‹ ŒuvresChapitre 47 sur 66 · DIII · texte numérisé non relu

DIII

A Potedam , le ao avril.

L'abbé Pauw, qui marque une foi sincère pour toutes les relations des jésuites de la Chine, est sur de la mort de l'empi^eur Kien-long, parce qu'ils l'ont annoncée. Pour moi, en qualité de rigide pyrrhonîen, je crois qu'il n'est ni mort ni vivant. La curiosité s'affaiblit avec Tâge; l'on se resserre dans une sphère plus bornée. Walpole disait : J'abandonne TEurope à mon frère, et ne me réserve que l'Angleterre. Moi, je me contente de ce qui s'est fait , de ce qui se fait , et de ce qui pourra amver ^lans notre Europe.

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576 CORRESPONDAWCE

Louis XYI attire bien autrement ma curiosité que Tempereur Kien-long. Tai lu un plaoet, ou plutôt un remerciement du pays de Gex , adressé à ce monarque ; et dans rintérieur de mon anie, j'ai béni le bieii que ce souverain a fait, ainsi que ceux qui lui ont donné d'aussi bons conseils. Le parlement aurait dû applaudir aux édits de son souverain , au lieu de lui faire des remontrances ridicules. Mais le parlement est composé d'hommes , et la fragilité des yertus humaines se cache moin« dans les délibérations des grands corps que dans les résolutions prises entre peu de personnes.

Si notre espèce n'abusait pas de tout généralemeiit, il n'y aurait point de m^eure institution que celle d'une compagnie qui eût droit de faire des représentations aux souverains sur les injustices qu'ils seraient au moment de commettre. Nous voyons en France combieii peu cette compagnie pense au bien du royaume. M. Turgot a même trouvé dans les papiers de ses prédécesseurs les sommes qu'il en a coûté à Louis XV pour corrompre les conseillers de son parlement, afin de leur faire enregistrer, sans opposition , je ne sais quels édits.

Gomme vos Français sont possédés de la manie anglicane , ils ont imité , en se laissant corrompre , ce qu'il y a de plus blâmable en Angleterre. Les républicains prétendent avoir le droit de vendre leurs voix : mais des juges ! mais des gens de justice ! mais ceux ffâi se disent les tuteurs des rois !. . .

Pour nous autres Obotrites , nous sommes^ en comparaison de l'Europe ce qu'est une fourmilière pour le parc de Versailles. Nous accommodons nos petites demeures , nous nous pourvoyons de vivres pour l'hiver , 210US travaillons et végétons dans le silence. Ma voisine la fourmi (le bon milord Maréchal dont vous me

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demandez des nouvelles) a présentement quatre-vingt-six ans passés : îMit l'ouvrage du père Sanchez, Dematri" momo , pour s*amuser ; et il se plaint que ce liVre réveille en lui des idées qui le tracassent quelquefois. Comme il a quatre années- de plus que le protecteur des capu- ' oins de Femey , je me flatte que ce damier pourrait bien ' encore nous donner de sa progéniture , pour peu qu'il le voulût.

\ L'ex*jésuite de Sans-Souci est toujours occupé à recouvrer ses forces, qui ne reviennent que lentement. Il a reçu des remarques sur la Bible, un ouvrage de morale et un autre sur les lois : il soupçonné d'où ce présent peut lui venir. Ce ne sera qu'après la lecture de ces livres qu'il pourra Juger s'il a bien rencontré , ou s'il a mal: deviné; et les remerdemens s'ensuivront, comme déraison.

J'implore tous mes saints, Ignace, Xavi^, Lainez, etc. etc. , pour qu'ilè protègent le protecteur des capucins.à Ferney , que leurs saintes prières prolongent ses jours, afin qu'il consomme le bel ouvrage qu'il a entrepris dans le pays de Gex, qu'il éclaire long-temps encore la France et l'univers, et qu'il n'oublie point l'ex-jésuite de Sans-Souci. Vale, Fédérig.

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