‹ ŒuvresChapitre 65 sur 66 · DXXVIII · texte numérisé non relu

DXXVIII

A Paris , i*' avrfl.

Sire , le gentilhomme français qui rendra cette lettre à votre majesté , et qui passe pour être digne de paraître devant elle, pourra vous dire que si je n'ai pas eu l'honneur de vous écrire depuis long-temps, c'est que j'ai été occupé à éviter deux choses qui niie poursuivaient dans Paris, les sifflets et la mort.

D est plaisant qu'à quatre-vingt-quatre ans faie

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6^4 CORRESPOWDAirCE

échappé à deux maladies mortelles. Voilà ce que c*est que de vous être consacré : je me suis renommé de TOUS, et j'ai été sauvé.

Tai vu avec surprise et avec wam satisfaction bien douce, à la représentation dune tragédie nouvelle, que le public, qui regardait il y a trente ans Constantin et Théodose comme les modèles des princes, et même des saints, a applaudi avec des transports inouïs à des vers qui disent que Constantin et Théodose n'ont été que des tyrans superstitieux. J'ai vu vingt preuves pareilles du progrès que la philosophie a fait enfin dans toutes les conditions. Je ne désespérerais pas de faire prononcer dans un mois le panégyrique de l'empereur Julien : et assurément, si les Parisiens se souviennent qu'il a rendu chez eux la justice comme Caton, et qu'il a combattu pour eux comme César, ils lui doivent une éternelle reconnaissance.

Il est donc vrai, sire, qu'à la fin les hommes s'échirent, et que ceux qui se croient payés pour les aveugler ne sont pas toujours les maîtres de leur crever les yeuiLÎ Grâces en soient rendues à votre majesté! Vous avez vaincu les préjugés comme vos autres ennemis ; vous jouissez de vos établissemens en tout genre. Voua êtes le vainqueur de la superstition, ainai que le soutien de la liberté germanique.

Vivez plus long- temps que moi, pour afFermir tous les empires que vous avez fondés. Puisse Frédéric-le- Grand être Frédéric immortel!

Daignez agréer le profond respect et Imviolable attachement de Voltaire.

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