceux dont on ne se sert encore que trop en Europe.
Je lui dis : Mais ne voye^vous pas que le patriarche de Ferney suit l'exemple de Tacite? Ce Romain, pour animei' ses compatriotes à la vertu , leur proposait pour modèle de candeur et de frugaUté nos anciens Germains qui certainement ne méritaient alors d'être imités de personne. De même M. de Voltaire Se tUe de dire à ses Welches : Apprenez des Chinois à récompenser les actions vertueuses; encouragez coAime eux l'agriculture, et vous verrez vos landes de Bordeaux et votre Cham-
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SyA CORRESPONDANCE
pagne pouilleuse Céconxléet par vo& tra.Taux, produire d'abondantes moissons : £aites de Tos^eneyclopédistes des mandarins, et vous serez bien gouvernés. Si les lois sont uniformes et les mêmes daps tout le vaste empire de la Chine, ô Welches! n'étes-vous pas honteux de ce que dans Votre petit royaume vos lois changent à chaque poste, et qu on ne sait jamais par quelle coutume on est jugé?
L'abbé me répond que vous £»itQs fort bien; mais il prétend que la Chine n*est ni si heureMS« lû ni sage que vous le soutenez, et qu'elle est rongée p^ des abni plus intolérables que ceux dont on se plaiiit dans 9011e Occident.
n me semble donc que votre dispute^ se réduit à ceci : Est-il permis d'employer des mensonges offid/eux pour parvenir à de bonnes fins? On pourra soutenir le pcixir et le contre, et sur cette question les avis ne se réuniront jamais.
Pour moi, pauvre Achille, si tant y a, je ne suis invulnérable ni aux talons, ni aux g^ioux, ni aux mains. La goutte s*est promenée successivement dans tout mon corps, et m*a donné une bonne leçon de paUence. Il n'y a que ma tête qui est demeurée hors d'atteinte. A présent j'ai fait divorce avec cette harpie, et j'espère au moins d'en être délivré pour un temps. U fau^ bien que notre frêle machine soit détruite par le temps qui absorbe tout. Mes fondemens sont déjà sapés; je défends encore la citadelle, et j'abandonne Içs ouvrages exté^ rieurs à la force majeure qui bieutôt m'^cb^v^ra par quelque assaut bien préparé.
Mais tout cela ne membarrjisse gvère, poprvu que j'apprenne que le Protée de Ferpey a eu quelijpes suocès contre Vinf,.,, qu'il éclaire encore la littérature, larair
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son, les finances, etc. «ic; Gela me suffit, et f espère qu'il noubliera {mis Tex-jesuite de Sams^Souci. Fiade.
FsDiRic.
Je reçois une lettre de ma nièce, de Holknde, qui me marque qu'un mandarin chinois étant arrivé à La^ Haye, elle avait eu la curiosité de le voir et de lui parler par k moyen d*un interprète; qu'il passait pour être fort igBGdrant et pour avoir peu d'esprit. L'abbé Pauw triomphe de cette nouvelle. Je lui ù répondu qu'une hirondelle ne fait pas le print^nps, et qu'il £aut nécessairement, selon les lois étemelles de la nature, que sur une population de cent soixante millions d'ame», dont vous gratifiez la Chine , il y ait au moins quatre-vingtdix millions de bétes et d'imbéciles , et que la mauvaise étoile de la Chine a voulu que précisément un être de cette espèce eût fait le voyage de Hollande. Si je ne l'ai pas assez réfuté, je vous abandonne le reste.