DXXV
A Potftdam, le 17 décembre.
Il est agréable d'avoir le monument de toutes les pensées des hommes qu'on a pu recueillir : pour les ouvrages d'imagination, je prévois qu'il faudra s'en tenir à Homère, Virgile, Le Tasse, Voltaire et Ârioste. Il semble qu'en tout pays les cervelles se dessèchent et ne produisent plus ni fleurs ni fruits. Pour les ouvrages historiques, il faudrait, pour les rendre utiles, les purger si Ion pouvait de l'esprit de parti, des fausses anecdotes et des mensonges. Quant aux métaphysiciens, on n'apprend chez eux que l'incompréhensibilité de nombre d'objets que 'la nature a mis hors de la portée de notre esprit; et quant à tout le fatras théologique d'auteurs hypocondriaques et fanatiques , il ne mérite pas qu'on perde son temps à Ure les chimères ineptes qui leur ont
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pass^ par le cerveau ; je ne dis rien de messieurs les géomètres qui carrent éternellement des courbes inutiles : je les laisse avec leurs points sans étendue et leurs lignes sans profondeur , ainsi que messieurs les médecins qui s érigent en arbitres de notre vie, et qui ne sont que les témoins de nos maux. Que vous dirai-je des chimistes qui, au lieu de créer de For, le dissipent en fumée par leurs opérations?
Il ne reste donc pour notre utilité et pour notre consolation que les belles lettres quon a nommées à juste titre les lettres humaines; et c*est à elles que je m*en tiens. Le reste peut être utile dans une capitale où des amateurs mal partagés des dons de la fortune ne peuvent pas vérifier des citations qu'ils ont trouvées en d'autres livres , et dont ils trouvent là les originaux : et voilà à quoi cette bibliothèque est destinée. Mais les œuvres de Voltaire y occupent la place la plus brillante; la belle édition in-4^ y est étalée dans toute sa pompe.
Vous me proposez un monsieur DeUsle pour bibUothécaire : mais je dois vous apprendre que nous en avons déjà trois ; et que , selon Vaxiome des nominaux . il ne faut pas multipUer les êtres sans nécessité. Je crois qu'il faudra nous en tenir au nombre que nous en avons.
Pour mon très indigne pupille, le duc de Virtemberg, je suis bien loin de vouloir excuser ses mauvais procédés. Il ne faut pas le rebuter; on gagne plus avec lui en Fimportunant qu en le convainquant de son droit. Et j'espère encore de pouvoir ériger un trophée à Foltaîre vainqueur du duc.
Je suis sur le point d'aller à Berlin donner le carnaval aux autres sans y participer moi-même. Il s v trouve un comte de Montmorenci-Laval , très aimable garçon que
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AVEC LB ROI DE PRUSSE. — 1778. 6ig
j'ai vu en Silésie. Je me dispute avec lui : il veut apprendre 1 allemand; je lui dis que cela nen vaut pas la peine, parce que nous n avons pas de bons auteurs, et qu'il ne veut apprendre cette langue que pour nous faire la guerre. Il entend raillerie, et n'est certainement pa* ennemi des Pru^iens.
Puisse la nature fortifier les fibreS' du vieux patriarche! Je ne m'intéresse qu'à son corps, car son esprit est inmiortel. Vole. Fedbric.